jeudi 3 septembre 2026

Liturgie de la Parole 3 septembre saint Grégoire le Grand Luc 22, 24-30 ; 2 Corinthiens 4, 1-2.5-7

Méditation

Aujourd’hui nous fêtons saint Grégoire le grand, préfet de Rome, puis moine. Devenu Pape, il a envoyé des moines évangéliser la Grande Bretagne. Il a écrit beaucoup, d’autant plus que, malade les deux dernières années de sa vie, c’est un autre qui devait lire ses sermons. Nous lui devons la Vie de Saint Benoît. Il est Docteur de l’Eglise.

« A l’image du Christ, il était serviteur » venons-nous de chanter dans l’antienne de l’Office. Et à Laudes « Moine parmi les moines, Grégoire fut un Père pour la Ville de Rome, et une joie pour le monde ». Il est mort en 604.

« Ce que nous proclamons, ce n’est pas nous-mêmes ; c’est ceci : Jésus Christ est le Seigneur » nous dit saint Paul. Et cela correspond bien à saint Grégoire, comme nous l’avons entendu dans la lecture de Vigiles : Il souhaitait que celui qui parle fasse découvrir le Christ ; pour cela qu’il se fasse aimer mais sans détourner du Christ.

Proclamer Jésus est Seigneur, cela veut dire quoi ?

Celui qui est mort d’une manière honteuse et ignominieuse est en vérité Seigneur, LE SEIGNEUR ! Dans cette mort vécue par amour et miséricorde envers chaque personne, la lumière a brillé du milieu des ténèbres et elle a vaincu les ténèbres. Toutes les ténèbres.

Est-ce que je le crois existentiellement ? Croire, c’est s’appuyer sur. Est-ce que je m’appuie sur ce Dieu-là ? Est-ce que je lui fais vraiment confiance quoiqu’il arrive ?

« Qui peut être sauvé ? Pour les hommes c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu » dit Jésus en saint Marc (Marc 10, 26-27).

Oui tout est possible à Dieu… il ne veut que nous sauver… mais pas sans nous !

Il offre sa lumière pour qu’elle brille en nos cœurs : « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée » écrit saint Jean dans son Prologue (Jean 1, 5).

C’est cette lumière, accueillie jour après jour, qui fait « resplendir en nos cœurs la connaissance de sa gloire qui rayonne sur le visage du Christ ». Du Christ tel qu’il se révèle au long des Evangiles.

Paul vient de dire « nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, à cause de Jésus » comme le traduit la Bible de Jérusalem. Être serviteur, servant à cause de Jésus ! Tout un programme de vie… qui prend toute la vie.

Et l’Évangile choisi pour cette fête le complète si bien. Dans le Christ qui sert se révèle la gloire du Père. La gloire ? Tout le poids de sa vie, de ce qu’il est : un Dieu de miséricorde à genoux devant les humains pour les servir, pour leur laver les pieds, pour les regarder avec miséricorde et leur offrir encore et toujours son amour quand ils se sont éloignés de lui. C’est lui le plus grand qui se fait petit pour nous rejoindre.

Le grand rejoint le plus jeune qui a la dernière place, le chef rejoint celui qui sert :il sert avec lui, et même plus, il le sert lui-même.

Jésus ajoute « Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi. Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume ». Dans le Royaume, est-ce lui qui nous servira ? Il dispose pour nous du Royaume ! C’est comme s’il nous le proposait : en veux-tu ? Je le tiens prêt pour toi ! Entre dans la joie de ton Maître qui se fait ton serviteur, fais-toi serviteur, servante et tu recevras ma joie, le Royaume sera déjà présent dans ton cœur et autour de toi.

 

Invitation au Notre Père

Seigneur Jésus, tu disposes pour nous du Royaume comme le Père en a disposé pour toi : en toute confiance nous te chantons la prière des serviteurs qui désirent marcher à ta suite : Notre Père

Sr Marie-Christine le 3 septembre 26

mercredi 2 septembre 2026

Liturgie de la Parole 22e mercredi TO-II Luc 4, 38-44 ; 1 Corinthiens 3, 1-9a

Accueil

Bonjour ! Quelle chance ! Nous avons aujourd’hui deux beaux textes offerts sur la table de la Parole !

