jeudi 2 avril 2026

Méditation Jeudi Saint

JUSQU'AU AU BOUT DE L'AMOUR

En mourant, Jésus dit : Tout est consommé (Jn 19,30.28). Dans la mort de Jésus, l'histoire humaine tout entière parvient à sa consommation, à son sommet. Un homme de notre race a été jusqu'au au bout de l'amour ; il a fait de sa mort un acte parfait d'amour, s'abandonnant sans réserve entre les mains du Père (Luc 23,46) et entre les mains de ses frères pécheurs (Luc 23,33-34). Cet Acte est indépassable : il porte d'un coup l'histoire à son accomplissement, et si celle-ci continue, c'est pour que les hommes entrent dans cet Acte, le fassent leur, acceptant d'être pris en lui, sanctifiés, consacrés par lui, qui les transforme et leur permet d'aller, eux aussi, jusqu'au bout de l'amour. L'Acte de mourir de Jésus sur la Croix est l'acte auquel l'humanité entière est suspendue, l'Acte qui la sanctifie et la consacre tout entière dans l'amour.

Cet acte de mourir, Jésus l'a anticipé symboliquement, c'est-à-dire réellement et d'une manière merveilleusement significative pour nous, à la Cène. La veille de sa mort, pour la gloire du Père et la joie de ses frères, Jésus se fait pain des hommes. Il prend le pain qui est son corps ; anticipant sa mort, il prend en main la totalité de son être et de son existence, il se prend lui-même et il se rompt ; ma vie, nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne (Jean10,18) : il se rompt lui-même, avant même d'être rompu par nous tous, ses frères pécheurs ; il se partage : consommant sa mort à lui-même, il devient capable de se partager entre tous dans un partage où il est vraiment tout entier à chacun ; il passe au Père dans les autres, et, nous regardant tous, il dit : "Mon Corps, c'est vous". La Parole par laquelle il se livre est efficace : il est déjà mort, il vit déjà au coeur des siens.

La Passion ne fera qu'accomplir ce qu'il a dit ; les hommes seraient d'ailleurs bien incapables de faire mourir celui qui est la Vie, s'il ne voulait lui-même mourir pour eux et par eux, dans l'amour.

Mais, à la Cène, Jésus dit : "Faites ceci en mémoire de moi" (Lc 22,19). Ceci n'est pas simplement le rite à réitérer, c'est l'Acte posé ce soir-là. L'Église est tout entière invitée à entrer dans l'Acte qui la sauve et la consacre : nous sommes sauvés, nous faisons de notre vie un acte d'amour parfait dans la mesure où "nous faisons ceci en mémoire de Lui", dans la mesure où nous nous prenons, où nous nous rompons dans la mort à nous-mêmes et où nous devenons réellement le pain des autres, à la gloire du Père. L'Acte de mourir de Jésus, son acte parfait d'amour, est re-présenté (rendu présent dans un symbole) à l'humanité, jusqu'à la fin des siècles, dans l'eucharistie. La messe est le moment où cet Acte nous rejoint et où nous le laissons s'emparer de nous, nous consacrer et nous "transubstancier", pour que nous aussi, nous allions jusqu'au bout de l'amour.

JEAN-MARIE HENNAUX 

Orval fiche E 14


mercredi 1 avril 2026

Liturgie mercredi saint Matthieu 26, 14-25 ; Isaïe 50, 4-9a

Méditation

Le texte d’Isaïe que nous venons d’écouter est le seul qui soit lu deux fois chaque semaine sainte : c’est en effet la première lecture du dimanche des Rameaux et de la Passion ainsi que du mercredi saint !

C’est un très beau texte, mais il contient une phrase qui m’a toujours posée problème et sur laquelle je voudrais partager avec vous aujourd’hui.

J’ai rendu ma face dure comme pierre ! Quand je lis cela, je pense à un visage impassible, dur, sévère. Mais en y réfléchissant, ce n’est pas forcément cela ! Il existe des statues au visage très expressif. Si j’applique cela à Jésus comme le suggère la liturgie, comment essayer de comprendre ?

Devant l’opposition rencontrée le Serviteur rend sa face dure comme pierre pour ne pas être dégradé par les traitements subis. Une pierre ne s’érode pas facilement. Pour ne pas être confondu, pour ne pas perdre son identité, le Serviteur cherche une force intérieure qui le maintient sur le chemin. Quelle est cette force ? Il vient de le dire : il a reçu du Seigneur le langage des disciples pour soutenir celui qui est épuisé ; chaque matin le Seigneur éveille son oreille pour qu’il écoute en disciple. Et lui ne s’est pas dérobé. Le Seigneur son Dieu vient à son secours.

Comment ? Il ne le sait pas. Mais cela est pour lui un roc sur lequel s’appuyer pour continuer. Le début du Psaume 17 le chante très bien :

Je t’aime, Seigneur, ma force :

Seigneur, mon roc, ma forteresse,

Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,

mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !

 Le Seigneur est son roc. C’est sur lui qu’il s’appuie et du coup la fermeté du roc, sa solidité, s’infusent dans le cœur du Serviteur, se transmettent à tout son être, apparaissent sur son visage, l’aident et le soutiennent dans l’épreuve.

