lundi 1 juin 2026

Liturgie 9e lundi TO-II Marc 12, -12

Méditation

(Si le texte ci-dessous ne vous nourrit pas, je vous invite à lire celui de Pierre Hannosset sur son blog:  https://padrepierre.blogspot.com/2026/05/saint-justin-mettons-nous-en-presence.html )

Au chapitre 11, une question avait été posée à Jésus (v. 28) : « En vertu de quelle autorité fais-tu ces choses ? Qui t’a donné cette autorité pour que tu fasses ces choses ? » L’échange qui suit entre Jésus et les grands-prêtres, les scribes et les anciens n’aboutit pas.

Alors Jésus change de registre : il se met à leur parler en paraboles. Nous avons vu, au chapitre 4, que les paraboles sont beaucoup plus impliquantes que le dialogue, si les auditeurs n’en restent pas à leur extériorité. Cela se vérifie car l’écoute de cette parabole qui évoque de la violence induit à la fin un comportement des auditeurs qui révèle qu’ils sont concernés : « 12 Et ils cherchaient à l’arrêter, mais ils eurent peur de la foule, car ils avaient bien compris que c’est à leur adresse qu’il avait dit la parabole. » La parabole, loin de les mettre en garde, les amène à révéler ce qu’ils sont au fond.

Mais la parabole dévoile plus que la violence meurtrière qui peut animer les auditeurs. Elle en révèle aussi l’origine. Mais prenons garde d’en faire une lecture allégorique qui anéantit sa puissance signifiante. En particulier, évitons d’associer l’être humain à Dieu, les serviteurs aux prophètes, le fils à Jésus, bien que cela soit tentant. Cela évite au lecteur d’aujourd’hui d’être concerné.

« Un être humain planta une vigne et l’entoura d’une clôture et creusa un pressoir et bâtit une tour et la loua à des vignerons et s’absenta. »

L’être humain est dans ce verset un investisseur : il plante et équipe une pour la donner en location à des professionnels. Par la suite, il sera qualifié de seigneur de la vigne (v. 9). Entre temps, on apprend que la vigne n’est pas à proprement parler un investissement car son comportement n’est pas celui de quelqu’un qui veut simplement récupérer un loyer. On n’envoie pas ses serviteurs, et même son propre fils, se faire molester ou tuer pour récupérer une dette. Il y a autre chose en jeu.

2 Et au temps favorable, il envoya auprès des vignerons un serviteur pour qu’il reçoive, des vignerons, des fruits de la vigne.

3 Mais, l’ayant pris, ils le battirent et le renvoyèrent vide.

Un premier serviteur est envoyé pour que ce dernier reçoive des fruits de la vigne. Que sont ces fruits de la vigne ? Le loyer seulement ? On comprend que la vigne est destinée à donner des fruits. S’il y a un pressoir, c’est pour faire du vin. Les fruits désignent-ils le vin produit ?

Un serviteur est envoyé. Mais au lieu de le renvoyer les mains vides, il est l’objet de violence. Nous ne sommes plus uniquement sur le registre d’un loyer impayé.

Les versets suivants le confirment, avec une escalade de la violence.

4 Et de nouveau, il envoya auprès d’eux un autre serviteur : celui-là, ils le frappèrent à la tête et l’outragèrent.

5 Et il envoya un autre : celui-là, ils le tuèrent ; puis beaucoup d’autres : [les vignerons] battant les uns, tuant les autres.

Au v. 4, frapper à la tête et outrager révèle une atteinte à la dignité, une marque de mépris. Les vignerons considèrent le serviteur comme moins que rien. Et d’ailleurs, la logique de violence va jusqu’au meurtre (v. 5) : le faire disparaître des vivants. L’acharnement sur les serviteurs laisse penser à une haine contre le bâtisseur de la vigne. En frappant, outrageant ou tuant les serviteurs on atteint celui qui les envoie. Dans l’espace de la vigne, les vignerons sont les seuls maîtres. Tout rappel que cette vigne n’est pas leur œuvre déchaîne violence et meurtre. Nous sommes loin du contrat de location primitif. L’absence du bâtisseur est interprétée comme abandon de la vigne, voire comme déni du fait qu’ils doivent la vigne à quelqu’un d’autre.