Le premier plat qui nous est servi est amer : les divisions dans la communauté de Corinthe ! Pourquoi ? Parce que chacun se réclame de SON Apôtre ou Évangélisateur. Rien de neuf sous le soleil ! Mais Paul en profite pour donner l’ingrédient qui change l’amertume en nourriture de vie. Il nous recentre sur l’essentiel : « Seul importe celui qui donne la croissance : Dieu… Vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison qu’il construit. » Laissons-nous construire !

Le plat de résistance, l’évangile, nous présente Jésus qui guérit, par l’imposition des mains, tous ceux qui lui sont amenés. Mais il refuse d’être mis au service de quelques-uns, « Aux autres villes aussi, il faut que j’annonce la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé. ». Laissons-nous évangéliser.

Amenons maintenant à Jésus tous ceux que nous portons dans notre cœur, les intentions de l’Église et du monde et prions-le avec les paroles que lui-même nous a données dans les psaumes.

 

Méditation

À qui appartiens-tu ? Ou plutôt, à qui choisis-tu d’appartenir ? Tel pourrait-être le résumé de la 1ère lecture. Celui que se croit libre de tout maître est dans l’illusion, car il est esclave de lui-même, de ses pensées, de ses envies, de ses pulsions. (cf. Romains 6,6.15-18)

Nous avons un maître mais lequel ? Choisis-tu un maître qui te ramène à lui, ou un maître qui te tourne vers un Autre ? Les véritables maîtres sont des accompagnateurs : ils sont « Des serviteurs par qui vous êtes devenus croyants, et qui ont agi selon les dons du Seigneur à chacun d’eux. »

Ils agissent en esprit de communion et non de division. Ils sont des collaborateurs de Dieu. Quelle belle mission : travailler avec Dieu ! Quoique nous fassions, quoique nous disions, quoique nous pensions, si nous le vivons en collaboration avec Dieu, avec l’Emmanuel, Dieu avec nous, Dieu en nous, cela change tout. Pas besoin d’une mission visible, dans la foi, gardons au cœur cette certitude : nous sommes les collaborateurs, les collaboratrices de Dieu ; il y a de fortes chances que nous ne voyions le fruit de cette collaboration, que lorsque nous serons auprès de LUI. Qu’importe. Que la joie de notre cœur vienne de lui, que notre confiance soit dans son Nom très saint.

Dans l’évangile, la belle-mère de Simon est « oppressée par une forte fièvre ». Il y a toutes sortes d’oppressions intérieures et extérieures. Que faire ? « On demanda à Jésus de faire quelque chose pour elle » : c’est magnifique comme non précision ! ON, c’est-à-dire, n’importe qui, pourquoi pas moi ? « Quelque chose » : Jésus c’est toi qui sais ce qui est bon pour elle, pour la personne que je te présente, pour moi aussi.

Que fait Jésus ? D’abord «  il se penche » vers la personne : il la regarde, il n’y a plus qu’elle et lui en vis-à-vis. Puis il menace ce qui opprime, et la cause du mal quitte la belle-mère. Quitter, c’est partir pour au moins un temps assez long. Pas d’illusion : le mal peut revenir nous tenter et entrer en nous si nous lui entrouvrons la porte, mais Jésus est toujours là pour nous soigner. La traduction littérale est en effet « soigner » plutôt que « guérir »: Guérir c’est instantané, voire magique ; soigner prend du temps et agit à peu, le soignant et le soigné collaborent pour prendre le dessus de la maladie.

