mardi 16 juin 2026

Liturgie 11e mardi TO-II Matthieu 5, 43-48 ; 1Rois 21, 17-29

Homélie

Pour faire un lien entre ces deux lectures, je pense au Psaume 84 (85) : « Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent ». Elie sait bien qu’Acab est une sorte de roi mafieux avant la lettre. Mais il va le trouver. Il va faire la vérité avec lui. Cela donne des fruits d’ailleurs inespérés- ce qui n’est pas toujours le cas !

Sa façon d’aimer Acab, c’est pour Elie d’oser aller lui parler.

Aimer son ennemi ce n’est pas éprouver le de l’affection pour lui. Ce n’est pas non plus chercher à l’excuser. Ce serait jouer le jeu de son emprise.

Que cherche Jésus ? Sans doute à délivrer du mal l’ennemi. Nous l’avons déjà entendu dans le Lévitique ce matin : « Tu ne te vengeras pas. Moi, je suis le Seigneur ».

Jésus demande, invite à prier pour son ennemi. C’est sans doute pour que le Seigneur lui-même vienne le délivrer de sa violence. Mais le prier, c’est aussi chercher à délivrer les autres, les victimes de cette violence, et les protéger. Et prier c’est demander, sans doute aussi, d’être délivré soi-même de cette violence toujours un peu tapie au fond de nous. Notre penchant à haïr.

Le Prieur de Thibirine, Christian de Chergé, après sa rencontre tendue avec le chef d’un groupe Djihadiste disait : « Mon Dieu, désarme-le », et puis il ajoutait : « mais je ne peux demander cela que si je dis aussi :’’ Mon Dieu désarme-moi’’ ».

Et Etty Hillesum, devant l’horreur du camp d’internement des Juifs où elle se trouvait, disait néanmoins qu’elle ne se sentait pas haïr en retour. Ce serait ajouter de la haine à la haine et rendre ainsi ce monde encore plus inhabitable qu’il ne l’est déjà maintenant.

Aimer dans la vérité et faire la vérité, et faire la vérité sans violence, apprends-le-nous Seigneur !

Mgr Jean-Luc Hudsyn, Hurtebise le 16 juin 26

lundi 15 juin 2026

Liturgie de la Parole 11e lundi TO-II Matthieu 5, 38-42 ; 1Rois 21, 1-16

Homélie

Acab est donc de mauvaise humeur avec cette résistance de Naboth…

Il rentre chez lui, se couche sur son lit, tourne son visage vers le mur et refuse de manger…

Cela m’a fait penser à quelque chose que vous n’imaginez pas. Je ne sais pas dans quel état d’esprit vous êtes au moment où vous allez commencer cette semaine de retraite. Mais savez-vous que sainte Thérèse de l’Enfant Jésus à la veille des retraites de communauté se sentait très mal, et, sans doute un peu dans le même état que… eh bien oui, dans le même état que le roi Acab. Elle avait eu une très mauvaise expérience d’une retraite prêchée au début de sa vie au Carmel, et le prédicateur avait réussi à réveiller en elle toute sa culpabilité. Et cela lui a mis beaucoup de temps pour s’en remettre. Et depuis, elle supportait très mal la perspective de vivre une retraite prêchée. Sa sœur Agnès de Jésus dit qu’elle en perdait l’appétit et le sommeil. Je suppose qu’elle aussi, comme Acab, tournait son visage vers le mur…

L’Evangile nous invite à nous laisser dépasser durant cette semaine. Mais de nous laisser dépasser par sa miséricorde infinie « A qui te demande, donne ». Comment ne ferait-Il pas de même ? N’hésitons pas au moment d’entrer dans cette retraite à lui demander sa présence, son Souffle, sa bonté, sa tendresse. Il nous la donnera sans compter. Il est prêt à faire 1000, 2000 pas et plus encore, avec nous durant cette semaine.

Confions-nous à lui, à son Esprit, au Christ notre frère. Demandons-lui de mettre en nous comme un cœur de chair, pour nous laisser faire, Pour nous laisser faire et façonner par sa bonté, par sa tendresse envers nous ; il est là, prêt à nous couvrir de son manteau, du manteau de sa grâce : qu’il ouvre notre appétit de lui, apaise notre cœur et nous tourne vers lui.