 Il y a aussi une chose paradoxale : pour soutenir celui qui est épuisé, le Serviteur va passer par l’épreuve du refus, des outrages et des crachats. Autrement dit il va vivre l’épreuve avec et comme celui qui n’en peut plus, il va l’accompagner dans la souffrance. Il n’y a que Dieu pour agir ainsi, et les saints ! La certitude d’une Présence ou plutôt la confiance en cette Présence au cœur de l’épreuve est effectivement un soutien. « Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ? » Même si le Serviteur est condamné par les hommes, il ne l’est pas par Dieu ; même si la persécution aboutit à la mort, le Seigneur est là. C’est très difficile à vivre, mais pourtant cela change tout.

 Nous en arrivons à l’Evangile et à l’annonce de la trahison par « l’un de vous ». Le climat extérieur est tendu et voilà que le climat à l’intérieur du groupe des disciples se trouble. Ils sont tous « profondément attristés » et inquiets de ce qu’ils seraient capables de faire : trahir celui qu’ils aiment et suivent depuis trois ans ! « Ils se mirent à lui demander, chacun son tour : ’’Serait-ce moi, Seigneur ? ’’»

Oui, chacun de nous est capable de trahir le Seigneur… Et cela ne décourage pas Jésus, il célèbre la Pâque avec eux. Il déclare malheureux celui qui le trahira, il ne le rejette pas comme il ne rejettera pas Pierre après son reniement. D’une parole, d’un regard il soutient celui qui est épuisé par ce qu’il a fait, il le régénère en lui offrant encore et toujours son amour. « Il est proche, celui qui me justifie » disait le Serviteur. Il reste fidèle.

Vivons ces jours en nous appuyant sur le roc de l’amour indéfectible du Seigneur offert encore et toujours à celui, à celle qui l’accueille quoiqu’il ou elle ait fait. Saint Paul a écrit aux Romains : « Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. » (Romains 5, 7-8).


Invitation au Notre Père

Père, Jésus, ton Serviteur, nous as aimés jusqu’à l’extrême et il a donné sa vie pour nous donner Ta Vie. Par Lui, avec Lui et en Lui nous te chantons avec un cœur de disciples la prière reçue de lui.

Sr Marie-Christine le 1er avril 26


mardi 31 mars 2026

Liturgie de la Parole mardi saint Jean 13, 21-33.36-38

Communion ?

Homélie

Il y a, dans l’Évangile de ce jour, une atmosphère étrange… comme un repas qui ressemble à tous les autres… et qui pourtant n’est plus tout à fait un repas comme les autres. Une table. Du pain. Des amis.
Et au milieu… un silence qui commence à peser. Jésus est là. Et il sait. Il sait que quelque chose est en train de basculer. Il sait que la Passion a déjà commencé… pas encore sur la croix, mais déjà dans les cœurs. Et puis, cette phrase étonnante : « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper dans le plat. » Geste d’une proximité incroyable. Tremper le pain dans le même plat, c’est partager l’intimité, la confiance, l’amitié. C’est dire : « Tu es des miens ». Quand je suis en Inde et que nous fêtons l’anniversaire d’un enfant, il coupe le gâteau et vient déposer une bouchée de celui-ci dans la bouche de tous ceux qui sont là ; on dirait la communion. C’est un peu ce que Jésus fait. Chez Jean, pas de récit de la première eucharistie, mais le lavement des pieds et la « communion » à Judas, la communion avec Judas, que nous sommes chacune et chacun.

Et pourtant… c’est au cœur même de ce geste d’amitié, de communion intime que surgit la trahison. Cela nous trouble profondément. Parce que nous aimerions que le mal soit loin, clairement identifiable, avec une étiquette bien visible : “Attention : traître officiel”. Mais non. Le mal passe… par un geste familier. Et peut-être que cela nous rejoint. Parce que nos propres contradictions ne sont jamais très loin de nous. Nous pouvons aimer… et blesser. Être fidèles… et parfois nous dérober. Et là, Jésus ne fait pas un grand discours. Il ne dramatise pas. Il ne retient pas Judas. Il lui dit simplement : « Ce que tu fais, fais-le vite. » Étrange parole. Comme si Jésus ne fuyait pas l’épreuve. Comme s’il ne cherchait pas à gagner du temps. Il ne dit pas : “Attends encore un peu…” Il ne dit pas : “Réfléchis…” Non. Il laisse la liberté aller jusqu’au bout. C’est vertigineux. Dieu respecte tellement notre liberté qu’il accepte même qu’elle puisse se tromper. Et Augustin écrit : « Dieu a jugé meilleur de tirer le bien du mal que de ne permettre aucun mal. » Autrement dit : même ce qui nous échappe, même ce qui nous blesse, même ce qui semble briser, Dieu peut encore en faire un chemin.

Et alors, Judas sort. Et l’Évangile ajoute simplement : « Il faisait nuit. » Phrase courte. Mais immense. Ce n’est pas seulement la nuit dehors. C’est la nuit dans un cœur. La nuit dans une histoire. La nuit dans le monde. Et si nous sommes honnêtes… nous connaissons un peu cette nuit. Ces moments où l’on ne comprend plus. Où tout devient flou. Où la lumière semble absente.
Mais ce qui est bouleversant… c’est que Jésus reste à table. Il ne fuit pas la nuit. Il ne s’en va pas. Il demeure.
Et pendant que Judas s’enfonce dans la nuit, Jésus parle… de gloire. « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié. » Franchement… ce n’est pas le moment qu’on aurait choisi. Nous, à sa place, on aurait plutôt dit : “Maintenant, tout s’écroule.” Mais Jésus dit :  “Maintenant, tout commence.” C’est cela, la logique de Dieu. Là où nous voyons une fin, Dieu voit un passage, une Pâque. Là où nous voyons une nuit, Dieu voit une aurore, la Résurrection, en train de naître.