Conséquences de l’intervention de Jésus : la femme se lève (et donc ressuscite, c’est le même verbe) et sert Jésus ! Elle est pleinement réhabilitée dans sa vocation, sa mission. Le sabbat ne pouvait être célébré puisque la mère de famille, qui doit allumer les lumières qui inaugurent le Sabbat, était malade, au lit. Bien sûr, servir est sa mission de femme telle que vue si souvent autrefois comme aujourd’hui ! Mais je pense aussi qu’elle vivait déjà ce que Jésus dira à ses disciples, dans ce même évangile de Luc, la veille de sa mort : « Que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » (Luc 22,26-27). Jésus est le Maître et le Seigneur (Luc 22, 11 et 38), le plus grand, et bien, il est au milieu des siens comme celui qui sert ! Et cette femme devient à son tour la plus grande parce qu’elle sert !

 

Seigneur que je vive avec toi, que je sois au milieu de celles avec qui je vis comme celle qui sert, et qui trouve sa joie à servir ! Et quand il m’arrive de grogner intérieurement parce que «  c’est encore moi qui fais cela » viens pacifier mon cœur et vivre en moi ta joie de servir dans l’amour. Que je vive de plus en plus la joie des enfants du Père « servir Dieu rend l’homme libre comme lui » comme le chante une hymne (Pour que l’homme soit un fils à son image)

 

Introduction au Notre Père

« Seul importe celui qui donne la croissance : Dieu » Tournons-nous vers celui qui cultive nos cœurs, leur donne la croissance, leur fait porter du fruit et chantons-lui…

 

Prière de conclusion

Seigneur Jésus, tu as été envoyé pour annoncer la Bonne Nouvelle du règne de Dieu à tous. Donne-nous, donne aux hommes d’aujourd’hui d’entendre cette Bonne Nouvelle et de l’accueillir ; qu’ils se laissent guérir par toi de tout ce qui les oppresse, qu’ils se lèvent et soient tes collaborateurs et tes serviteurs qui agissent selon tes dons à chacun d’eux. Que ta vie grandisse dans les cœurs et porte du fruit pour ta plus grande gloire et le salut du monde. Toi qui nous aimes et nous conduis au Père dans l’Esprit dès maintenant et pour les siècles des siècles.

Sr Marie-Christine le 2 septembre 20

mardi 1 septembre 2026

Liturgie de la Parole 22e mardi TO-II Luc 4, 31-37 ; 1 Corinthiens 2, 10b-16 ; Psaume 144

Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création

 

Homélie

Il y a des paroles qui ne changent pas grand-chose. On les entend, on les oublie, et cinq minutes plus tard, tout est comme avant. Et puis il y a des paroles qui ont quelque chose de différent : elles nous atteignent, elles déplacent quelque chose en nous, elles nous mettent debout.

Dans l’Évangile, les gens de Capharnaüm sont frappés par l’enseignement de Jésus : « Sa parole était pleine d’autorité. » Et cette autorité, Jésus ne l’exerce pas pour dominer. Il l’exerce pour libérer. Un homme tourmenté par un esprit mauvais est là. Jésus ne discute pas longuement avec lui. Il parle. Et l’homme est délivré. Cela nous dit quelque chose de très profond sur la Parole de Dieu : elle n’est pas simplement faite pour nous informer ; elle est faite pour nous transformer. Saint Paul nous dit aujourd’hui que l’Esprit de Dieu « scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu ». L’Esprit nous fait donc entrer dans un regard nouveau.

Nous croyons parfois connaître le monde parce que nous savons le mesurer, l’exploiter, le transformer. Mais l’Esprit nous apprend à le recevoir. 

Et c’est particulièrement important aujourd’hui, en cette Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création. Car la Création n’est pas un objet posé devant nous. Elle est un don. Le psaume le chante avec une simplicité magnifique : « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. Le Seigneur est bon envers tous, sa tendresse est pour toutes ses œuvres. » Toutes ses œuvres. Pas seulement l’être humain. Toute la Création est enveloppée dans la tendresse de Dieu. Voilà pourquoi prendre soin de la Création n’est pas une mode, ni seulement une question de comportement écologique. C’est aussi une question spirituelle : quel regard portons-nous sur ce qui nous est donné ? Le pape François écrivait dans Laudato si’ : « La nature n’est rien d’autre qu’une certaine raison de l’art de Dieu. » 

Si le monde est œuvre de Dieu, alors nous ne pouvons plus le regarder comme une simple réserve de matières premières. Une rivière n’est pas seulement de l’eau. Une forêt n’est pas seulement du bois. La terre n’est pas seulement un sol à exploiter.

