samedi 31 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e samedi TO-II Marc 4, 35-41

Commentaire 

A lire l’Evangile de Marc, je constate qu’après avoir été baptisé par Jean à Béthanie dans le Jourdain, Jésus est allé à Capharnaüm et est principalement resté au bord de la Mer de Galilée pour enseigner et guérir. A la nouvelle de tout ce qu’il faisait, les gens accouraient de partout et la foule de ceux et celles qui le suivaient étaient si nombreuse, nous dit l’Evangile, qu’il était monté dans une barque sur la mer pour enseigner.
Voilà qu’il décide de « passer sur l’autre rive » c’est-à-dire d’aller en terre étrangère.
Ce qui m’intéresse, c’est ce que ce « passage sur l’autre rive » pourrait suggérer aujourd’hui à nous qui ne sommes pas juifs.
D’abord considérer ceux qui sont dans la barque pour faire la traversée. « Passons sur l’autre rive » ne souffre aucune discussion et en même temps, c’est une invitation à suivre Jésus là où il va, là où il nous conduit et aussi une urgence à se mettre en route.  Cet impératif implique d’être audacieux, de dépasser ses peurs car partir à l’aventure, être embarqués avec Jésus dans le monde du travail, des loisirs, des activités diverses pour aller aux périphéries à la rencontre de tant d’autres hommes et de femmes qui nous sont étrangers n’est ni évident ni très rassurant. Finalement, eux comme nous, tous nous sommes embarqués sur la mer agitée de l’existence. Il ne faut rien nier de la peur qui vient nous saisir surtout quand beaucoup sont engloutis dans les flots de la violence ou du rejet. Je vois ces embarcations remplies de migrants se lancer dans une traversée hasardeuse qui parfois se termine mal. Je vois tous ces soldats qui se soucient du droit et la liberté de leur peuple en étant conscients que la mort peut les surprendre à chaque instant.
« Survient un grand tourbillon de vent. Les vagues se jetaient sur la barque »
L’actualité nous fait découvrir cette réalité et nous donne le tournis.  Le vent de violence et de haine qui souffle sur l’Europe et sur le monde nous submerge personnellement et collectivement. Quand nous voyons la puissance dévastatrice et le repli sur soi qu’elle suscite, nous comprenons mieux la peur, celle des disciples de Jésus tout autant que la nôtre. L’attitude suggérée par la peur contraste très fort avec l’attitude de Jésus qui dort tranquille. Son attitude nous désarçonne.  Elle met en lumière des perspectives de vie auxquelles la peur nous empêche de croire.
L’audace qui est demandée est un pas de confiance qui peut se nourrir du besoin de vivre dans une perspective de bonheur individuel et collectif.  Cette audace fait appel à ce qui nous constitue, aux forces de vie qui nous habitent, aux talents que nous avons reçus pour déployer notre potentiel de vie. Peut-être est-ce cela aussi que Jésus vient nous dire : croyez en moi mais croyez aussi en vous.  N’ayez pas peur.
Entamer une traversée, être sur la mer c’est jouer avec la mort car elle peut vous engloutir en un instant. L’audace demande d’accueillir nos fragilités et dépasser nos limites.  Curieusement, l’audace donne des ailes pour se déployer pleinement. L’audace est inventive et créative et nous avons toujours le droit de faire des erreurs, de nous tromper car c’est la norme pour celui qui s’aventure dans l’inconnu et l’imprévisible.
« Qui donc est-il pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
L’autorité de Jésus se manifeste ici de manière cosmologique comme c’était le cas la plupart du temps dans l’A.T.  Le secret messianique chez St-Marc soulève cette question : Qui est le Fils de l’homme ? La réponse que l’on donne à cette question fait appel à la foi. La découverte de qui il est surgit dans les événements de notre vie, dans les multiples passages qui nous donnent de traverser la mort, d’être éveillé puis relevé.

Raymond le 31 janvier 26


vendredi 30 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e vendredi TO-II Marc 4, 26-34

