samedi 12 septembre 2026

Liturgie 23e samedi TO-II Luc 6, 43-49 ; 1 Corinthiens 10, 14-22

Introduction

Aujourd’hui la liturgie nous invite une fois de plus à la bonté, la bonté qui nous met en communion avec Dieu et avec l’humanité entière, la bonté qui nous met en communion avec le cosmos entier. L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon. Pour entrer en cette célébration, demandons cette grâce d’un cœur bon. Dieu crée en moi un cœur pur, renouvelle au fond de moi mon esprit.

 

Après l’Évangile

Les idoles n’existent pas, elles n’ont aucune consistance ; mais l’idolâtrie existe ! c’est notre rapport aux objets, aux personnes, aux esprits, qui les transforme dans notre regard en idole ou en chemin de communion avec notre Dieu, en chemin de communion avec nos frères et sœurs, en chemin de communion avec le cosmos. Tout est dans notre regard, dans notre manière d’appréhender les choses, les personnes. Tel est bien le message clair que nous pouvons retenir des lignes de St Paul. Et qui nous mène vers une perception aigüe de ce que peut être notre vie enracinée en ce cosmos. Une vie fondée sur le roc de la Parole, sur le roc qu’est Jésus. Une vie nourrie par la communion à son corps.

Oui, nous sommes appelées à être membres du corps du Christ. C’est en Lui que nous trouverons la stabilité, la solidité. C’est par Lui que nous pourrons traverser les épreuves, résister aux tempêtes. C’est aussi en lui que nous pourrons porter fruits. Tous ne sont pas appelés à porter du raisin, ou des olives. Mais tous sont appelés à porter fruit.

Teilhard de Chardin dans une de ses méditations, écrit qu’il ne s’agit pas seulement de rendre à Dieu les fruits, mais tout l’arbre avec. L’invitation lancée par les lectures du jour, pourrait peut-être nous inciter à unifier nos vies ! il ne s’agit pas en effet d’être chrétien le temps d’une célébration, mais bien le temps d’une vie. Il ne s’agit pas en effet de se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu le temps d’une lectio ou d’une célébration, mais bien de la laisser orienter, informer toute notre vie.

Accueillons dans une prière silencieuse, l’appel de notre Seigneur et Dieu. Demandons la grâce de passer cette journée en communion avec Lui !

 

Invitation à la prière du Seigneur

Jésus, la vie n’est pas simple, facile, nous rencontrons des tempêtes, mais avec toi nous les traverserons. Enracinés en toi, nous connaîtrons le chemin de la vie, le chemin qui mène au Père. Donne-nous aujourd’hui encore de le prier : …

 

Prière de conclusion

Père, tu nous as partagé le pain de la Parole, tu nous as rassemblés pour vivre ce temps de communion dans l’écoute et la prière. Donne-nous maintenant de porter un fruit qui te plaise. Fonde-nous, établis-nous en Christ, que nos vies enracinées en Lui soient tout entières au service de ton Royaume !

Sr Myrèse le 12 septembre 2020

vendredi 11 septembre 2026

Liturgie de la Parole 23e vendredi TO-II Luc 6, 39-42 ; 1 Corinthiens 9, 16-19.22-27

Mot d’accueil

Nous voici rassemblés en communauté, en Eglise.

En ce jour, la liturgie nous rapporte des confidences de Paul, cet Apôtre tout dévoué à son ministère.

L’extrait de la Première Epître aux Corinthiens que nous entendrons compte quelques formules percutantes :

« Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile ! »

« Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns »

« Si je cours, ce n’est pas sans fixer le but… »

On devine chez Paul une urgence, une hâte, une priorité qui le presse et le stimule : la Bonne Nouvelle.

En effet, dans cette Epître, l’Apôtre se situe par rapport à l’objectif qu’il s’est fixé.

Il veut annoncer l’Evangile… en sauver quelques-uns… atteindre le but.

 

Aujourd’hui, ces paroles de Paul s’adressent à nous.

Au creux du Temps dit « ordinaire », nous savons que la liturgie ne cesse de nous offrir de l’extraordinaire, pour nous surprendre, bousculer nos habitudes, questionner notre motivation.

Où se trouve l’annonce de l’Evangile dans ma vie ?