Et même si, parfois, nous passons par la nuit… la nuit n’a jamais le dernier mot. Parce que, déjà, au cœur de ce repas troublé, quelque chose est en train de naître. Une lumière discrète. Une espérance fragile. Une victoire invisible.
Dieu est déjà en train d’accomplir son œuvre. Car avec lui, même la nuit devient un passage. Et même nos ténèbres peuvent, un jour, apprendre à laisser passer la lumière.

Belle et douce Semaine Sainte.

Pierre Hannosset le 31 mars 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/03/mardi-de-la-semaine-sainte-mettons-nous.html 

Liturgie Jeudi Saint

Méditation

je vous propose ce que nous avions préparé pour RCF en 2021. Voici le lien:  https://partage-de-lectio.blogspot.com/2021/04/blog-post.html 

 

lundi 30 mars 2026

Liturgie de la Parole lundi saint Jean 12, 1-11

« L’onction à Béthanie »

Méditation 

Six jours avant la Pâque ! L’heure s’est approchée ! Les autorités ont pris leur décision !
Jésus vint à Béthanie ! Le lieu de l’amitié et de la vie retrouvée !

La maison est remplie de monde : Lazare, Marthe et Marie, Jésus, ses apôtres … 
et de nombreux convives, ainsi que des Juifs curieux, de voir Lazare ressuscité.  

Jésus est au centre de l’événement : c’est en son honneur qu’est servi un bon souper.
Un peu aussi pour Lazare, quand même !

Prenons le temps de regarder la scène.
L’ambiance est d’une fraternité particulière. C’est vrai qu’autour d’un repas, il y a souvent quelque chose de mémorable ou … d’inoubliable.
Marthe est de service, comme toujours ! Mais cette fois, elle ne s’inquiète de rien, elle est sereine … heureuse de servir le maître !

Et toi Marie ! … Ton regard vagabonde sur chacun des convives qui festoie gaiement.
Les apôtres, insouciants, eux aussi, trinquent de concert. … La fête bat son plein !

Pourtant une tension secrète plombe déjà, cette belle convivialité. 
En effet, ton regard, croise celui de Judas. Seul, dans son coin, il rumine. 
Dans sa tête, se bousculent mille et mille reproches contre Jésus :
 « Puisqu’il se dit Fils de Dieu, pourquoi tarde-t-il à libérer le peuple de l’oppresseur Romain ???» Judas n’a rien compris à la mission de celui qu’il côtoie pourtant, depuis des mois. 
Muré dans son ressentiment, il fulmine même ! 


Marie, toi, tu as tout compris, ! …. Dieu est amour ! … Dieu est cet Amour immanent qui nous enveloppe tous, … oui, absolument tous ! De façon unique et personnelle, il nous enveloppe de sa bonté, de sa miséricorde, de sa fidélité, de sa grâce.
Un Amour qui coule de source, non éveillé par quelque chose de bon ou de beau.   
Non ! Un Amour jaillit en totale gratuité, en générosité ! 
La source, si souvent inconnue, de nos soifs, de nos élans, de nos générosités.

Marie, tu as fait l’expérience unique de ce Dieu d’amour. Tu as vécu, avec Jésus, une relation pure et vraie au plus profond de ton cœur, … une double expérience d’intimité et de transformation.
Alors, je comprends que tu pressentes dans ton âme l’ampleur du sacrifice qu’il s’apprête à faire. 
Tu as vu, ce que peut-être, d’autres n’ont pas vu : La douleur qui habite au plus profond du cœur de ton Seigneur !

Les yeux baignés de larmes, tu t’éclipses … Oui, c’est le bon moment ! … Tu le préparais depuis longtemps, ce moment, mais il fallait la bonne occasion !!!
Tu te tiens, maintenant, dans l’embrasure de la porte et tu les regardes festoyer. … 
Puis, …, le cœur battant, tu pénètres dans la salle. 
Tu protèges de tes mains un beau flacon de nard précieux, importé, sans doute, des profondeurs de l’Inde, et qui t’a demandé de nombreux sacrifices … 

Toute tremblante, tu t’approches de Jésus, tu brises le flacon et répands l’huile parfumée sur ses pieds. 
Tu t’abaisses et de ta chevelure, parure glorieuse de la femme, dans ta culture, tu les essuies. ….  

Ce geste, Marie, t’unit intimement au sacrifice de Jésus, anticipant le lavement des pieds, que lui-même, accomplira à l’égard de ses disciples. 

L’odeur délicieuse de ce nard capiteux se diffuse dans toute la maison … 
N’est-ce pas le signe que l’amour de Dieu atteint tous les hommes, dans le temps et l’espace, et quel que soit leur condition ?...
Les convives, eux, sont subjugués et la salle est devenue brusquement silencieuse.
    