Résonnances 

« Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur enseignait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier ». (Marc 4, 33-34)
Depuis mercredi, nous recevons le discours en paraboles, selon Marc. Aujourd’hui, c’est la conclusion. Cette conclusion nous invite à un regard plus global sur l’ensemble de ce discours.
Ce qui est fascinant dans la façon dont Marc raconte ce discours, c’est qu’il y a une sorte de concomitance entre le dit et le dire. Jésus dit : « écoutez ! voici que le semeur sortit pour semer », etc. S’ensuit la parabole sur la façon dont le grain va germer. Ce que Jésus dit, c’est précisément ce qu’il est en train de faire : il est « sorti » (sorti de la maison, sorti du sein du Père) pour semer la Parole.
Sa parole n’est pas extérieure à ce qu’il fait. Elle est le miroir de son agir. En littérature, on appelle cette technique un « récit spéculaire » ou encore une « mise en abyme ». L’image pour le représenter, c’est : un homme assis devant un paysage qui peint un homme assis devant un paysage qui peint un homme assis devant un paysage qui peint… etc.
Cette technique littéraire n’est pas là juste pour le plaisir d’une belle technique littéraire. Elle est là pour provoquer l’auditoire à oser à son tour mettre un pied dans le paysage.
Mais l’auditoire, c’est qui ? Dans le texte, on perçoit deux groupes (mais il y en a un troisième) : le groupe de ceux qui sont « à l’intérieur », les disciples, et le groupe de ceux qui sont « dehors », la foule. Pour ceux qui sont dehors, Jésus parle en paraboles et cela reste des paraboles. Ils n’entrent pas dans le paysage, ils ne se sentent pas concernés. Ils ont des oreilles et n’entendent pas, ils ont des yeux et ne voient pas (pour le dire à la manière du prophète Isaïe cité par Jésus). 
Nous remarquons en effet, tout au long de ce discours, un fil rouge, une insistance très forte sur le fait d’écouter. Déjà le premier mot, « écoutez ! », puis deux fois l’expression « si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! », la citation d’Isaïe, puis la mise en garde « faites attention à ce que vous entendez ! » et encore à la fin « dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre ».
Donc, le deuxième groupe, c’est celui de ceux qui écoutent et qui entendent, qui entrent dans le paysage, qui comprennent. C’est le groupe que Marc, à la fin, désigne sous le nom de « disciples », littéralement : « ceux qui se laissent enseigner ». Relisons ces verset 33-34.
Deux groupes donc. Mais par l’effet de la mise en abyme, il y a un troisième groupe : ceux qui regardent le paysage du peintre qui peint un homme qui peint un paysage etc… autrement dit : nous. Par l’intermédiaire du texte, lu et relu dans le secret de la chambre ou dans le cadre de la liturgie, la parole de Jésus nous atteint comme si elle nous était adressée personnellement. L’Écriture devient alors sacramentelle. Ce n’est pas automatique : c’est en fonction de notre accueil, comme le dit Marc : « dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre ». Allons-nous rester au bord de la mer, à distance de Jésus ? Ou monter avec lui dans la barque ?
Une dernière chose : Jésus nous parle aujourd’hui d’une graine de moutarde. Il nous la confie. Elle est toute petite, minuscule, insignifiante. Qu’allons-nous faire de quelque chose d’aussi petit ? C’est pas la peine…
Pourtant, Jésus nous suggère de la semer. Où ça ? Dans la terre de nos vies, tout simplement. Dans notre potager intérieur. Le reste, ce qui se passe à l’intérieur de la terre, c’est son affaire.
« Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! ». (= « à bon entendeur, salut ! »)

Sœur Marie-Raphaël le 30 janvier 26


jeudi 29 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e jeudi TO-II Marc 4, 21-25, 2Samuel 7, 18-19. 24-29

Introduction

Dans la lecture du livre de Samuel, Nathan a rapporté fidèlement à David les paroles que Dieu lui avait adressées : « Le Seigneur te bâtira lui-même une maison...  il suscitera un successeur dans ta descendance... Il sera pour lui un Père et il sera pour lui un fils. » David se pose des questions, « qui suis-je pour que tu t'intéresses à moi ? Dieu lui adresse des promesses pour un avenir lointain, « est-ce que c'est ça la destinée de l'homme ? Daigne bénir la maison de ton serviteur !»
En saint Marc, c'est l'évangile de la lampe et de la mesure. Ca paraît facile comme ça, mais si Jésus nous enseigne cela, c'est qu'il faut chercher un peu plus loin, la lumière doit briller, éclairer sans éblouir, ce n'est pas toujours simple.
Le Seigneur l'a juré à David, jamais il ne reprendra sa parole. Promesse d’un règne éternel faite à la maison de David.
Chantons les psaumes en lui rendant grâce !