Pour répondre adéquatement à notre Dieu qui, par la bouche de Paul, nous interpelle, entrons dans la prière de l’Eglise, dans le chant des psaumes qui nous est confié…

 

Méditation

Dans sa Première Epître aux Corinthiens, Paul nous interpelle sur la manière dont chacun se situe par rapport à l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Et, dans l’Evangile, Jésus questionne ses disciples sur la façon dont ils se situent par rapport aux autres, dans les relations fraternelles.

Jésus y conseille : « Enlève d’abord la poutre de ton œil ».

 

En guise de commentaire, écoutons un père monastique, Dorothée de Gaza :

« Recherchons, frères, comment il se fait que parfois on entende une parole désagréable et qu’on la laisse passer comme si on n’avait rien entendu, sans se troubler, et que d’autres fois on en est aussitôt troublé. Quelle est la raison d’une telle différence ? …

Pour moi, j’en vois beaucoup, mais une seule engendre, pour ainsi dire, toutes les autres…

La cause du trouble, si nous la recherchons soigneusement, c’est toujours le fait de ne pas s’accuser soi-même. De là vient que nous avons tout cet accablement et que nous ne trouvons jamais le repos. Il n’y a pas à s’étonner si tous les saints disent qu’il n’existe point d’autre voie que celle-là…

En vérité, eût-on accompli mille bonnes œuvres, si l’on ne garde pas cette voie, on ne cessera jamais de faire souffrir et de souffrir soi-même…

Quelle joie au contraire, quel repos ne goûte-t-il pas, partout où il va, celui qui s’accuse soi-même…

Qu’un dommage, qu’un outrage ou qu’une peine quelconque lui survienne, il s’en juge digne a priori et n’est jamais troublé.

Y a-t-il un état qui soit davantage exempt de soucis ? … »[1]

 

Prière de louange + Invitation à la prière du Notre Père :

Rendons grâces au Père qui a suscité en nous le goût de son Evangile et renouvelle notre désir de l’annoncer.

Ref : Grandes sont tes œuvres, Seigneur !

 Rendons grâces au Fils qui a consacré sa vie entière à la prédication de la Bonne Nouvelle et, par les mots de Paul, nous invite à le suivre.

Ref : Grandes sont tes œuvres, Seigneur !

 Rendons grâces à l’Esprit qui, jour après jour, nous devance, nous soutient et parachève notre œuvre de témoins du Christ Ressuscité.

Ref : Grandes sont tes œuvres, Seigneur !

 Forts de ce goût de Dieu et de sa Parole, redisons dans la foi la prière que Jésus lui-même nous a enseignée : « Notre Père… »

 

Partage de la paix :

L’Evangile nous rassure : « le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais celui qui est bien formé sera comme son maître ».

Toi qui as donné ta paix au matin de Pâques, Jésus ressuscité, nous te demandons de renouveler ce don aujourd’hui.

Regarde notre assemblée, regarde notre terre.

Dépose en nos cœurs cette paix qui est tienne.

Ainsi, nous pourrons la partager entre nous, pour qu’elle porte fruit en notre communauté, en notre Eglise, en notre monde.

Dès à présent, partageons cette paix.

 

Prière après la communion :

Dans ta Parole, Seigneur, nous avons contemplé l’enthousiasme de ton Apôtre. Nous avons aussi pressenti une invitation, un appel à suivre Jésus.

Et nous avons reçu ton Pain, pour nourrir notre désir de poursuivre notre chemin de messagers de ta Bonne Nouvelle.

Inspire-nous l’annonce de l’Evangile par toute notre vie et apprends-nous à puiser force et courage dans ta Parole, au service de nos frères et sœurs.

Nous te le demandons par Jésus-Christ, ton Fils ressuscité, qui vit et règne avec toi, dans l’unité du Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles.

Sœur Marie-Jean le 11 septembre 2014



[1] Dorothée de Gaza, Instructions, VII (SC n° 92).

jeudi 10 septembre 2026

Liturgie de la Parole 23e jeudi TO-II Luc 6, 27-28 ; 1 Corinthiens 8, 1b-7.10-13


Homélie

Dans ma vie personnelle, il y a deux sortes de chrétiens. Ceux qui sont sympathiques, qui me comprennent, qui sont d’accord avec moi, qui me ressemblent… Bref, ils ne mettent pas trop ma charité à l’épreuve ! Et puis il y a les autres… Ceux qui m’énervent. Ceux qui m’ont blessé. Ceux dont je n’arrive plus à entendre la voix sans que quelque chose se crispe en moi. Et voilà que Jésus me dit aujourd’hui : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. » Il faut reconnaître que Jésus ne nous facilite pas la retraite !