Pas tout à fait ! Judas, dépité, n’a pas quitté son ressassement. Il murmure ! 
Oui, contre cette femme … mais surtout pour cet argent dépensé qu’il aurait voulu voir tomber dans sa poche, sous le prétexte des pauvres !!!!

 « Laisse-la ! »  …  Oui, Marie vient d’accomplir une onction !
Jésus accueille ce cadeau précieux, ce don inestimable et d’une grande portée. 
   En écho, il confirme la justesse de la clairvoyance de Marie : 
 « D’avance, tu as parfumé mon corps, pour mon ensevelissement ».


Notre Père

Rien n’est trop beau pour Dieu ! Cherchons et essayons de déceler, pour aujourd’hui, le don qui fera le plus plaisir à notre Père et prions-le.

Sr Anne-Françoise le 30 mars 26


dimanche 29 mars 2026

Liturgie de la Parole dimanche des Rameaux et le la Passion


Je vous propose ce que nous avions préparé pour RCF en 2021 

https://partage-de-lectio.blogspot.com/2021/03/dimanche-des-rameaux.html 

samedi 28 mars 2026

Liturgie de la Parole 5e samedi de carême Jean 11, 45-57

Commentaire

Les quelques versets que nous venons d’entendre, je ne peux les séparer de ce qui précède, ni de ce qui vient à la suite : d’une part la mort de Lazare et la présence de Jésus auprès des sœurs de Lazare, les sœurs du mort… pour ne pas dire des sœurs de la mort, car pris par la douleur c’est difficile pour Marthe et Marie de voir clair. A la mort d’un proche on peut vite être happé voire englouti dans la mort.

D’autre part, il y a ce qui va suivre dans le récit : l’onction à Béthanie, l’attitude de Marie et le parfum qu’elle diffuse. Marie, elle qui côtoyait la mort, désormais côtoie la vie. Elle est aux pieds de Celui qui lui a dit : « Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi-même s’il meure, vivra ».

Voilà pour ce qui précède et qui va suivre ce qui nous est rapporté aujourd’hui.

Ce qui s’est passé entre les deux événements c’est l’entre-deux, là où l’ombre et la lumière se côtoient. Jésus l’avait pourtant bien dit : « Ne t’ai-je pas dit que si tu crois tu verras la gloire de Dieu »

« Si tu crois » : Croire n’est pas une évidence. Même si nous prétendons avoir la foi, il y a toujours quelque chose qui résiste.  La fragilité nous habite et elle est le propre de notre humanité. Les doutes nous assaillent, des doutes qui vont et viennent. Ils interrogent notre liberté.

Plusieurs voient ce que Jésus fait et ils croient.  Quelques-uns sont suspicieux, ils doutent ou refusent de croire.

Pourquoi ces attitudes si différentes ?

L’écart entre ces deux postures naît d’un manque de discernement. Nous venons de l’entendre :

En premier, c’est l’attitude me semble-t-il la plus honnête, il y a la rationalité : je ne comprends pas ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu de Jésus, ça ne correspond pas à la logique humaine, ça me fait peur et je refuse de croire.

La deuxième est une peur plus insidieuse, la peur de perdre. C’est celle que nous refusons de reconnaître car elle touche à notre image. Il faut donc trouver à se justifier :  Jésus est une menace pour leur autorité et leur pouvoir.  Puis aussi le risque est grand, voire très grand, de perdre ce qui les sécurise et les rend respectables : l’argent. Celui de la compromission bien entendu.

Tout cela affecte le discernement et ils se laissent prendre au piège tendu par leur besoin de reconnaissance. L’orgueil, la jalousie et la convoitise font bon ménage pour faire pencher la balance de la justesse d’où la conclusion qui clôture le débat : « Il est dans votre intérêt qu’un seul homme meure ».

Ce qui prime c’est : votre intérêt.  L’hypocrisie va jusqu’à dire « votre » au lieu de « notre » intérêt.

Inaudibles toutes ces paroles de Jésus qui affirme « Je suis la vérité et la vie, je suis la résurrection et la vie, je suis la porte étroite du discernement ».  Jésus tout entier, sa personne, son identité sont associés à la vie.      

Il n’y a pas si longtemps, preuve que ce récit nous concerne encore aujourd’hui, Guy Béart chantait : « Le premier qui dit la vérité il doit être exécuté »

 

Invitation au Notre Père 

Seigneur envoie sur nous ton Esprit de discernement et d’audace. Mets en nous la foi qui éveille à la justice et au service selon ce que Jésus, ton fils a vécu et annoncé. A son invitation nous pouvons dire…

Raymond le 28 mars 26

vendredi 27 mars 2026

Liturgie de la Parole 5e vendredi de carême Jean 10, 31-42 ; Jérémie 20, 10-13

Introduction

Le prophète Jérémie dont nous parle la 1ère lecture est une figure du Christ, épié, persécuté, il garde malgré tout une grande confiance en son Dieu, il sait qu'il est avec lui dans cette épreuve, il lui a remis sa cause et Dieu le délivrera de la main des méchants.
De son côté, l 'évangile nous rapporte la façon dont les pharisiens épient les paroles de Jésus pour l'accuser de blasphème. Jésus va se servir d'un psaume pour déjouer leur plan. Que les psaumes deviennent pour nous Paroles vivantes pour notre vie. Chantons-les.