Commentaire

Dans le livre de Samuel, Dieu nous fait une magnifique promesse... « Je te bâtirai une maison » et David ajoute « en ta présence … elle sera bénie pour toujours ».  « On peut dire que toutes les promesses messianiques prononcées plus tard par les prophètes reposent sur ce message divin adressé à David » (blog : bible annotée).
Saint Marc quant à lui raconte cette parabole du lampadaire qui doit éclairer, Jésus nous invite à ouvrir non seulement nos oreilles mais nos yeux aussi. Il est lui-même cette lumière, lumière de la résurrection. Il voudrait que nous recevions cette lumière pour que chacune de nous rayonne autour de nous. Sa résurrection n'a t-elle pas fait de nous des enfants de lumière ? 
Sa Parole et son Esprit nous éclairent. Son évangile est non seulement notre pain quotidien mais c'est une porte ouverte de bonheur pour nous et pour les autres. Nous devons éclairer parce que la lumière chasse l'angoisse, les ténèbres. « Il faut faire la clarté, dit Bertrand Lesoing, bien des choses demeurent cachées, à commencer par les situations de pauvreté ou d'injustice ».
Parfois, notre lumière est éteinte, c'est ce qui arrive quand nous nous replions sur nous-mêmes en pensant uniquement à nos intérêts personnels, en vivant « sous le lit » parfaitement immobiles, or, l'évangile est amour et il nous porte vers le service aux autres. 
La mesure dont Dieu parle, est celle de l'amour. Je peux rendre service par amour ou au contraire parce que j'y suis obligée. Ce qui compte pour Dieu, c'est l'amour avec lequel le service a été rendu. 
Pour l'écoute de la Parole, c'est pareil, on peut l'entendre distraitement, sans la recevoir avec le cœur. La Parole est la lampe qui nous éclaire. Qu'en faisons-nous ? Nous la gardons pour nous ? Ou au contraire, nous la partageons ? Mais pour proclamer l'évangile, il faut agir (la foi sans les actes est une foi morte). Des petits gestes parfois très simples, un sourire encourageant, une parole de réconfort etc.
Et pour entendre, il faut être attentive aux invitations de Dieu, parler avec lui. Entretenir avec lui une véritable relation fraternelle, amoureuse... Cette relation met fin aux calculs de la « mesure ». « La mesure que vous utilisez sera aussi utilisée pour vous ».
Les dons de Dieu sont imprévisibles et extraordinaires. Et nous en sommes en quelque sorte les dépositaires. Aujourd'hui, certains prennent ces dons du ciel comme une normalité, n'oublions pas de rendre grâce !

Danièle le 29 janvier 26



mercredi 28 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e mercredi TO-II Marc 4, 1-20

Le semeur est sorti 


Méditation

Je vous propose la méditation de Rosy sur ce blog à l’onglet « Marc » : https://partage-de-lectio.blogspot.com/2019/03/le-semeur-est-sorti.html 
lien pour l’image : https://www.associationdemarie.org/blog/wp-content/uploads/2014/06/Semeur.jpg 

mardi 27 janvier 2026

Liturgie de la Parole 3e mardi TO-II Marc 3,31-35

 « Ta mère et tes frères sont là dehors, ils te cherchent »[1]

Méditation 

Arrêtons-nous un moment sur cette parole :  « ta mère […] te cherche! »  Ce n’est pas la première fois!  Souvenez-vous que ses parents qui étaient montés à Jérusalem pour à fête de Pâque avait dû le chercher pendant trois jours parmi sa parenté et ses voisins en pèlerinage.   Lorsqu’ils l’ont retrouvé au milieu des docteurs de loi, ses parents lui dirent qu’ils avaient beaucoup souffert en le cherchant.  Mais il leur répondit, à leur surprise sans doute,  « Pourquoi m’avez-vous cherché?  C’est chez mon Père que je dois être. »  Saint Luc prend soin de nous dire que Marie « conservait tous ces évènements et les méditait dans son cœur. »
Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là quand on vient lui dire « Ta mère et tes frères sont là dehors, ils te cherchent »?  Quand Jésus demande « Qui est ma mère? Qui  sont mes frères? »,  il ne faut pas penser que   ça a dérangé  Marie.   Elle est la première à avoir fait la volonté du Père.  Elle qui conservait tous ces événements et méditait dans son cœur,  elle n’était pas sans se rappeler  dans son cœur  de son « oui » en réponse à l’annonce de ange :  « Voici la servante du Seigneur.  Qu’il me soit fait selon ta parole. »
Souvent et avec raisons, nous voyons Marie comme une disciple parfaite,  une disciple accueillante et intérieure.  Saint Marc vient nous surprendre aujourd’hui, il choisit de nous présenter Marie « en dehors »,  en dehors de ce que fait son fils,  en dehors des foules,  en dehors de la maison où prêche son fils.
Et elle n’est pas seule : elle est accompagnée des frères et sœurs de Jésus.  Et qui sont-ils donc ? Ne s’agirait-il pas de ceux qui sont « en dehors » de l’église, « en dehors » de nos croyances, « en dehors » de nos convictions ? … mais qui sont nos frères et les frères et sœurs de Jésus.  Et Marie est aussi avec eux, elle a choisi d’être avec eux.  Elle se tient au dehors silencieuse, comme un pont, un lien envers ceux qui hésiteraient à rentrer quels qu’ils soient, proches ou lointains.  Avec Marie, soyons à l’écoute de ceux qui sont « en dehors »… 

Mgr Jean-Charles Dufour, Aumônier des Servantes de Jésus-Marie

HOMÉLIE : 28 janvier 2020 
https://servantesdejesus-marie.org/homelie/mgr-j-c-dufour-28-janvier-2020-st-thomas-daquin-marc-331-35/ 
[1] Source :  Carmel St-Joseph