Mgr Jean-Luc Hudsyn, Hurtebise le 15 juin 26

dimanche 14 juin 2026

Liturgie de la Parole 11e dimanche TO A Matthieu 9,36-10,8 ; Exode 19,2-6a ; Psaume 99 ; Romains 5, 1-11

Compassion, moisson, prière mission

Homélie

Cinq fêtes ou solennités viennent de se succéder ces dernières semaines : l’Ascension, la Pentecôte, la Trinité, le Saint Sacrement et enfin le Sacré-Cœur de Jésus voici deux jours.  Nous en revenons au temps ordinaire.  Une bonne vingtaine de dimanches du temps ordinaire nous conduiront à la fin novembre. La couleur liturgique est le vert, couleur de l’espérance.

Compassion, moisson prière et mission : ces 4 termes apparaissent, l’un après l’autre, dans cette page de l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre.  Ces 4 termes donnent le fil rouge et la finalité de notre existence humaine.  Je les reprendrai l’un après l’autre en en faisant un bref commentaire.

1 Jésus est saisi de compassion, a pitié de ces foules abandonnées à leur sort par le roi Hérode et méprisées par les autorités religieuses juives de l’époque c-à-d les pharisiens.

Cette compassion affecte Jésus quand il regarde les foules qui se sont approchées.  La compassion signifie littéralement : les entrailles remuées, déchirées, bouleversées.  

Ce ne sont pas d’abord leurs souffrances ou leur extrême pauvreté qui émeuvent Jésus mais c’est en premier lieu leur état d’abandon, leur abattement.  « Elles sont désemparées et abattues comme des brebis qui n’ont pas de berger ». 

2 Alors, Jésus leur parle d’une moisson abondante et d’ouvriers peu nombreux.  Cependant, certains ouvriers étaient bien connus à l’époque de Jésus : scribes, pharisiens qui devraient être guides mais qui s’étaient repliés sur eux-mêmes, sur des articles de loi, des traditions, des rites vieillots et sur leurs certitudes, fermés à toutes questions et sûrs de leur bon droit.  Comment la foule pourrait-elle trouver des raisons de vivre et d’avancer avec de tels bergers ?

3 La compassion du Christ est un sentiment mobilisateur.  Mais alors que j’attendais des décisions pratiques immédiates, la première mesure d'urgence que Jésus prend est de nous mettre en prière : "Priez le Père d'envoyer des ouvriers à sa moisson !"  Le Christ lui‑même a prié toute la nuit avant de choisir les Douze.

La prière nous apprend à sortir de l'indifférence, à refuser le pessimisme, et à "aimer les personnes rencontrées à la manière de Dieu, aimer ce temps qui est le nôtre malgré ses ombres.

4 Ensuite, Jésus appelle les 12 apôtres.  Il les envoie en mission.  L'appel des Apôtres va donc s'enraciner dans la compassion et la prière de Jésus.

Jésus choisit douze hommes pour leur confier une mission : « proclamer que le Royaume de Dieu est tout proche » Chacun des Apôtres est appelé par son prénom, c'est à dire par ce qui fait son identité profonde.

Compassion, moisson prière et mission riment dans le cœur de Jésus et de ses douze apôtres.  Ils seront engagés dans une œuvre qui les dépasse.

Ils iront vers des brebis perdues, non pour asseoir un pouvoir, mais pour parler, guérir, faire revivre, purifier, extirper le mal des recoins obscurs où il règne encore en un mot les délivrer de ce qui les enferme C’est une immense tâche, dont les apôtres sont incapables seuls sauf s’ils comprennent que tout est don. « Vous avez reçu gratuitement.  Donnez gratuitement » dit l’évangile d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, comment ne serions‑nous pas émus, secoués au fond du cœur, par la détresse non seulement matérielle mais également morale et spirituelle des foules contemporaines: par exemple des enfants et des jeunes sans parents, qui ne peuvent souhaiter aujourd’hui bonne fête à leur papa, des jeunes sans repères et sans avenir; des adultes sans raison de vivre ni perspectives parce qu’au chômage; des croyants déçus qui s'éloignent des Eglises parce que des prêtres n’ont plus le feu sacré, etc ...

Aujourd'hui le Seigneur nous appelle aussi par notre prénom comme il l’a fait pour les apôtres pour la même mission.  Il compte sur nous parce que "La moisson est abondante".