 

Mais avant de nous demander comment nous allons réussir à aimer nos ennemis, regardons ce que Jésus est en train de faire : il veut changer notre regard.

 

Saint Paul commence déjà ce travail dans la première lecture. Les Corinthiens se demandent s’ils ont le droit de manger certaines viandes offertes aux idoles. Paul pourrait répondre simplement : « C’est permis » ou « c’est interdit ». Mais il déplace la question : « La connaissance gonfle d’orgueil, tandis que l’amour fait grandir. » Autrement dit : ce n’est pas seulement ce qui est permis ou interdit qui compte ; il faut regarder ce que mon comportement produit chez l’autre. Je peux avoir raison et pourtant blesser. Je peux être dans mon droit et pourtant écraser quelqu’un. C’est une manière profondément évangélique de regarder : ne plus seulement partir de soi, mais regarder aussi à partir de l’autre.

 

Et Jésus va beaucoup plus loin. Il nous demande de regarder celui qui nous fait du mal autrement que nous le faisons spontanément. Notre premier réflexe est de réduire l’autre à ce qu’il nous a fait : « Il m’a blessé. Elle m’a trahi. Il est comme ça. » Et nous finissons par enfermer une personne entière dans une faute, une parole, une histoire.

 

Jésus vient briser cette logique : « Aimez vos ennemis. Faites du bien. Bénissez. Priez. » Cela ne signifie pas approuver le mal, nier l’injustice ou retourner dans une relation qui nous met en danger. Aimer son ennemi, c’est refuser que le mal commis par l’autre ait le pouvoir de transformer notre cœur en miroir du sien. Voilà peut-être le véritable combat : empêcher la blessure de devenir notre manière habituelle de regarder l’autre. Blessé par quelqu’un, je deviens blessant pour ce quelqu’un

 

Et c’est ici que notre retraite rejoint profondément l’Évangile. Nous sommes venus, à travers les femmes de la Bible, chercher un autre regard sur Dieu. Mais découvrir autrement le regard de Dieu devrait transformer notre regard sur les autres. Car quel est le regard du Père ? Jésus nous le dit : « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ; il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » Dieu ne commence pas par demander si l’autre mérite son soleil. Il donne. Il fait vivre. Il espère. 

 

Et si nous sommes appelés à aimer comme lui, c’est parce que nous avons d’abord été aimés ainsi. Alors peut-être que le pardon de ce soir commence simplement par ceci : laisser Dieu nous montrer quelqu’un autrement. Quelqu’un que nous avons enfermé dans une étiquette. Quelqu’un dont nous ne voyons plus que la faute. 

 

Et peut-être aussi nous-mêmes. Car nous sommes parfois beaucoup plus sévères avec nous-mêmes qu’avec les autres. Nous continuons à nous définir par une faute ancienne, un échec, une parole regrettée. Or Dieu ne nous regarde pas comme notre dernière erreur. Il voit plus loin. C’est pourquoi nous pouvons prier avec le psaume : « Scrute-moi, mon Dieu, connais mon cœur ; éprouve-moi, connais mes soucis. » Quelle magnifique prière pour une retraite ! Non pas : « Seigneur, regarde les autres », mais : « Seigneur, regarde-moi. » Regarde ce qui, en moi, a besoin d’être guéri. Et surtout, apprends-moi à me regarder avec ton regard.

 

Ce soir, dans le sacrement de réconciliation, nous ne viendrons donc pas simplement faire la liste de ce qui ne va pas. Nous viendrons nous laisser regarder par Dieu, le remercier pour son regard et accueillir son pardon. Et peut-être que le pardon commencera là : lorsque nous accepterons que le regard de Dieu soit plus grand que notre faute.

 

Puis, peu à peu, son regard pourra devenir le nôtre. Alors nous ne regarderons plus l’autre seulement comme celui qui m’a blessé. Nous pourrons commencer à le regarder comme quelqu’un que Dieu continue d’aimer. Le reste viendra peut-être ensuite, dans le silence, dans la prière et, ce soir, dans la grâce bouleversante d’un pardon reçu.

