Liturgie 20e samedi TO-II Matthieu 23, 1-12 ; Ezéchiel 43, 1-7a
Faire place
Méditation
Quand on entre dans
l’église du monastère d'Hurtebise par la chapelle latérale — chapelle des
fidèles ou chapelle de l’Europe —, la première figure que l’on rencontre est
celle de Marie.
Une Marie couronnée. Elle
est la seule statue de l’église.
Nous sommes donc
accueillis par une Reine, que l’Église, en ce 22 août, nous invite à
célébrer.
Je vous l’avoue : cette
couronne m’a toujours un peu embarrassée. Les trônes, les titres et les
insignes royaux s’accordent mal, à mes yeux, avec la jeune femme de Nazareth.
L’Évangile d’aujourd’hui
(Mt 23, 1-12) ne fait rien pour dissiper mon malaise. Jésus dénonce ceux qui
recherchent les places d’honneur, aiment être salués en public et tiennent aux
titres qui les distinguent des autres. Et Rome, en même temps, nous invite
à fêter une Reine.
C'est un télescopage qui
mérite qu’on s’y arrête.
On pourrait être tenté
d'expliquer que Marie est une reine différente : une reine humble, une reine
servante, une reine sans pouvoir. C'est sans doute une intuition juste. Mais
cette explication ne dit pas encore ce que cette couronne désigne en Marie.
Et si nous posions la
question autrement ?
Non pas : Pourquoi Marie
est-elle Reine ?
Mais : Que couronne Dieu
en elle ?
La vision d’Ézéchiel nous
met sur la voie.
Le prophète voit la gloire
de Dieu entrer dans le Temple. Elle arrive de l’orient, avec le bruit des
grandes eaux, et toute la terre resplendit. Puis la gloire du Seigneur remplit
le Temple.
Le Temple est simplement
là. Ouvert à une présence qui vient l’habiter.
Et Dieu déclare : «
C’est ici le lieu de mon trône, le lieu où je pose les pieds, et là je
demeurerai au milieu des fils d’Israël.»
Ce qui fait la sainteté du
Temple n’est donc pas le Temple lui-même. C’est la présence qu’il accueille. Le
Temple est grand de Celui qui vient l’habiter.
Peut-être est-ce ainsi
qu’il faut regarder Marie. Sa grandeur vient de la présence qu’elle accueille.
Sa vie devient un lieu pour Dieu. À une différence essentielle près : un Temple
ne peut pas dire oui. Marie, elle, le peut.
Regardons encore notre
statue. Marie n’est pas assise sur un trône. Elle est debout. Elle porte
l’Enfant. Il tient dans une main le livre de la Parole et, de
l’autre, s'accroche au voile de sa mère.
Marie consent. Elle
interroge, s’étonne, puis répond. Son « oui » engage toute sa liberté.
Elle sait aussi que ce qui
advient en elle la dépasse entièrement.
C’est ce qu’elle chante
dans le Magnificat :
« Mon âme exalte le
Seigneur.
Il s’est penché sur
son humble servante.
Le Puissant fit pour
moi des merveilles. »
Marie s’émerveille parce
que Dieu s’est penché sur elle. Toute sa prière est tournée vers ce que Dieu
accomplit. Les verbes importants ont Dieu pour sujet : il regarde, il fait des
merveilles, il déploie sa force, il renverse, il élève, il comble, il relève.
Voilà qui nous ramène à
l’Évangile de Matthieu :
« Qui s’élèvera sera
abaissé, qui s’abaissera sera élevé. »
Marie fait place,
librement. Et c’est dans cet accueil que Dieu l’élève.
Alors, que couronne Dieu
en Marie ?
Il couronne son œuvre en
elle. Il couronne le « oui » d’une femme qui lui a librement
fait place.
Celle qui a porté le
Christ est désormais pleinement associée à sa vie. Celle qui s’est appelée « la
servante du Seigneur » est élevée auprès de celui dont la royauté consiste à
aimer et à servir.
Alors tout se met à
résonner :
·
La première lecture dans laquelle Dieu appelle «
lieu de mon trône » l’espace où il vient habiter;
·
L'Evangile dans lequel Jésus renverse la logique
des places : le plus grand est celui qui sert ;
·
Et le Magnificat : les puissants descendent de
leurs trônes et les humbles sont élevés.
Marie Reine nous révèle
comment le Royaume entre dans le monde : quand une liberté humaine consent à
lui faire place.
Maintenant, en m’arrêtant
devant la statue de la chapelle, je regarde la couronne autrement. Elle ne me
dit plus : « Regarde jusqu'où Marie est montée. » Elle me
dit : « Regarde jusqu’où Dieu peut aller quand on lui fait place. »
Isabelle le 22
août 26, mémoire de Marie Reine