Pour cela, deux choses me semblent nécessaires.
1          S’arrêter, comme Jésus, pour discerner le sens et le fondement des demandes.  Car les appels qui nous sont adressés des périphéries sont nombreux.

2          Puis, personnellement ou en communauté, s’efforcer d’être Bonne Nouvelle pour « les brebis perdues », comme le dit l’évangile de ce dimanche.  Notre engagement ne sera pas teinté de « pitié », au sens négatif du terme, mais d’une réelle compassion.   Puissions-nous être ces ouvriers à la moisson de personnes qui croisent notre regard.

 

2 P’titS rawettS.

Les jeux olympiques du cœur

Le temps était venu.  Jésus décida de choisir ses douze apôtres.  Passer une annonce dans les journaux ne lui semblait pas suffisant.  A l’instar des jeux olympiques modernes, il décida d'organiser des jeux où il pourrait choisir les douze.  Les concurrents arrivèrent de partout.  Les compétitions furent acharnées.  Jésus devait' juger tous les résultats.

En premier lieu sont venues les prières.  Les candidats s’y étaient exercés.  Cela se voyait par la vitesse à laquelle ils pouvaient les réciter.  Quelques-uns articulaient chaque mot avec la plus grande précision.  D'autres se servaient de grands mots expressifs.  D'autres encore exprimaient de nobles idées.

Mais quand vint le temps de désigner le vainqueur, Jésus n'en choisit aucun.  Il n'y avait apparemment aucun cœur dans leurs prières.  Elles n'étaient que des mots.

 

Puis vint le culte.  Là aussi, les concurrents s'étaient préparés sérieusement.  Certains portaient des vêtements magnifiques, d'autres utilisaient l'encens à profusion.  D'autres encore mettaient l'accent sur la musique ou sur la beauté des gestes.  Mais de nouveau, quand vint le temps du choix, il n'y eut aucun vainqueur.  Il ne semblait pas non plus qu'il y eût du cœur dans leur culte.  Il n'y avait qu'une belle façade.

 

En troisième lieu arriva l'enseignement.  Ce groupe-là était vraiment prêt.  Certains avaient élaboré des affiches raffinées.  D'autres se servaient de power point pour faire leur démonstration.  Et de nouveau, pas de vainqueur. Il n'y avait pas de cœur dans leur enseignement.  Les méthodes semblaient plus importantes.

 

Et on arriva à la fin des jeux.  Pas de vainqueurs, pas d'apôtres.  Epuisé par cette longue et irritante épreuve, Jésus descendit près du lac pour y trouver un peu de fraîcheur et se détendre.  Et c'est là que le miracle se produisit.  Il vit des hommes en train de pêcher.  Il trouva des gens qui mettaient du cœur à leur ouvrage ! Et il les choisit.

Journal philippin 1987 (reçu par Entraide et Fraternité)

 

QUAND LE JOUR SE LèVE-T-IL ?

Un rabbin venait d’enseigner à ses élèves de commencer leur prière  très précisément au lever du jour.
Alors un sage ayant aussi entendu cet enseignement demanda à ces étudiants à quoi on peut reconnaître le moment où la nuit s’achève et où le jour commence.

            - Est-ce lorsqu’on peut, sans peine, distinguer un chien d’un mouton ?

            - Non, répondit le sage.

            - Est-ce quand on peut distinguer un dattier d’un figuier ?

            - Non, dit le sage.

            - Mais alors, quand est-ce donc ? demandèrent les étudiants ?

Le sage répondit:

            - C’est lorsqu’en regardant le visage de n’importe quel homme, tu y reconnais ton frère ou ta sœur.  Avant cela il faisait encore nuit dans ton cœur

Abbé Fernand Stréber, Hurtebise le 14 juin 26

samedi 13 juin 2026

Liturgie de la Parole 10e samedi TO-II Coeur Immaculé de Marie Luc 2, 41-51 ; 1 Rois 19, 19-21

Introduction

Ce jour, nous fêtons le Cœur immaculé de Marie.