Pierre Hannosset le 10 septembre 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/09/jeudi-de-la-23eme-semaine-du-temps-de.html

mercredi 9 septembre 2026

Liturgie de la Parole 23e mercredi TO-II Luc 6, 20-26

Bienheureux, malheureux
Méditation

Des Béatitudes de Jésus, saint Luc a retenu surtout les éléments les plus propres à raffermir une communauté de pauvres, éprouvés et menacés. Il est le seul, parmi les évangélistes, à renforcer les Béatitudes par leur pendant négatif : à quatre reprises, Jésus dit : "Bienheureux êtes-vous !", puis, quatre fois également : "Malheureux êtes-vous !" On peut ainsi aborder le message de Jésus par deux côtés : - le côté des reproches, par où l'homme sentira le manque qui le ramènera à l'essentiel, - et le côté de la promesse, où chaque appel à l'héroïsme devient une offre de bonheur.  Nous sommes donc invités, pour saisir les nuances de la pensée de Jésus, à regarder ces quatre Béatitudes successivement par leur envers et leur endroit.

"Malheureux, vous les riches", dit Jésus. Malheureux pourquoi ? Pas simplement par le fait qu'ils sont riches, car Jésus avait des amis parmi les gens fortunés : Matthieu et Zachée étaient riches, Marthe et Marie avaient des ressources, et Jeanne, qui suivait la troupe des disciples, était l'épouse de Kouza, l'intendant d'Hérode. Malheureux pourquoi, alors ? - "Parce que, dit Jésus, vous tenez déjà votre récompense". Est riche, pour Jésus, celui qui n'attend plus rien de Dieu parce qu'il a refermé les mains sur son avoir et qu'il a mis "toute sa consolation" dans une sécurité matérielle. Être riche, selon Jésus, c'est n'avoir plus en soi cet espace de désir que seul Dieu peut combler, cette blessure d'espérance que Dieu seul peut guérir en la ravivant sans cesse. "Heureux, au contraire, vous les pauvres", dit Jésus, "parce que le Règne de Dieu est à vous", parce que votre richesse est ce règne de l'amour qui s'accomplit en vous. Jésus ne dit pas :"heureuse la misère", car la misère est un mal qu'il nous demande d'éliminer ; mais bien plutôt : "heureuse la pauvreté" qui ouvre le cœur aux dons de Dieu. Celle-là, et celle-là seule, est source de vraie joie.

"Malheureux, vous qui êtes repus maintenant, parce que vous aurez faim". Malheureux effectivement, et il le dit lui-même, celui qui se repaît avec tant d'avidité de ce que la vie peut offrir qu'il n'a plus faim de Dieu. Parce qu'il se contente de l'immédiat et qu'il se laisse remplir des choses qu'il fait, qu'il possède ou qu'il convoite, il ouvre en lui-même comme un puits sans fond ; une faim le tenaille à tout moment où il rentre en lui-même, la faim d'une vie authentique, ouverte, généreuse. "Heureux, au contraire, vous qui avez faim maintenant" de ce que Dieu donne, car lui-même vous rassasiera.Malheureux sommes-nous, et nous le sentons bien, lorsque nous nous installons dans la facilité ou l'égoïsme, sans rien de profond qui nous passionne et nous motive, car nous nous retrouverons seuls, sans horizon ni amitié, quand l'épreuve nous visitera. Heureux, au contraire, si nous savons pleurer avec ceux qui pleurent, car nous rirons dans la lumière de Dieu quand le sourire de Dieu aura triomphé de toutes nos peurs ; et nous goûterons auprès de lui la joie des cœurs libres, la joie de ceux qui aiment et qui se savent aimés.

Malheureux sommes-nous, quand nous devenons les prophètes du laisser-aller, quand nous tournons le dos aux exigences du Royaume ou que nous dérivons "à tout vent de doctrine" (Éphésiens 4,14) par crainte de nous affirmer croyants. Heureux, bienheureux, en revanche, si à cause de Jésus il nous arrive d'être détestés, écartés, rejetés. Si vraiment c'est à cause du Christ que l'épreuve traverse notre existence et que l'insécurité commence à nous menacer, "bondissons de joie » : c'est que Jésus nous appelle à son destin de prophète ; et ce que nous n'aurons pas glané aux champs de ce monde comme réussite ou comme crédit, comme renommée ou comme joies faciles, nous attendra auprès de Dieu, comme la récompense qu'il nous réserve.