 

Méditation

Une méditation de sœur Anne Lécu (1) sur le verset du psaume 82 cité par Jésus en réponse à ses accusateurs pourra nous aider à mieux saisir la profondeur de la Parole et comment aujourd'hui elle peut être encore vivante pour nous.

« Les Pharisiens ne supportent pas d'entendre Jésus dire : Moi et le Père, nous sommes un (Jean 10,30), et veulent le lapider, parce que toi, n'étant qu'un homme, tu te fais Dieu. Comme souvent, en accusant le Christ, ils dévoilent leur propre péché : ce sont eux qui se font Dieu en jugeant les autres et le monde, et eux-mêmes. Mais Jésus ne se laisse pas faire, et cite la Parole de Dieu, non plus pour la désaxer, sinon pour la remettre dans son axe :

N'est-il pas écrit dans votre loi : « J'ai dit, vous êtes des dieux ». Alors qu'elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu fut adressée – et l'Ecriture ne peut–être récusée - à celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous dites « Tu blasphèmes », parce que j'ai dit « Je suis le Fils de Dieu » ! (Jn 10, 34-46)

En citant le psaume 82, Jésus rappelle que depuis la création du monde, lorsque Dieu a fait l'homme à son image et ressemblance, il le destine à vivre pleinement avec lui. Notre vocation première est là : Vous des dieux, des fils du très-haut, vous tous (Ps 82, 6). Depuis toujours la Bible n'a de cesse de proclamer que l'homme est couronné de gloire et d'honneur (Ps 8).   Et Jésus ne veut pas que l'on passe sous silence ce dessein bienveillant de son Père. Mais cela contrecarre la manière de penser de ceux qui se réfèrent à la loi en oubliant sa source.

Jésus meurt de ce que l'on ne comprend pas que la loi n'existe que d'être référée à sa source, la vie de Dieu qui coule en nous. Jésus meurt, encore aujourd'hui, de la torsion de l'évangile, lorsque l'on annonce le jugement, quand lui est venu proclamer le salut. Être de véritable « fils du Très-Haut », n'est-ce pas être voués à la Parole, pour accueillir et annoncer non ce que nous voudrions qu'elle dise , mais ce qu'elle dit ?

Lui qui est la Parole du Père, en habitant notre chair, redresse notre propre parole. Avec lui, nous pouvons entendre que le commandement du Père est vie éternelle et non condamnation. Avec lui, nous pouvons dire « je suis », et même « je suis le fils de Dieu ». Et parce que le Verbe fait ce qu'il dit, en le disant avec lui, voilà que nous le sommes. »

 

Notre Père

Puisque nous sommes fils du Très Haut, redisons la prière que Jésus notre frère nous a donnée

 

Conclusion

Apprends- nous Père très bon à accueillir ce don que tu nous as fait : être des fils du très haut ; que nous n'ayons pas peur de l'annoncer et d'en vivre malgré les contradictions et les moqueries qui peuvent surgir car c'est à toi que nous avons remis notre vie et nous savons que tu es toujours avec nous.  Nous te le demandons par Jésus ton Fils qui vit et règne avec toi le l'Esprit Saint pour les siècles des siècles.

Sr Jean-Baptiste le 6 avril 2022

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(1) Citation : Anne Lécu, Marcher vers l'innocence, p. 80-81


jeudi 26 mars 2026

Liturgie 5e jeudi de carême Jean 8, 51-59

Méditation 

« Jamais il ne verra la mort » (v. 51b). Une telle promesse paraît impossible : comment l’entendre ? D’ailleurs, Jésus connaîtra lui aussi la mort. Alors de quelle mort parle-t-il ?
Quand Jésus parle de vie, ses interlocuteurs ne voient que la vie terrestre.  Ainsi, appliquant ses propos à la seule mort physique, ils les réduisent à une simple promesse d’immortalité ! « Es-tu donc plus grand qu’Abraham, notre Père, qui est mort ? » (v. 53). « Tu n’as pas cinquante ans et tu as vu Abraham ! » (v. 57) … paroles difficiles à entendre et impossibles à croire !
Voici la clé, me semble-t-il : « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort » (v. 51).  Sa parole est une parole de vie qui préserve de la mort éternelle celui qui l’accueille et la fait sienne. Cette vérité est également révélée lors de la résurrection de Lazare : « quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jean 11, 26). Elle est vie car la Parole nous bouscule, nous change de l’intérieur, nous fait grandir.

Jésus se révèle comme l’Isaac véritable, la véritable postérité promise par Dieu à Abraham, leur père. Il est le « Je Suis » du buisson ardent révélé à Moïse. Il est la Résurrection, la vérité et la Vie.
Cette révélation nous engage. Elle prend chair en nous si nous gardons la parole, si nous croyons qu’elle est vie, si nous la vivons. Alors, une autre vie peut naître en nous, une vie qui donne la force d’aimer, de continuer à s’ouvrir, d’espérer, en somme, une vie, qui ne cesse de poser les possibilités d’une nouveauté au quotidien.  Alors, nous serons des Hommes Vivants qui glorifient et contemplent Dieu dans leur vie car « la Gloire de Dieu, c’est l’Homme Vivant ; la vie de l’homme, c’est de contempler Dieu » (St Irénée de Lyon).