Nous sommes invités à regarder Marie, à contempler son cœur, un cœur tourné vers Dieu qu’elle confie sans réserve à sa bonté, son amour et sa tendresse.  Marie est une femme pleine de sagesse. Elle se laisse toucher et fait entière confiance en ce Dieu proche et sensible à nos misères humaines   L’événement douloureux qui est relaté dans l’Evangile aujourd’hui est une expérience fondatrice qui lui donne de renouveler son « oui » posé lors de la visite de l’ange pour être la mère de l’Emmanuel.

Sa foi, sa fidélité à la parole reçue et donnée, est une réponse à la fidélité de Dieu qui fait alliance avec Marie selon sa promesse.

Le Cœur immaculé de Marie est aussi ce cœur de femme meurtri par les douleurs qu’elle a vécues et traversées dans la confiance et la fidélité au Seigneur.

Aujourd’hui, prions Marie pour obtenir le réconfort et la paix dont nous avons tant besoin quand nous sommes dans l’épreuve mais surtout pour recevoir d’elle la foi en la parole du Fils de Dieu.

Gratitude à toi Marie médiatrice au cœur pur pour ton rôle dans notre vie et notre salut.

 

Commentaire

L’Evangile, une Bonne Nouvelle difficile à admettre si nous nous arrêtons sur l’événement effrayant qui survient de manière inopinée dans la vie de cette famille, dans la vie de Marie et Joseph. Un événement douloureux pour ceux qui y sont confrontés.

La peur, celle de la séparation, de la disparition est une peur de la mort. Ils le croyaient mort durant trois jours : « Vois comme nous avons souffert ton père et moi ! » Le cœur de Marie n’est pas désincarné, celui de Joseph non plus. C’est une souffrance indicible que seul, celui ou celle qui l’a vécue peut comprendre.

Finalement l’histoire se termine bien même si elle est énigmatique.  Elle aurait pu se finir de manière plus tragique comme on le voit trop souvent et encore récemment en France avec cette fille, une enfant de 11 ans dont les funérailles ont eu lieu ce vendredi. Gardons cet événement insupportable en nous pour comprendre la douleur des parents, celle de Marie et de Joseph.

Trois jours sans nouvelle, c’est long, très long, un temps interminable. J’associe Joseph à Marie puisqu’il n’y a aucune raison de faire abstraction de la douleur vécue par Joseph.

Nous savons et comprenons bien que nos enfants ne nous appartiennent pas ; qu’ils sont confiés à notre tendresse pour les conduire à être eux-mêmes.

En ce sens, nous sommes leurs éducateurs et comme parents, nous donnons le meilleur de nous pour qu’ils s’épanouissent et grandissent. Tout ce qui les rend heureux réjouit notre cœur. Le départ et l’autonomie de nos enfants, aussi douloureux que cela puisse être, doivent nous réjouir, non nous déprimer.

Ils partent et exercent leur liberté. Liberté à tous points de vue, y compris celle de croire en Dieu, de lui être fidèle et reconnaissant… ou pas. C’est souvent difficile pour les parents mais ce qui nous est demandé c’est de réaliser la part qui nous appartient et d’accepter, faire confiance pour celle qui ne nous appartient pas.

Marie et Joseph croyait que leur fils, que Jésus était dans la caravane mais il n’était pas là.  Il se démarque déjà de sa famille, des liens de parenté, des solidarités familiales et même de la Loi. Il sort des habitudes, des traditions.

Il se démarque et affirme sa liberté.  Il est déjà ailleurs.  L’appel qu’il reçoit au fond de lui est une invitation puissante à croire en la mission, la force et la vie qu’il reçoit de son Père.

Quant à « Marie, elle gardait tous ces événements dans son cœur » Elle ne comprend pas tout ce qui se passe mais choisit une fois de plus de faire confiance. En regardant ce cœur immaculé de Marie nous nous souvenons et réfléchissons sur les moments où le Seigneur s’est manifesté pour nous.  Cette relation qui s’installe quand nous faisons mémoire et méditons ces événements dans notre cœur, cette relation peut aussi nous apporter réconfort et courage dans les épreuves et les moments difficiles de notre vie.

Puis comme Marie, nous ne comprenons pas tout. Il est vital d’apprendre à faire confiance au Seigneur même lorsque les choses ne sont pas claires.

Comme Marie, gardons les événements vécus dans notre cœur, méditons-les et prions pour discerner la volonté de Dieu et approfondir notre relation à Lui.

