Liturgie de la Parole 21 septembre St Matthieu Matthieu 9, 9-13 ; Éphésiens 4, 1-7.11-13
Introduction
« Jamais ne
manquent les témoins de cette joie au long des siècles… » Oui, on peut
dire qu’à sa manière, Matthieu a été un témoin de la joie de Dieu, en nous
laissant son évangile. Un évangile bien enraciné dans le 1er
testament (comme nous le verrons dans le passage d’évangile d’aujourd’hui, où
il cite le prophète Osée), mais rayonnant d’une nouveauté qui révèle en Jésus
le Fils bien-aimé du Père et le Serviteur. Il ouvre l’accès de la Bonne
Nouvelle aux exclus de la société, pécheurs et gens peu fréquentables, mais
aussi à toutes les nations. Si Matthieu l’évangéliste est le publicain de Mt
9,9, on peut dire qu’l a converti ses talents de comptable en talents de
conteur, qu’il a mis son intelligence au service de la Parole de Dieu et nous
lui en sommes reconnaissants !
Commentaire des lectures
Matthieu
9,9 : c’est facile à retenir ! Un seul verset et tout est dit de la
vocation de Matthieu le publicain. Un seul verset, mais riche de sens, riche
comme l’était Matthieu. Verset très bref, où tous les mots comptent. Jésus est
en marche : il passe d’un lieu à l’autre. Il passe devant un bureau et
voit cet homme qui est assis / vissé sur sa chaise. Il lui dit :
« accompagne-moi, viens avec moi » ; et l’homme aussitôt « s’étant
mis debout », se met à l’accompagner. Le verbe « s’étant mis
debout » (anastas) est l’un des verbes pour dire la résurrection.
Avant de voir la
suite, voyons ce qui précède ce verset : c’est l’épisode de la guérison du
paralytique. Là, un homme était couché, incapable de bouger. Et Jésus lui dit
« lève-toi… et marche ! » En disant « lève-toi », il utilise
l’autre verbe qui désigne la résurrection (egeirô). Nous avons donc ici
deux épisodes de résurrection, toutes les deux déclenchées par une parole de
Jésus. Un souffle de résurrection, de renouveau, accompagne le passage de
Jésus. Pour ceux qui en bénéficient, il y a un avant et un après, une
transformation radicale qui s’exprime par un changement de posture, un passage
de l’immobilité au mouvement, de la position couchée ou assise à la marche.
Vient ensuite le
récit du repas que Jésus prend avec les publicains et les pécheurs. C’est un
beau prolongement de la vocation de Matthieu. Là, les convives sont assis. Mais
la marche se poursuit… dans la tête. En effet, elle doit se produire dans la
tête (et dans le cœur) de l’assistance. Car il y a les autres, ceux qui
observent la scène et qui font leurs commentaires. Des scribes qui assistaient à la scène avec
le paralytique marmonnaient : « celui-là blasphème ! »,
parce que Jésus avait dit « tes péchés sont pardonnés ». Des
pharisiens qui voient Jésus faire la fête avec les publicains et les personnes
non fréquentables disent aux disciples de Jésus : « pourquoi votre
maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? »
Pourquoi les
pharisiens posent-ils la question aux disciples et pas directement à
Jésus ? D’autant plus que les disciples sont incapables de répondre et que
c’est quand même Jésus qui entend la question et qui répond. Il y a là, sans
doute, le reflet littéraire de tout un débat intérieur qui se joue aussi dans
le cœur des disciples. Les pharisiens disent à haute voix ce que les disciples
pensent peut-être tout bas. Pensez donc : parmi ces disciples, il y a
Pierre et André, des pêcheurs du lac de Galilée, des hommes qui ont dû trimer
pour gagner leur pain et qui doivent détester, profondément, les publicains…
Mine de rien, quand l’évangéliste écrit que Jésus était à table avec ses
disciples et avec les publicains, cela devait représenter une fameuse
conversion dans le cœur des disciples. Comment Pierre a-t-il pu s’asseoir sans
réticence à la même table que Matthieu ?
Jésus répond en
citant le prophète Osée. Il introduit sa réponse par les mots : allez
apprendre ce que signifie la parole… ». Il vaudrait mieux
traduire : « vous étant mis en route, apprenez ce que
signifie etc », ou « avancez et apprenez… (poreuthentes
mathete). Il les invite donc à un déplacement, une mise en route, une
sortie de l’immobilisme. « Bougez-vous » … Ce n’est qu’en sortant des
idées toutes faites et des jugements hâtifs qu’ils pourront comprendre. Apprenez
… Ce verbe est le verbe du disciple et il est très important chez Matthieu. Pour
apprendre, il leur propose de prendre appui sur une parole d’un prophète du 1er
Testament : il les rejoint sur leur terrain pour leur ouvrir le cœur à une
meilleure compréhension de leur propre foi. Tout Matthieu est là.
Et nous ? En
recevant l’évangile de Matthieu, nous pouvons aussi nous mettre en route, ne pas
rester assis ni couchés, mais marcher. Marcher avec Jésus, à ses côtés,
comme le suggère le verbe de la vocation de Matthieu. Nous mettre à l’écoute des
paroles de l’écriture, puis
mettre nos talents au service de l’évangile,
selon la mesure de la grâce que Dieu distribue à chacun, comme le suggère la
lettre aux Éphésiens.
Conclusion
Seigneur, tu n’es
pas venu pour appeler des justes, mais des pécheurs… fais de nous tes
disciples, ressuscite-nous, envoie-nous proclamer l’évangile à toutes les nations, afin que la Bonne Nouvelle
parvienne aux extrémités du monde, et change les cœurs ! Toi qui…
Sr Marie-Raphaël le 21 septembre 2020