Une créature n’est pas seulement quelque chose dont nous pouvons disposer. Il y a là une beauté qui nous précède et dont nous ne sommes pas propriétaires. Et peut-être que notre conversion écologique commence moins par une liste d’interdictions que par un émerveillement retrouvé.

Car ce que nous apprenons à aimer, nous cherchons naturellement à le protéger. Jésus, dans l’Évangile, fait sortir l’homme du chaos qui l’habite. Et nous pouvons lui demander aujourd’hui de faire la même chose en nous : de chasser ce qui nous rend indifférents, ce qui nous fait croire que nous pouvons prendre sans limite, consommer sans mesure, jeter sans conséquence. La Création nous est confiée. Dans le récit biblique, Dieu place l’homme dans le jardin « pour le cultiver et le garder ». Pas pour le posséder. Cultiver et garder. Deux verbes qui pourraient devenir aujourd’hui notre manière de vivre. Alors peut-être que cette journée nous invite simplement à retrouver un regard. Regarder un arbre. Écouter un oiseau. Sentir la pluie. Contempler le ciel. Et nous dire : « Tout cela ne m’appartient pas. Tout cela m’est confié. » Alors notre prière ne sera plus seulement une prière pour la Création. Elle deviendra une prière avec la Création. Et peut-être entendrons-nous, dans le silence du monde, cette parole de Dieu qui continue de créer : « Voici, cela est bon. »

Pierre Hannosset le 1er septembre 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/08/journee-mondiale-de-priere-pour-la.html 


lundi 31 août 2026

Liturgie de la Parole 22e lundi TO-II Luc 4, 16-30

Jésus à la synagogue de Nazareth

Méditation

Depuis qu’il a fait l’expérience du désert, Jésus prend, de temps en temps, la parole le jour du Sabbat.

Aujourd’hui, il revient chez lui, à Nazareth. Il connait bien les habitants du son village : ses voisins, ses cousins, ses amis… ils ont joué ensemble, sont allés ensemble à la synagogue, se sont entraidés, taillé une petite bavette sur la place du village.

Donc, nous pouvons imaginer que tous ces auditeurs sont particulièrement curieux.

Pensez ! Un jeune du village qui va parler ! Marie, est sans doute présente aussi : elle ne perdra pas un seul mot de son Fils !

Regardons Jésus : il se lève. Sa vigueur et sa décision sont impressionnantes : pas le moindre signe d’hésitation ! Il est concentré, … sous le regard du Père, sa communion avec lui, est palpable et de plus, il a une conscience aigüe de la mission que celui-ci lui a confié. Et il l’a embrassé librement.

Arrêtons-nous un instant et posons-nous quelques questions :

… lorsque je m’éveille le matin,

-   est-ce que je laisse le regard du Père, plein de tendresse, s’incruster dans mes yeux qui s’ouvrent ?

    -   est-ce que j’accueille, le baiser d’amour qu’il pose sur mon front, signe de notre connivence pour le jour nouveau qui commence ?

    -   Et parfois, la mission qui m’est confiée est érodée ? Quelle en est la raison ?

    -   Qu’est-ce qui affaiblit mon ardeur apostolique ?

Reportons notre regard sur Jésus :

On lui donne le rouleau d’Isaïe et après l’avoir déroulé, il trouve le passage ….

« L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a consacré par l’onction … 

Tiens ! … Jésus a-t-il trouvé ce passage par hasard ? Ou … cherchait-il vraiment ce texte ? Voulait-il lire celui-là, et pas un autre ? …..

Ce qui est certain, c’est que Jésus a certainement médité longuement ces paroles et il les a faites siennes. C’est flagrant aujourd’hui !