Heureux, malheureux, nous sommes tout cela à la fois ; mais chacune de nos misères n'est que l'envers d'une Béatitude que Jésus nous offre. Il suffit pour la recevoir de remettre notre cœur à l'endroit.

Homélie du Père Jean Lévêque carme

Proposé par Soeur Samuel

http://bibleetviemonastique.free.fr/lu062026.htm

mardi 8 septembre 2026

Liturgie de la Parole 8 septembre fête de la Nativité de Marie Matthieu 1, 1-16.18-23 ; Michée 5, 1-4a

Cachée avec le Christ
Méditation

Cette fête de la nativité de Marie est très ancienne. D’abord en Orient, puis en Occident, où elle est attestée à partir du 8ème siècle. Sa date correspond à celle de la Dédicace d’une basilique bâtie à l’endroit où la tradition plaçait la maison de sainte Anne

Fêter un anniversaire, c’est important, c’est une façon de se rappeler que tout a commencé un jour précis de l’histoire, une façon de se situer dans une lignée, par rapport à ceux qui précèdent et par rapport à ceux qui suivent, une façon de rendre grâce pour le don de la vie. Il est tout normal que l’Église ait eu envie de célébrer la naissance de Marie. Un cantique byzantin donne à Marie, pour cette fête, le titre de « terre du ciel ».

 

Mais qui est-elle ? Quand est-elle née ? Quel âge avait-elle quand l’ange la visita ? Les évangiles nous donnent des généalogies de Jésus. C’est une façon claire de le situer dans l’histoire des hommes. Il y a une longue continuité qui remonte jusqu’à l’ancêtre Abraham, jusqu’au père de tous les hommes, Adam. Mais cette généalogie est celle de Joseph, pas de Marie. En parlant de Marie, soudain, Matthieu et Luc introduisent une rupture dans la continuité, une fraîcheur, une nouveauté. Voyez comment Luc introduit Marie dans son récit : « une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David, et cette jeune fille s’appelait Marie ». De Joseph, nous savons donc qu’il est de la maison de David, de lignée royale. Mais de Marie, nous ne savons rien, sinon qu’elle était fiancée à Joseph. Matthieu n’en dit pas plus que Luc.

 

Les chrétiens des premiers siècles ont aimé imaginer davantage les origines de Marie. Ils ont produit la tradition qui aboutit à plusieurs évangiles apocryphes, dont le protévangile de Jacques, écrit vers le milieu du 2ème siècle et évoquant les parents de Marie, Joachim et Anne. Joachim était lui aussi de la maison de Juda, il était un riche berger, le couple était stérile.

Mais l’Écriture reste discrète. Comme s’il était de la nature de Marie de s’effacer devant le grand mystère qui se déroule en elle. On pourrait très bien appliquer à Marie ce verset de la lettre aux Colossiens que nous avons entendu hier : « votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire «  (Col 3, 3-4).

Elle est le fruit d’une longue attente messianique qui a façonné patiemment l’espérance d’Israël. Cette attente messianique est évoquée par le prophète Michée, parlant aussi de la mère du Messie comme « celle qui doit enfanter », avec une discrétion qui correspond tout à fait à la personnalité de Marie. D’après cette prophétie, le Messie à venir sera issu de Bethléem Ephrata, donc de la maison de David. Il deviendra le « berger » de ses frères et leur permettra de vivre en sécurité. Michée lui donne un attribut tout particulier : « lui-même, il sera la paix ».

La mère du Messie est donc mère de la paix. Sa discrétion, son humilité vont dans le même sens. Et l’oraison de ce jour nous le propose aussi en disant : « puisque la maternité de la Vierge Marie fut pour nous le commencement du salut, que la fête de sa nativité nous apporte un surcroît de paix ». Accueillons cette paix et rendons grâce à Dieu pour la douceur de Marie, si humaine en sa divine maternité.

 Sr Marie-Raphaël le 8 sept 2011