Sœur Josette Barouki Carmel saint Joseph 6 avril 2017

https://www.carmelsaintjoseph.com/sermons/jean-8-51-59-2/


mercredi 25 mars 2026

Liturgie de la Parole 25 mars Annonciation du Seigneur Luc 1, 26-38 Isaïe 7,10-14.8,10; Hébreux 10,4-10;

Voici…

Méditation

De toutes les lectures que la liturgie nous propose un petit mot a retenu mon attention. Je l'ai vu rebondir d'un texte à l'autre et il me semble qu'il suffit à notre méditation : VOICI.

Voici, c'est le mot de la disponibilité, le mot de l'offrande, le mot du don...

 

* Voici, dit Dieu à Achaz, ... je vous donne un signe.

Dieu aime qu'on lui demande ce qu'il est prêt à nous donner. Il nous donne même les mots pour le prier... « Invoque-moi, dit-il par Jérémie, et je te répondrai, je t'annoncerai des choses grandioses et cachées dont tu ne sais rien... »

Achaz refuse d'invoquer Dieu mais ces choses grandioses et cachées que Dieu veut annoncer sont tellement le rêve de Dieu pour l'humanité, Dieu brûle tellement du désir de sauver l'homme qu'il passe outre du scrupule d'Achaz.

Mon cadeau, mon désir, le don que je vous ai préparé... le voici : « la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils et on l'appellera Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu-avec-nous ».

Me Voici, dit Dieu, en ce Fils vous verrez que je suis au milieu de vous.

 

* Voici, je viens faire ta volonté

Ce cri du psaume, la lettre aux Hébreux le met sur les lèvres du Christ.

Le Christ acquiesce au désir du Père, au projet du Père. Il est partie prenante et Il s'y engage tout entier.

Voici, Père, dispose de moi comme il te plaira. Accomplis ton œuvre en moi, par moi. Non pas ce que je veux mais ce que tu veux car c'est là ma nourriture, c'est là ce qui me fait vivre.

 

* Voici, tu vas concevoir et enfanter un fils car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

Tel est le salut de l'ange Gabriel à Marie.

La jeune femme est enceinte, avait annoncé Isaïe... Mes paroles ne me reviennent pas sans avoir accompli leur mission, dit-il un peu plus loin.

Oui la promesse se réalisera mais pas sans le concours de l'humanité.

Aujourd'hui toute l'humanité se concentre en Marie et attend sa réponse car comme le dit si bien st Bernard, Dieu a voulu suspendre le salut du monde au consentement de Marie.

 

* Voici la servante du Seigneur

La prophétie prend fin, la réalisation de la promesse commence.

Marie s'offre corps et âme ; elle entre pleinement dans le projet de Dieu, dans son œuvre de salut au point que ce salut prend chair en elle, qu'elle lui donne un nom et un visage : Jésus.

 

* Voici, mon retour est proche (Apocalypse 22,7.12)

Ce sont là les derniers mots de l'Apocalypse et donc de toute la Bible...

 

* Voici.... ?

Mais le Fils de l'Homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? Trouvera-t-il l'accueil, la disponibilité, l'oblation d'un cœur qui n'a rien de plus cher que le Christ ? (RB 5,2)

La réponse est entre nos mains...

Sr Elisabeth le 25 mars 2011

mardi 24 mars 2026

Liturgie de la Parole 5e mardi de Carême Jean 8, 21-30; Nombres 21, 4b-9

 Introduction

Le Père « Celui qui m'a envoyé est avec moi, il ne m'a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable » : par notre Baptême, nous sommes des envoyés. « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » dira Jésus ressuscité aux Apôtres réunis au Cénacle.

Ne perdons pas courage, ne faisons pas comme le peuple au désert. Si jamais nous sommes mordus par le serpent du découragement, du murmure, de la récrimination, regardons avec confiance Celui qui nous a envoyé et peut nous donner la vie, la paix jour après jour.

Chantons maintenant les psaumes qu'il nous a lui-même donnés pour le prier.

 

Oraison 

Seigneur, accorde-nous la grâce de persévérer dans ta volonté ; afin qu'au long des jours, le peuple dévoué à ton service augmente en nombre, et grandisse en sainteté. Par Jésus Christ ton Fils, Envoyé pour nous sauver, lu qui règne avec toi et l'Esprit pour les siècles des siècles.

 

Méditation

En guise de commentaire je vous partage ce texte de la lettre aux Hébreux (Hébreux 10, 5 à 10, 22 à 24, 35 à 39) qui a résonné dans mon cœur à la lecture de ce texte d’Évangile, et surtout de la finale :« Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. »

 En entrant dans le monde, le Christ dit :

Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. 06 Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; 07alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre.

08 Le Christ commence donc par dire : Tu n’as pas voulu ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché, ceux que la Loi prescrit d’offrir. 09 Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. 10 Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

22 Avançons-nous donc vers Dieu avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. 23 Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. 24 Soyons attentifs les uns aux autres pour nous stimuler à vivre dans l’amour et à bien agir.

 35 Ne perdez pas votre assurance ; grâce à elle, vous serez largement récompensés. 36 Car l’endurance vous est nécessaire pour accomplir la volonté de Dieu et obtenir ainsi la réalisation des promesses.