 

Invitation au Notre Père 

Nous vous saluons Marie et Joseph, vous êtes bénis parmi tous les couples de la terre et Jésus, le Fils de Dieu confié à votre tendresse nous le bénissons. Sainte Marie et Saint Joseph, prier pour nous vos enfants maintenant et à l’heure de notre naissance.

Notre Père

Raymond le 13 juin 26

vendredi 12 juin 2026

Liturgie de la Parole Sacré Cœur de Jésus A Matthieu 11, 25-30 ; Deutéronome 7, 6-11 ; Psaume 102 ; 1Jean 4, 7-16

Méditation

« Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples ».

Que veut dire être disciple de Jésus ? L’Evangile de Matthieu est parcouru par cette question et à la fin de l’Évangile Jésus dit : « Allez, de toutes les nations, faites des disciples ». Il ne dit pas, « allez enseigner toutes les nations ». Il dit « de toutes les nations, faites des disciples ». Une petite différence. Jésus n’a pas fondé une école dont les bons élèves seraient sortis avec un diplôme en main ! Il enseigne, certes, mais son enseignement n’est pas une matière à apprendre, c’est une manière. Pas une matière, mais une manière. Pas une doctrine, mais une façon d’être, un art de vivre, une manière d’être. Pas quelque chose que les sages et les savants acquièrent par de longues études, mais un secret que les tout-petits comprennent de l’intérieur.

Que devons-nous faire pour apprendre ce secret ? Non pas étudier beaucoup, mais accompagner. Accompagner Jésus. Être disciples, ou plutôt, devenir disciple, car on ne cesse jamais de le devenir, cela ne s’apprend pas à l’école, cela s’apprend par le compagnonnage avec Jésus. À force de le fréquenter, devenir un peu comme lui, acquérir sa manière d’être au monde, par contagion, par imitation.

Aujourd’hui Jésus nous dit : « prenez sur vous mon joug ». Dans la Bible, le joug est l’image de la Loi, de la Torah. Et c’est la Sagesse qui invite en disant : « venez à moi vous qui me désirez ».

Mais en écoutant ce texte dans le contexte de cette fête du Sacré Cœur, comment pouvons-nous interpréter cette parole de Jésus : « prenez sur vous mon joug » ? Ce n’est pas « prenez sur vous ma Loi ». Les autres lectures que nous avons entendues peuvent nous éclairer. Dans le Deutéronome, Dieu dit au peuple d’Israël : « tu es un peuple consacré au Seigneur ton Dieu ». Pourquoi ? Pas parce que vous êtes le plus nombreux, le plus fort, le plus observant de tous les peuples. Justement pas ! Mais parce que vous êtes le plus petit, et parce qu’Il vous aime ! C’est par amour pour vous, qu’il vous a sauvés. Première clé.

La deuxième lecture confirme cette clé en disant en quoi consiste l’amour. « Ce n’est nous qui avons aimé Dieu, c’est Dieu qui nous a aimés ». Donc l’initiative est chez lui, pas chez nous. Si cela est vrai, si l’amour de Dieu nous devance, alors qu’attend-il de nous en réponse ? Alors oui, Jean dit « puisque Dieu nous aime, aimons-nous les uns les autres ». Mais la première réponse ce n’est pas ça. La première réponse c’est : laissons-nous aimer ! Puisque Dieu nous aime, laissons-nous aimer ! Serait-ce cela le joug de Jésus : son amour pour nous, sa tendresse. Et quand il nous dit « venez à moi » : laissez-vous aimer.

Quand je regarde l’icône que nous mettons toujours les jours de fête et de solennité, je me demande où sont les épaules de Jésus. Parce qu’il est tout rond, comme s’il n’avait pas d’épaules, ça me frappe toujours. Sur cette icône, il n’a pas d’épaules ou bien ça pèse tellement lourd qu’il en est voûté. Ça donne un peu l’impression qu’il est voûté en avant. Le poids de la tendresse a arrondi ses épaules, c’est comme la voûte d’une église romane, c’est tout simple. Et nous pouvons entrer dans cette tendresse, comme dans une église romane. Recevons sans crainte sur nos épaules le joug, la chape de tendresse de Jésus et devenons ses disciples en nous laissant imprégner par sa façon d’être au monde, doux et humble de cœur. Alors nous pourrons chanter avec saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi ». Amen

Sr Marie-Raphaël le 12 juin 26