Son homélie qui suit est … on ne peut plus courte !

« Aujourd’hui, ce passage de l’Ecriture s’accomplit devant vous ! »

Une annonce inattendue, inouïe, étrange aussi …

Oui, Jésus a lu ce qu’il a voulait faire entendre car, avec ces paroles, il se présente indirectement lui-même.

Au début, tous sont accueillants et admiratifs de son message d’espéranceMais très vite … un doute affreux se glisse, non plus sur le message de Jésus mais …sur sa personne : « N’est-il pas le fils de Joseph, notre charpentier ?

Comment celui que nous connaissons peut-il être celui que Dieu a consacré de manière unique ? Pas possible ! Il se prend pour qui ???? »

Bien sûr tous ces gens n’étaient, ni à l’Annonciation, ni à l’annonce aux bergers, donc comment pourraient-ils savoir …. !

Et Jésus connaît leurs combats intérieurs. 

Mais n’est-il pas un peu provocateur, lui !

« Oh ! Vous allez me dire que vous avez appris les miracles ce que j’ai fait à Capharnaüm, alors fais de même ici ! … Et bien oui !  « Médecin guéris-toi toi-même !!! »

Puis, il continue encore avec des exemples qui font mal à entendre : « Les prophètes Elie et Elisée, c’est en dehors de vos frontières qu’ils ont accompli des miracles ! Parce que les pauvres qui les ont abordées avaient le don lumineux de la confiance et de la foi ! »

Ce qui vous manque ! … semble dire Jésus !!!

La discussion se prolonge et s’envenime si bien que la foule s’apprête à le précipiter du haut de la colline. « Mais lui, passa et alla son chemin ! »

En passant ainsi au milieu d’eux, essayons de percevoir L’ETAT D’AME de Jésus :

Tristesse pour ses concitoyens ? … sérénité de se savoir le Oint de son Père ?

Et moi, où en suis-je avec ce texte ????

Libre ou prisonnière du regard d’autrui.

Accueillante à un échange de regard, franc et réciproque, avec le Seigneur puisque l’Esprit est sur lui et sur moi ?

 

Notre Père

En Jésus, le messager et le message sont parfaitement un.

Et en moi, …. y a-t-il cohérence entre ma vie et ma foi ? entre ce que je dis et ce que je fais ?

Demandons à notre Père, de nous éclairer dans toutes nos façons d’être et d’agir.

Sr Anne-Françoise le 31 août 26

dimanche 30 août 2026

Liturgie de la Parole 22e dimanche A Matthieu 16, 21-27 ; Jérémie 20, 7-9 ; Romains 12, 1-2

Homélie

En lisant l’évangile de ce dimanche, m’est revenu en mémoire ce qu’un de mes confrères, ancien missionnaire en Inde, aimait nous dire quand quelqu’un traversait une phase difficile : You’re not going to heaven in a rocking chair - on ne va pas au ciel dans un fauteuil à bascule, où l’on se balance d’avant en arrière et d’arrière en avant, en se laissant bercer tranquillement. Non, la vie comporte des moments difficiles, des crises et des passages arides dont rien ni personne ne saurait nous garder ! Et c’est encore peu par rapport à ce qui attend Jésus sur sa route vers Jérusalem : l’hostilité croissante des pharisiens et des grand-prêtres, la Passion et la mort sur la croix de celui qui avait passé sa vie à faire le bien ! « Comment est-ce possible ? m’avait demandé une personne en accompagnement, Dieu n’a-t-il pas promis aux chrétiens qu’ils seraient toujours dans la joie ? »

 

Nous portons tous en nous cet espoir secret que tout aille sans douleurs ni trop d’efforts, sans secousses ni mises en cause. Pour nous-mêmes, mais plus encore pour ceux qui nous sont chers ! Aussi la réaction de Pierre traduit-elle son amour pour Jésus : comme toutes les personnes qui aiment, il ne veut que le meilleur pour son ami. Mais le Royaume de Dieu ne s’établit pas en toute tranquillité, sans obstacles ni oppositions. Les prophètes en ont fait l’expérience à leurs dépens et Jésus n’est pas dupe. Il sait bien que sa parole aussi rencontre une opposition féroce et que ses ennemis en veulent à sa vie. Et il est bien décidé à faire ce chemin pour court-circuiter le cycle vicieux de la violence, pour prendre sur lui tout péché et toute méchanceté que les hommes sont incapables de porter par eux-mêmes.