L’acharnement du bâtisseur à envoyer d’autres serviteurs, sans intervenir lui-même, est incompréhensible si on en reste à une histoire de loyer impayé. Il agit comme s’il oubliait ou pardonnait le comportement précédent des vignerons, en leur donnant une nouvelle chance. Cette patience ne traduit pas une inconscience ou une indifférence, mais au contraire un espoir et une forme d’affection envers les vignerons. Mais son insistance ne semble entamer en rien les vignerons. Ils agissent comme un seul homme : aucune dissension n’apparaît entre eux ; ils font bloc.

On peut déjà comprendre qu’un contrat entre inégaux – entre un bâtisseur et des exploitants – contient en germe une violence sans fin. Cela pose la question fondamentale de l’alliance entre Dieu et les humains quand Dieu s’absente ou se tait, que traitent les premières Ecritures [1]. Mais aussi, par exemple, celle des parents et des enfants quand les premiers disparaissent.

6 Il en avait encore un, un fils bien-aimé ; il l’envoya, dernier auprès d’eux, disant : Ils respecteront mon fils

7 Mais ces vignerons se dirent entre eux :
Celui-ci est l’héritier : venez, tuons-le, et l’héritage sera à nous.

8 Et l’ayant pris, ils le tuèrent et le jetèrent hors de la vigne.

Le fils, bien que se situant dans la série des envoyés du seigneur de la vigne, fait rupture. C’est le dernier possible, sachant que l’hypothèse de sa venue en personne est exclue dans la parabole. C’est un fils et non plus un serviteur : il ne représente pas le seigneur mais est, en quelque sorte, une part de lui, le fruit de sa chair. Il est qualifié de bien-aimé : cela confirme que son père n’est pas indifférent, mais mû par l’amour. Cet envoi a effet de révélation de la vérité des vignerons : qu’est-ce qui motivait vraiment leur comportement ?

Cette fois-ci nous entendons parler les protagonistes. Nous n’interprétons plus des comportements : nous entrons dans leur intimité. Pour le père, il s’agit du respect, opposé au mépris dont ont fait preuve les vignerons. Seulement de respect : aucune allusion aux fruits évoqués plus haut. Mais peut-être que ce respect était, au fond, le fruit attendu : le respect de l’autre, dans sa différence radicale en tant que dans la vigne on peut être autre chose que vigneron.

Les vignerons ne voient pas un fils bien-aimé mais un héritier. Leur raisonnement est bizarre : en tuant l’héritier, alors que son père n’est pas mort, ils n’ont aucune chance d’hériter eux-mêmes. A moins que dans leur tête, l’absence du père est équivalente à sa disparition. Ils n’envisagent pas son retour. La violence se nourrit de l’imaginaire, de l’illusion, de déni de la réalité.

Les vignerons tuent le fils et le jettent hors de la vigne pour plus qu’aucune trace ou signe ne rappelle l’existence même du seigneur de la vigne. Ce faisant, ils ont tout pour eux. Plus rien ne fait entrave à leur toute-puissance imaginaire.

9 Que fera le seigneur de la vigne ?
Il viendra, et fera périr les vignerons et donnera la vigne à d’autres.

Jésus quitte le mode de parler parabolique en posant une question à ceux qui l’écoutent. Mais ces derniers ne répondent pas. Jésus continue en évoquant un scénario : le seigneur de la vigne viendra et conduira les vignerons à leur perte [2] (ce qui est différent de tuer). A l’avenir, il donnera cette fois la vigne au lieu de la louer. D’une certaine manière, le don devient possible parce qu’a été révélé où conduisait le refus de l’origine. Rien dans les personnages des vignerons n’a été trouvé digne d’un don.

Précisons que les personnages de la parabole ne sont pas à prendre comme des personnes réelles. En chacun, il y a du vigneron, mais aussi de quoi être sujet d’un don. Le don n’efface pas le donateur, il en est un rappel constant, mais pas sur le régime de la dette. Il n’y a rien à rendre, si ce n’est de rendre grâce. Il reste signe permanent d’un amour. S’approprier le don, c’est le perdre.

Ainsi cette parabole touche à une racine de la violence : le refus ou le déni de l’origine. Cela s’entendait déjà en Genèse 3, quand, en l’absence du divin, l’humain et sa femme ont mis la main sur l’arbre de la connaissance du bien et du mal, arbre faisant signe que ce n’était pas eux qui avaient planté le jardin. Ceci sur la promesse d’un rusé serpent qui leur faisait miroiter un imaginaire : vous serez comme des dieux, vous hériterez de la divinité.