37 En effet, encore un peu, très peu de temps, et celui qui doit venir arrivera, il ne tardera pas. 38 Celui qui est juste à mes yeux par la foi vivra ; mais s’il se dérobe, je ne trouve plus mon bonheur en lui.

39 Or nous ne sommes pas, nous, de ceux qui se dérobent et vont à leur perte, mais de ceux qui ont la foi et sauvegardent leur âme.

 

À l'approche des jours saints, j'espère ne pas me dérober à celui qui m'a tant aimée et qui m'invite à tout vivre avec lui, dans l'adhésion confiante de la volonté du Père.

 

Oraison

 Dieu d'amour tu n'as pas laissé Jésus seul, tu ne nous laisses pas seuls, malgré ce que nous ressentons parfois : garde en nos cœurs la confiance en ta présence et en ton amour qui nous conduisent à la vie avec toi dès aujourd'hui et pour toujours.

Sr Marie-Christine le 31 mars 2020


lundi 23 mars 2026

Liturgie de la Parole 5e lundi de carême Jean 8, 1-11 ; Daniel 13, 1… 62

Commentaire d’André Wenin

Vous vous doutez bien que je vais parler de Suzanne ! En fait, cette histoire magnifiquement racontée dénonce à sa façon ce que Jésus dénonce lui aussi lorsqu’il renvoie à eux-mêmes ceux qui accusent la femme adultère pour pouvoir l’accuser, lui. Se plaçant dans la position de juges sûrs de leur droit, ils mettent en place un dispositif retors destiné à pousser l’autre à la faute. Les anciens du livre de Daniel sont dans une dynamique semblable, mais la poussent un cran plus loin : se posant en justes, ils accusent la femme d’une faute qu’elle n’a pas commise, mais qu’ils voulaient commettre eux-mêmes .

Dès le point de départ, le récit les présente comme des anciens. À ce titre, ils font partie des membres importants de la communauté. De plus, ils exercent la fonction de juges cette année-là. Mais ils vont agir exactement à l’inverse de ce qu’un juge est censé faire. En cause, leur convoitise éveillée à la simple vue de Suzanne. Cette femme, épouse de Joakim, a un nom qui signifie « le lys » en hébreu (Shôshannâ). Cela dit quelque chose de la pureté de celle qui, élevée dans le respect de la loi de Moïse, va manifester jusqu’où elle peut aller pour être fidèle à cette loi. Mais ce n’est pas cette qualité qui attire les deux anciens ! C’est sa grande beauté. Pleins de convoitise, ils attendent le jour favorable.

Le récit fait bien sentir qu’ils ont prémédité leur coup, jusque dans certains détails. Ils épient la femme et, au moment qu’ils estiment favorable, ils l’agressent et font pression pour qu’elle consente à avoir des rapports avec eux – un scénario qui malheureusement n’est pas de la fiction. Suzanne refuse. En fait, elle sait qu’elle fait face à un dilemme impossible : soit elle se rend coupable aux yeux de la loi et dans ce cas, elle commettra une faute passible de mort (dans l’évangile, les pharisiens rappellent qu’une femme adultère doit être lapidée, cf. Dt 22,22) ; soit, elle tombe aux mains des anciens qui lui ont dit qu’ils l’accuseraient d’adultère avec un jeune homme, ce qui lui vaudra aussi la mort. Coincée, elle manifeste sa droiture en préférant mourir après avoir refusé l’ultimatum des anciens plutôt que de transgresser la Loi qui promet la vie à celui qui la garde. Elle préfère la mort physique à une vie qu’elle sauverait au mépris de la loi.

Suzanne se met alors à crier : selon la loi, pour qu’une femme soit accusée d’adultère, il faut qu’elle n’ait pas crié au moment où l’homme voulait avoir un rapport avec elle (Dt 22,23-27). Mais les anciens crient plus fort de sorte que la foule s’ameute avant d’être abasourdie par ce dont ils accusent Suzanne. Le tribunal se réunit le lendemain pour ce qui va être une parodie de procès. En effet, les deux anciens qui sont aussi des juges parlent en tant que témoins, les seuls témoins et à charge. Leur mystification reçoit l’adhésion du peuple qui les croit sur parole précisément en raison de leur position d’anciens et de juges, qui incite à la confiance. Ils exploitent donc leur position d’autorité pour tromper aussi le peuple, qu’ils aveuglent afin de préserver leur image et s’en sortir indemnes au détriment de l’innocente.

Ainsi condamnée à mort sur la foi d’un témoignage qu’elle sait être faux, Suzanne se met à prier Dieu, en accusant publiquement ces deux hommes et en proclamant sa propre innocence. Et elle est crue. Par un tout jeune homme. L’opposition est presque caricaturale : d’un côté, les deux anciens, des gens d’importance, reconnus dans leur position et leur dignité, de l’autre, le tout jeune homme qui n’a rien à dire, car son jeune âge ne lui permet pas de s’exprimer en public. Ce jeune homme se nomme Dani-el, ce qui signifie « mon juge, c’est Dieu ». Autrement dit, il figure dans le récit la réponse de Dieu qui, comme l’a dit Suzanne, connaît le secret des cœurs et connaît toutes choses. Par sa bouche, Dieu va blanchir l’innocente et démasquer les coupables. Daniel, c’est donc la voix de Dieu, son porte-parole dans le procès dont les accusés – juste retour des choses – sont les témoins-juges du procès de Suzanne. Le signe que Daniel parle pour Dieu, c’est que, lors de l’interrogatoire des anciens, il les accuse de crimes que, vu son âge et sa position, il est incapable de connaître. C’est donc bien Dieu qui mène la procédure judiciaire qui va consister simplement à vérifier le témoignage rendu par les deux anciens.