 

C’est la logique du véritable amour qui s’oppose à la logique trop humaine de Pierre, la folie de l’amour qui désarme la raison humaine et mondaine. Car, dans cette dernière, malgré des accès de générosité, on a hâte de se mettre à l’abri soi-même, tandis que la folie de l’amour, la vérité de l’amour se dit dans le don de soi. C’est pourquoi saint Paul peut inviter les chrétiens de Rome (2e lecture) à se donner entièrement avec leur corps et leur personne tout entière à Dieu et à son œuvre. Et le prophète Jérémie (1ère lecture) nous révèle le ressort secret de ce don de soi, qui nous semble bien souvent au-delà de nos forces : c’est l’amour fort et premier du Seigneur qui nous a saisis et comblés, un amour auquel on ne voudrait renoncer pour rien au monde, car il est « comme un feu brûlant dans mon cœur, comme enfermé dans mes os. » Sans cet amour sans égal du Père dont Jésus a fait l’expérience dans sa vie humaine, il n’aurait pas pu aller jusqu’au bout le chemin de la croix ! S’il n’en avait pas pris conscience et vécu dans cette conscience, cette exigence aurait même pu le conduire à la folie et au désespoir !

 

Voilà peut-être le cœur du message de la Parole de Dieu aujourd’hui : non pas nous demander à quoi il va encore falloir renoncer (cf. blague d’un jésuite : si on a déjà renoncé à tout, pourquoi encore se priver ?) ou discuter sans fin pourquoi la souffrance fait partie de la vie de chacun.e, mais revenir vers cet amour premier qui nous a séduits et qui est l’oxygène de nos vies, en particulier religieuses. Ce n’est que librement et porté par l’amour personnel que j’ai pour Jésus que je peux dire oui à sa croix, autrement elle devient aliénante, dépersonnalisante, voire toxique ! Mais si je fais confiance au Christ, qui m’a aimé et s’est livré pour moi, comme aimait le répéter sainte Elisabeth de la Trinité, je peux le suivre même en étant hué, maltraité ou en subissant des injustices et des attaques sournoises contre ma santé, ma réputation ou mes projets de vie. Et nous pouvons être sûrs que Dieu nous envoie de telles épreuves seulement par amour et si elles ne dépassent pas nos forces ! Chacun.e peut ainsi être amené à différents moments de sa vie à discerner si un passage particulièrement éprouvant n’est pas un appel à prendre sur soi sa croix, à accepter ce qui lui tombe dessus avec patience et dans la foi. Non pas qu’il faille dire oui à et glorifier toute souffrance, mais elle peut devenir pour un chemin de vie plutôt que de destruction, car elle me conduit à la suite de Jésus non seulement à la croix, mais aussi à la résurrection et à la vie en plénitude, à laquelle aspirent tous les hommes.

 

Face à cette perspective, les raisons apparemment logiques de Pierre, ces raisons proprement mondaines en ce qu’elles nous attachent aux réalités terrestres prises comme un absolu, pâlissent et perdent de leur attraction. Combien plus la perspective divine prend-elle de l’éclat : gagner sa vie en la perdant dans un don de soi libre et aimant ! L’exemple de jeunes adultes, ces dernières années, qui trouvent ou retrouvent le chemin de la foi, mus par un désir d’absolu et de vérité, doit nous encourager à refaire le pari de l’abandon à Jésus, de relativiser les valeurs de notre société pour épouser avec ferveur celles de l’évangile !

Père Josy Birsens, jésuite, Hurtebise le 30 août 26