10 Et n’avez-vous pas lu cette Écriture :

La pierre qu’avaient rejetée les bâtisseurs, c’est elle qui est devenue tête d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur et elle est admirable à nos yeux. »

C’était déjà écrit dans les Écritures (psaume 118). Mais elles laissaient en suspens la figure de cette pierre rejetée. Les bâtisseurs peuvent être compris comme les vignerons, de leur point de vue. En anéantissant toute trace du bâtisseur originel, en particulier son fils, ils se sont vus comme étant eux-mêmes bâtisseurs. Une autre bâtisse est possible à partir du meurtre du fils est possible, où ce fils constitue une pierre angulaire.

Je (Raymond volant) partirai du point qui fait la jonction entre ces deux paraboles : le fils rejeté hors de la vigne et la pierre rejetée par les bâtisseurs.

Une vigne est plantée, installée, équipée et mise en location à des vignerons. Celui qui a planté la vigne et qui est à l’origine du projet, s’en va au loin laissant aux vignerons le soin d’exploiter cette vigne et de la faire fructifier. Ceux-ci agissent en propriétaires des fruits de la vigne et veulent tout garder, refusant de donner une part au maître. Viendra le fils, le bien-aimé ; il sera, comme les autres serviteurs qui l’ont précédé, maltraité, tué et rejeté hors de la vigne.

Le Seigneur, maître de la vigne, la donnera à d’autres et le projet va se poursuivre à partir du rejet du fils. Car le fils rejeté, comme la pierre rejetée par les bâtisseurs, deviendra pierre d’angle de la nouvelle construction : deux paraboles qui se rejoignent dans le fils.

Deux paraboles qui sont comme deux dynamiques dont la figure du fils est le point focal : une dynamique du refus du don conduit au meurtre du fils.

En refusant une part des fruits de la vigne, les vignerons oublient qu’ils ont reçu cette vigne en location. Ils veulent s’affranchir de cette condition et lorsqu’apparaît le fils, ils voient en lui l’héritier qui pourrait les empêcher de devenir propriétaires. Le Seigneur, maître de la vigne, les fera périr, ce que ils avaient, la vigne en location, leur est enlevé  (rappel de Marc IV, 25 : on lui enlèvera même ce qu’il a).

Le fils en tant que fils, c’est celui qui a reçu la vie. Fils, il s’inscrit dans la dynamique du don et personne ne peut lui enlever cette condition : en rejetant le fils, peut-on détruire son lien avec celui qui lui a donné la vie, faire que le fils ne soit plus fils ?

Non, nous dit la parabole, puisque la pierre rejetée, le fils rejeté, deviendra pierre d’angle de la nouvelle construction.

Par Pierre Chamard-Bois et Raymond Volant

Traduction utilisée : voir traductions de travail
https://bible-lecture.org/marc-12-1-12-commentaire/ 

dimanche 31 mai 2026

Liturgie solennité de la sainte Trinité A Jean 3, 16-18 ; Exode 34, 4b-6.8-9 ; 2 Corinthiens 13, 11-13

 Céramique "Trinité miséricordieuse" de SoeurCariatas Müller (1)

Mot d’accueil

La Trinité, c’est le socle, le centre, véritablement, de notre foi. Et la liturgie nous invite, une fois par an, à méditer plus profondément ce mystère central de la vie chrétienne.

Pour nous y aider dans cette célébration, vous avez ici à ma droite, une représentation de la Trinité miséricordieuse. C’est une céramique qui a été créée par une dominicaine Suisse, Sœur Caritas Müller, et qui bouleverse un petit peu notre vision des choses.

Notre temps veut que l’homme soit au centre. L’homme a poussé son Créateur à l’arrière-plan. Dans ce chef- d’œuvre, l’homme se trouve aussi au centre. Mais quel homme !

Regarde, regarde l’homme. Non pas l’homme autonome, conscient et fier de ses propres valeurs. Mais l’être humain dans toute sa faiblesse et sa misère. Et cet homme est bel et bien au centre. Au centre de quoi ?

Au centre de l’attention de Dieu, de sa charité, de sa miséricorde. Il est entouré de tous les côtés par ce Dieu qui se met de côté.

Plein d’amour, le Père se penche sur l’homme. Il le tient, le porte, prend soin de lui, l’embrasse.

Jésus, Fils de Dieu, s’abaisse, descend aussi bas que l’être le plus bas. Il saisit ses pieds, les couvre de baisers, les lave. Pour accomplir envers nous l’acte d’Amour le plus grand, il pose ce geste le plus humble qui soit.