Mais avant cela, Daniel s’adresse à la foule en dénonçant la bêtise qui l’poussée à croire les deux anciens sur parole : « Vous êtes fous d’avoir condamné sans mener l’enquête, sans chercher à vérifier le témoignage de “ceux-ci” ». Au fond, le jeune homme réclame simplement que l’on suive une procédure correcte en vérifiant soigneusement les dires sur la base desquels on va condamner quelqu’un. Il interroge alors les deux menteurs pour les confondre en s’appuyant sur leur témoignage même. Mais avant de poser la question fatidique, Daniel les accuse de délits qui, je l’ai dit, il ne peut pas connaître mais que Dieu dénonce à travers lui.

Au premier, Daniel dit : « toi qui as vieilli dans le mal… » – remarquez qu’il est en train de parler à un ancien qui inspire suffisamment confiance à la communauté pour avoir été désigné comme juge ! – « tu portes maintenant le poids des péchés que tu as commis autrefois en jugeant injustement : tu condamnais les innocents et tu acquittais les coupables », ce qui, en soi, est déjà une faute grave pour un juge. Ce n’est d’autant plus que le Seigneur a dit : « Tu ne feras pas mourir l’innocent et le juste » (Ex 23,7). Non seulement tu as commis une injustice, mais tu as en plus enfreint la loi de Dieu que tu es censé respecter. En parlant ainsi, Daniel accuse le juge de prononcer des sentences iniques, exactement comme celle qui vient de condamner Suzanne à la peine capitale en la faisant passer pour coupable alors qu’elle est innocente et juste. Bref, Daniel ne fait que montrer que la condamnation de Suzanne est une pratique courante chez lui.

Au deuxième, Daniel dit : « Tu es de la race de Canaan », infidèle. « La beauté t’a dévoyé et le désir a perverti ton cœur. » Et il insiste à nouveau sur le fait que ce n’était pas la première fois. « C’est ainsi que vous traitiez les filles d’Israël, et, par crainte, elles se donnaient à vous », ce que précisément Suzanne a refusé de faire, comme le récit l’a raconté : fidèle à la loi, elle n’a pas consenti à son crime. Ainsi donc, lorsque ce scélérat a voulu la contraindre, il n’a fait que reproduire ce que, en raison de sa position supérieure, il a réussi à faire avec d’autres femmes à qui il s’imposait par la peur.

Bref, avec l’un puis avec l’autre, Daniel dénonce non seulement ce qu’ils viennent de faire avec Suzanne, mais leur crime répété : donner raison au coupable en condamnant l’innocent, et séduire des femmes et leur faire peur pour pouvoir abuser d’elles en toute impunité. Indirectement, Daniel les accuse aussi de mensonge. Car agir comme l’ont fait ces gens n’est possible que s’ils mentent, que s’ils dissimulent la vérité ou la travestissent. Condamner un innocent et blanchir un coupable, procède d’un mensonge éhonté. Rendre la justice alors que l’on abuse de sa position pour violer des femmes, c’est une tromperie infame. C’est précisément en les amenant à mentir une nouvelle fois que Daniel va les confondre en leur posant la fameuse question de l’arbre sous lequel ils auraient vus Suzanne et son amant. En répondant chacun avec le même aplomb, ils apportent la preuve que leur témoignage était faux, et que, donc, Suzanne avait raison quand elle les dénonçait dans son appel au Dieu éternel et omniscient. En mentant, ils condamnaient l’innocent : c’est par le mensonge que Daniel les démasque comme coupables, tandis qu’ils se condamnent eux-mêmes. Il les prend ainsi leur propre piège. « Devant moi, (les méchants) ont creusé une trappe : ils sont tombés dedans » (Ps 57,7, voir aussi 7,15-17).

Le texte le souligne en finale : l’innocente est sauvée, les coupables sont punis, victimes du châtiment qu’ils réservaient à leur victime. Par la voix de Daniel, Dieu a jugé. Il a levé le voile des apparences pour qu’éclate la vérité. En même temps, il a donné une leçon de sagesse au peuple qui se fiait aveuglement à des gens d’autorité. Daniel, au fond, c’est l’image vivante du Dieu qui veut la justice et ne fait pas acception des personnes, un Dieu aussi qui donne sa sagesse à qui il veut. Car l’avertissement sous-jacent est sage : méfiez-vous des apparences, en particulier lorsqu’elles viennent de gens de pouvoir… Une leçon qui résonne étrangement dans notre monde.

 

Invitation au Notre Père

« Des orgueilleux m’ont couvert de calomnies, de tout cœur, je garde tes préceptes ». Le Dieu qui donne les préceptes de la Loi est un Dieu qui, en cela, se montre Père, puisque la Loi est en faveur de la vie. Nous pouvons maintenant nous adresser avec confiance envers Celui que  Jésus nous a appris à appeler notre Père

 André Wénin, Hurtebise le 23 mars 26