Liturgie 19e dimanche A Matthieu 14,22-33 ; 1Rois 19, 9a.11-13 ; Romains 9, 1-5
Présence réelle dans la tempête
Homélie
Il y a exactement trois ans, nous étions huit cents Belges à revenir des
Journées Mondiales de la Jeunesse, qui s’étaient déroulées au Portugal.
De nombreux jeunes ont relaté que le moment le plus marquant vécu à
Lisbonne était la veillée de prière qui s’est déroulée le samedi soir, au Parc
Tejo, en présence du Pape, et surtout du Saint-Sacrement.
Imaginez. Vous vous retrouvez au milieu d’une marées de jeunes, tout
autour de vous, à perte de vue, dans un silence parfait, en adoration devant le
Saint-Sacrement.
Plusieurs ont exprimé l’extrême douceur qu’ils ont ressentie à ce
moment. C’était comme une onction céleste qui se déversait dans les cœurs.
N’est-ce pas une minuscule préfiguration de la vie éternelle, où nous
serons bien plus nombreux encore ?
Ce fut l’expérience d’Élie qui a rencontré le Seigneur, non pas à
travers de redoutables manifestations météorologiques, mais dans l’humble
caresse d’une brise légère. Alors que lui-même, Élie, était en proie à des
tempêtes comparables à celles d’un nombre incalculable de nos
contemporains, il se tourne vers le Seigneur et lance son S.O.S.
Un peu comme ces trois marins de Micronésie qui ont échoué sur une île minuscule
du Pacifique suite à une panne de leur embarcation et qui ont été sauvés grâce
à un immense « S.O.S. » qu’ils ont tracé dans le sable. Des avions
ont repéré le « SOS » géant.
Un hélicoptère a été dépêché secourant ainsi les trois naufragés. S.O.S. :
Save Our Souls (« Sauvez nos âmes »).
Le récit évangélique de ce dimanche, qu’on pourrait intituler : « Présence
réelle dans la tempête » n’a pas été rédigé pour être seulement écouté mais
d’abord pour être revécu. À chaque fois, celui qui en prend connaissance est
invité à passer d’auditeur à acteur.
Savons-nous, en toute détresse, nous tourner promptement vers Dieu ?
Savons-nous aussi discerner les appels au secours de notre prochain ? Et savons-nous
y répondre ?
Au milieu de leurs angoisses, les apôtres font une expérience de salut.
Nous pourrions prendre quelques instants pour identifier les tempêtes que nous
avons traversées récemment ou qui nous agitent encore.
L’Église primitive a souvent été confrontée à des dangers mortels. Lorsque
l’Évangéliste écrit, des vents contraires se sont déjà levés : l’Église
doit faire face à de violentes persécutions, — une réalité, pour certains chrétiens,
encore terriblement actuelle.
Cet Évangile nous rappelle que Jésus n’est jamais loin, qu’on peut toujours
compter sur lui. Combien de fois notre vie ressemble à cette barque “battue par
les vagues” à cause des vents contraires. La barque en difficulté peut être la
santé, les affaires, notre couple, notre famille, les difficultés financières, le
délitement de la morale ambiante, la pollution, l’instabilité géopolitique, …
Cette peur des apôtres sera à son comble quand ils confondront Jésus avec
un fantôme.
Aujourd’hui encore, combien de personnes prennent le Christ pour un
être imaginaire voire un épouvantail ! En fait, si nous étions toujours
éveillés à sa présence nous le reconnaîtrions instantanément. Mais les gens ont
tant de fantasmes dans le cœur !
Pierre, progressivement rassuré, se distingue des autres, il veut “en
imposer”. En fait, dans les épreuves, il donnera des contrexemples d’héroïsme. Celui
que Jésus a baptisé “le rocher” n’avait rien d’un surhomme. Mais il n’était pas
inutile que Pierre connaisse cet échec, lui qui devait, par la suite, perpétuer
la miséricorde dans l’Église naissante.
Au passage, cela plaide en faveur de l’historicité des récits
évangéliques, car si les apôtres avaient inventé une histoire, ils auraient
trouvé d’autres fictions que celles où leur chef à plusieurs reprises se prend
les pieds dans le tapis !
Comparez avec certains régimes autoritaires contemporains, où le
pouvoir entretient un véritable culte de la personnalité : statues
monumentales, portraits omniprésents et immenses panneaux couverts de slogans exaltant
continuellement les dirigeants.
Au contraire, les Évangiles, montrent les apôtres, Pierre compris, pleins
de limites et de défauts, exactement comme nous, finalement. Le premier pape,
un moment, n’a plus pensé qu’à la tempête et il a cessé de regarder le Christ. Souvent,
plus le danger est imminent et plus nous sommes tentés d’agir par nous-mêmes. Et
quand Pierre appelle enfin son Seigneur, le Christ vole à son secours. Parce
que Jésus comprend nos faiblesses son reproche est plein de douceur :
« Pourquoi as-tu douté ? »
En d’autres mots qu’y a-t-il de positif à remettre en question sa
présence, sa puissance et sa volonté de nous venir en aide ?
Nous n’aimons pas que les autres doutent de nous, de notre parole, de
notre amour, … Cela ne fait pas plaisir non plus au Christ que nous doutions de
sa présence et de sa capacité à agir.
Au milieu des petites ou des violentes tempêtes, apprenons jour après jour,
cette sublime leçon du Christ : « Confiance ! … N’ayez plus
peur. » Cette assurance procure l’allégresse intérieure. Elle nous permet
de percevoir le sourire réconfortant du Christ, le capitaine de nos vies, et
celui, exquis, de la Vierge bénie qu’il nous plaira d’honorer solennellement dans
quelques jours.
Frères et sœurs, au cœur de nos tempêtes, ne quittons jamais le Christ
des yeux. Osons lui adresser, en toute simplicité, nos S.O.S. tout en demeurant
attentifs à ceux de nos frères. Demandons à la Vierge, la grâce d’accueillir,
comme elle, la volonté divine et de nous y réfugier à chaque instant. Gardons
confiance : le Seigneur est toujours actif et il nous murmure, comme à
Pierre, comme à Élie : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez
plus jamais peur ! »
Abbé Vincent Jemine, Hurtebise le 9 août 26