L’Esprit Saint fait irruption par le haut vers l’homme. Il veut le remplir de son Amour, de sa Lumière, de sa Paix.

Pour Dieu, l’homme est au centrez. Qui ne souhaiterait être au cœur d’un tel échange ?

C’est homme, c’est toi, c’est moi… Accepter ma faiblesse. Et l’abandonner à Celui qui m’aime tel(le) que je suis.

Me laisser tomber en Dieu. Ne plus rien faire. Continuer seulement à être. Accepter de me laisser aimer…. aimer jusque là.

Texte de Dieter Theobald (https://paroissefachesthumesnil.over-blog.com/2018/04/trinite-misericordieuse-ceramique-de-sr-caritas-mueller-texte-de-dieter-theobald.html )

 

 Homélie 

Frères et sœurs, nous célébrons ce dimanche, vous le savez, le cœur de notre foi chrétienne, le fait que Dieu n’est pas un être solitaire, mais qu’il est en lui-même communication, communion, amour. Un seul Dieu en trois personnes : non pas trois Dieux, mais trois personnes englobées dans une unique nature divine, qui possède donc par là en elle-même l’altérité qu’elle ne peut expérimenter au-dehors comme c’est notre cas.
Le fait que Dieu soit Trinité dépasse, soyons clairs, la capacité de compréhension de notre intelligence. Mais est-ce à dire que ce mystère nous demeure complètement impénétrable et que nous sommes condamnés à ce sujet à la foi pure et simple du charbonnier ? Non, nous pouvons malgré tout en acquérir une certaine intelligence, très limitée certes, mais néanmoins effective. Selon moi, la meilleure porte d’entrée consiste à prendre au sérieux -très au sérieux- l’affirmation de Saint Jean comme quoi Dieu est amour. Pour qu’il y ait véritablement amour, il faut quelqu’un qui aime, quelqu’un qui est aimé, et l’acte même d’amour, qui est une communication réciproque, un don de l’aimant auquel correspond la réponse de l’aimé – un amour à sens unique peut difficilement être regardé comme l’amour pleinement accompli-. A notre niveau, lorsque nous aimons, nous nous tournons vers l’extérieur de nous-mêmes ; les êtres humains sont plus ou moins aimables, mais de temps en temps, l’alchimie d’un véritable amour peut se mettre en place avec quelqu’un d’autre et nous vivons cette expérience rare et combien stimulante d’un amour qui naît et se développe. Mais Dieu est l’Absolu, l’Infini ; il n’a pas à proprement d’extérieur et ne dépend naturellement de rien d’autre que lui. S’il est effectivement amour, si c’est là véritablement son essence même, il doit posséder en lui les trois polarités de l’amour : l’aimant, l’aimé, et cette respiration entre eux qui est l’acte même par lequel l’aimant se donne à l’aimé et vice-versa. Et c’est ce que nous croyons lorsque nous professons notre foi en Dieu qui est Père, Fils et Saint-Esprit. 
Cette vie interne de l’amour comble Dieu qui n’a besoin de rien d’autre pour vivre éternellement et en éprouver un bonheur sans fin. Seulement voilà, Dien n’a pas voulu expérimenter seul cette plénitude. Tout à fait gratuitement, par pure bonté, dans la logique de ce pur amour qu’il est en lui-même, il a voulu faire participer d’autres êtres à sa vie divine et éternelle. Il a créé un monde avec en particulier, des créatures raisonnables et libres, qu’il allait appeler à communier à sa propre vie trinitaire. Il y a parmi ces créatures naturellement les êtres humains, qu’il invite, par l’Incarnation de son Fils, à devenir eux-mêmes ses fils et ses filles, en participant à la vie même de son Fils. Il y a de quoi être pris de vertige lorsque l’on réfléchit un peu en essayant de prendre la mesure de cet amour inouï qui nous est offert dans le Christ. Comme dit l’évangile de ce jour : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que quiconque croit en lui ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle. »
Maintenant, nous pouvons nous demander que faire de cette révélation que Dieu est trine ? En quoi cela change-t-il quelque chose par rapport au cas où Dieu serait une unique personne qui nous aimerait ? Beaucoup de choses pourraient être dites à ce sujet. Permettez-moi de suggérer une piste : la Trinité fonde le fait qu’il y a pour nous différentes voies vers Dieu. Tout en étant tous hommes et femmes, nous ne sommes pas tous créées selon le même moule. Nous avons des tempéraments psychologiques et spirituels différents. Nous allons avoir tendance à accomplir notre vie de différentes manières.
 Il y a notamment des hommes et des femmes qui aiment se poser des questions et rechercher des réponses, qui désirent sonder en profondeur la nature des choses, qui veulent saisir l’invisible par-delà le visibles. Ce sont des personnes de foi, des contemplatifs qui trouvent leur joie dans l’intériorité, la recherche de la sagesse. Ces personnes, même si elles ne le savent pas, sont en affinité plus particulière avec le Père : le Père est en effet la source cachée de tout ce qui existe ; « Dieu (le Père) personne ne l’a jamais vu » dira Saint Jean dans le prologue de son Evangile : il a fallu la révélation du Christ pour nous le faire connaître, mais tout en étant révélé, il reste le Dieu caché dont parlait Isaïe.
Il existe par ailleurs des personnes qui trouvent leur bonheur dans la communication, dans l’échange avec d’autres. Lorsqu’elles manquent de contacts sociaux vitaux pour elles, elles dépriment et s’étiolent. Ces être humains de la charité, de l’amour, sont, même si c’est sans le savoir, en accointance privilégiée avec le Fils. N’est-il pas celui qui est venu communiquer avec les hommes, planter sa tente parmi nous, prendre son plaisir à être avec les enfants des hommes ? 
 Enfin il est des êtres qui ont besoin d’agir, de changer les choses, en améliorant leur petit monde pour le rendre plus agréable à vivre. Il en est aussi qui veulent changer le grand monde, qui s’engagent pour des réformes sociales, de façon à mettre fin à des injustices flagrantes, et à viser vraiment le bien commun. Ces personnes d’espérance, tournées vers l’avenir, sont en relation particulière avec l’Esprit Saint. Un vieux cantique, s’appuyant sur un psaume, ne dit-il pas : « O Seigneur envoie ton Esprit, qui renouvelle la face de la terre » ? Et c’est vrai que quand l’Esprit est donné avec largesse, la situation est transformée ; voilà qu’apparaissent « toutes choses nouvelles ».
Alors frères et sœurs, demandons-nous quelques instants : quel est notre tempérament spirituel ? Qu’est-ce qui nous fait pleinement vivre ? Est-ce la quête de l’inconnu, de l’invisible, la contemplation ? Est-ce la rencontre du frère, son écoute et le partage de nos vécus respectifs ? Est-ce le fait d’œuvrer à des changements, à un monde nouveau ? 
Dieu en lui-même est trop vaste pour que nous puissions le saisir dans la totalité de son mystère. Il nous faut choisir un fil dd la pelote et le tirer progressivement jusqu’au bout pour nous accomplir. Vivre une proximité particulière avec l’une des Personnes divines ne signifie évidemment pas négliger les autres, mais entrer par une porte déterminée, particulière vers la plénitude du tout. Il y a beaucoup de demeures dans la maison de Dieu, nous dit Jésus ; Il promet d’aller nous en préparer une et de revenir ensuite pour nous prendre avec lui dans cette communion perpétuellement renouvelée de la vie en Dieu. 
« Que la grâce de Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit soient toujours avec vous ! »

Abbé Jean-Michel Counet, Hurtebise le 31 mai 26

(1) "Trinité miséricordieuse" de Soeur Caritas Müller https://i.pinimg.com/originals/c5/5c/6a/c55c6ae81fe3ac666ad6ddf3159edd5d.jpg (avec les vraies couleurs et non celles plus jaunes que l'on trouve habituellement)

oeuvres de Soeur Caritas: https://kompatscher.eu/galerie-hofburg-kuenstler/sr-caritas-mueller/ 


samedi 30 mai 2026

Liturgie de la Parole 8e samedi TO-II Marc 11, 27-33

Commentaire

Une fois de plus, il est question de l’autorité de Jésus.

Est-ce une usurpation de pouvoir ? Par rapport à qui ?

Est-ce par rapport aux Scribes, aux Pharisiens et aux Anciens ?

Par rapport à Dieu pour qui les gens religieux font des sacrifices et des offrandes ?

« Par quelle autorité fais-tu cela ? » Le problème sous-jacent est le rapport entre Dieu et l’homme.  L’incarnation pose problème.

L’incarnation, un mystère difficile à comprendre et à admettre tant il est question d’une image de Dieu toute différente de celle qui nous a été présentée.  Un Dieu personnifié dans l’imaginaire collectif tellement différent du Dieu de Jésus-Christ. Or, « Qui me voit, voit le Père » est inaudible pour certains. Cette incarnation est pourtant au cœur de notre foi chrétienne.

La recherche de Dieu reste vaine si nous nous focalisons sur l’image d’un être suprême et tout-puissant situé je ne sais où au-dessus du monde ; considérant ce Dieu Créateur comme un gestionnaire du monde mais extérieur au monde.

La question des Scribes et des Anciens : « Par quelle autorité fais-tu cela ? » dit quelque chose de cette incompréhension ; quelque chose de Dieu pensé comme un super individu céleste qui entre en concurrence avec les autres réalités du monde.

Paul Tillich dit ceci : « Dieu ne peut pas être compris comme un étant parmi d’autres êtres ; Dieu est ce qui rend possible l’existence elle-même. Autrement dit, Dieu est la profondeur ultime de la réalité, Celui qui soutient toute existence. Et cette profondeur de l’être se manifeste dans l’existence humaine, dans l’incarnation ».

Louis Evely le disait autrement : « Dieu ne se prouve pas, il s’éprouve.  Dieu ne se rencontre pas au coin d’une rue ou d’une chapelle, il se vit. Dieu n’est pas au-dessus de nous ou à côté de nous, il est dedans. Dieu n’est pas une idée dans notre tête, il est un état, un soulèvement, un appel, une poussée, un travail, une absence, une présence, un déchirement de nos cœurs ».

Dieu ne s’invente pas.  Il se fait connaître par Jésus et aujourd’hui par l’Esprit de Pentecôte qui nous fait souvenir de tout ce qu’il a dit pour faire entendre sa voix par nos voix et voir son visage par nos visages, nos regards, nos sourires et nos larmes.

Nous expérimentons et touchons à cette présence de Dieu dans ce que nous vivons de fondamental :

-        Le courage face à l’angoisse

-        L’expérience d’être accepté et aimé malgré nos faiblesses, notre culpabilité

-        Nous touchons cette présence dans l’amour gratuit

-        La création artistique sous ses formes les plus diverses

-        Dans le sentiment de ne pas être abandonné et d’être soutenu, accompagné même à travers nos doutes, Etc…

Nous avons la foi lorsque nous sommes intérieurement saisis par ce qui donne un sens ultime à notre existence : « Tu es là et je ne le savais pas !»

Jésus est celui en qui apparaît cette union entre l’humain et le fondement divin de l’être, il révèle ce qui peut être totalement transparent à la profondeur divine.

-        « Mon Père et moi nous sommes uns »

-        « Ne croyez vous pas que le Père est en moi et que je suis dans le Père ? »

-        « Je fais exactement ce que me dit le Père, vous aussi faites de même ».

Il serait donc probable pour certains, inévitable pour d’autres, de rencontrer Dieu dans la profondeur ultime du réel et la puissance qui permet à l’être humain de dire « oui » à l’existence malgré toutes les contingences humaines comme nos faiblesses, l’échec, le vide, la souffrance et la mort. L’expérience d’une rencontre avec Dieu est celle d’être surpris par Dieu.

Pour en revenir au questionnement des Scribes sur la question de l’autorité de Jésus, question à laquelle Jésus ne répond pas, la réponse est cachée aux sages et aux savants et dévoilée aux cœurs capables de se laisser étonner, surprendre par l’incroyable liberté de Jésus dont les paroles et les actes ne renvoient jamais à lui mais à Dieu son Père. Si Jésus renvoie les autorités religieuses à Jean-Baptiste c’est que Jean-Baptiste annonce justement celui qui vient de Dieu.

Un cœur libre, humble et sincère peut comprendre qu’à travers cette proximité de Jésus, son souci des plus pauvres, des plus vulnérables, ses guérisons, ses remises en confiance, les pardons offerts, c’est l’œuvre de Dieu qui s’accomplit. Jésus n’a jamais peur de s’approcher du pire de l’homme.  Là où est Jésus Dieu est présent. L’autorité de Jésus réside là, dans cette présence aimante, une autorité d’amour capable de confondre las sages et les puissants.  « Je ne vous dis pas par quelle autorité je fais cela » mais il dit « Viens, suis-moi ».

 

Invitation au Notre Père

Nous avons cette intuition profonde qu’une seule chose est nécessaire, la meilleure par qui ne nous sera pas enlevée :  écouter la Parole de Dieu et vivre avec Jésus dans l’élan des inspirations de l’Esprit puis, comme Jésus et à son invitation, de nous jeter en Dieu en osant crier « Abba ».  Notre Père…

Raymond le 30 mai 26