dimanche 9 août 2026

Liturgie 19e dimanche A Matthieu 14,22-33 ; 1Rois 19, 9a.11-13 ; Romains 9, 1-5

Présence réelle dans la tempête
Homélie

Il y a exactement trois ans, nous étions huit cents Belges à revenir des Journées Mondiales de la Jeunesse, qui s’étaient déroulées au Portugal.

De nombreux jeunes ont relaté que le moment le plus marquant vécu à Lisbonne était la veillée de prière qui s’est déroulée le samedi soir, au Parc Tejo, en présence du Pape, et surtout du Saint-Sacrement.

Imaginez. Vous vous retrouvez au milieu d’une marées de jeunes, tout autour de vous, à perte de vue, dans un silence parfait, en adoration devant le Saint-Sacrement.

Plusieurs ont exprimé l’extrême douceur qu’ils ont ressentie à ce moment. C’était comme une onction céleste qui se déversait dans les cœurs.

N’est-ce pas une minuscule préfiguration de la vie éternelle, où nous serons bien plus nombreux encore ?

Ce fut l’expérience d’Élie qui a rencontré le Seigneur, non pas à travers de redoutables manifestations météorologiques, mais dans l’humble caresse d’une brise légère. Alors que lui-même, Élie, était en proie à des tempêtes comparables à celles d’un nombre incalculable de nos contemporains, il se tourne vers le Seigneur et lance son S.O.S.

Un peu comme ces trois marins de Micronésie qui ont échoué sur une île minuscule du Pacifique suite à une panne de leur embarcation et qui ont été sauvés grâce à un immense « S.O.S. » qu’ils ont tracé dans le sable. Des avions ont repéré le « SOS » géant.

Un hélicoptère a été dépêché secourant ainsi les trois naufragés. S.O.S. : Save Our Souls (« Sauvez nos âmes »).

Le récit évangélique de ce dimanche, qu’on pourrait intituler : « Présence réelle dans la tempête » n’a pas été rédigé pour être seulement écouté mais d’abord pour être revécu. À chaque fois, celui qui en prend connaissance est invité à passer d’auditeur à acteur.

Savons-nous, en toute détresse, nous tourner promptement vers Dieu ? Savons-nous aussi discerner les appels au secours de notre prochain ? Et savons-nous y répondre ?

Au milieu de leurs angoisses, les apôtres font une expérience de salut. Nous pourrions prendre quelques instants pour identifier les tempêtes que nous avons traversées récemment ou qui nous agitent encore.

L’Église primitive a souvent été confrontée à des dangers mortels. Lorsque l’Évangéliste écrit, des vents contraires se sont déjà levés : l’Église doit faire face à de violentes persécutions, — une réalité, pour certains chrétiens, encore terriblement actuelle.

Cet Évangile nous rappelle que Jésus n’est jamais loin, qu’on peut toujours compter sur lui. Combien de fois notre vie ressemble à cette barque “battue par les vagues” à cause des vents contraires. La barque en difficulté peut être la santé, les affaires, notre couple, notre famille, les difficultés financières, le délitement de la morale ambiante, la pollution, l’instabilité géopolitique, …

Cette peur des apôtres sera à son comble quand ils confondront Jésus avec un fantôme.

Aujourd’hui encore, combien de personnes prennent le Christ pour un être imaginaire voire un épouvantail ! En fait, si nous étions toujours éveillés à sa présence nous le reconnaîtrions instantanément. Mais les gens ont tant de fantasmes dans le cœur !

Pierre, progressivement rassuré, se distingue des autres, il veut “en imposer”. En fait, dans les épreuves, il donnera des contrexemples d’héroïsme. Celui que Jésus a baptisé “le rocher” n’avait rien d’un surhomme. Mais il n’était pas inutile que Pierre connaisse cet échec, lui qui devait, par la suite, perpétuer la miséricorde dans l’Église naissante.

Au passage, cela plaide en faveur de l’historicité des récits évangéliques, car si les apôtres avaient inventé une histoire, ils auraient trouvé d’autres fictions que celles où leur chef à plusieurs reprises se prend les pieds dans le tapis !

Comparez avec certains régimes autoritaires contemporains, où le pouvoir entretient un véritable culte de la personnalité : statues monumentales, portraits omniprésents et immenses panneaux couverts de slogans exaltant continuellement les dirigeants.

Au contraire, les Évangiles, montrent les apôtres, Pierre compris, pleins de limites et de défauts, exactement comme nous, finalement. Le premier pape, un moment, n’a plus pensé qu’à la tempête et il a cessé de regarder le Christ. Souvent, plus le danger est imminent et plus nous sommes tentés d’agir par nous-mêmes. Et quand Pierre appelle enfin son Seigneur, le Christ vole à son secours. Parce que Jésus comprend nos faiblesses son reproche est plein de douceur : « Pourquoi as-tu douté ? »

En d’autres mots qu’y a-t-il de positif à remettre en question sa présence, sa puissance et sa volonté de nous venir en aide ?

Nous n’aimons pas que les autres doutent de nous, de notre parole, de notre amour, … Cela ne fait pas plaisir non plus au Christ que nous doutions de sa présence et de sa capacité à agir.

Au milieu des petites ou des violentes tempêtes, apprenons jour après jour, cette sublime leçon du Christ : « Confiance ! … N’ayez plus peur. » Cette assurance procure l’allégresse intérieure. Elle nous permet de percevoir le sourire réconfortant du Christ, le capitaine de nos vies, et celui, exquis, de la Vierge bénie qu’il nous plaira d’honorer solennellement dans quelques jours.

Frères et sœurs, au cœur de nos tempêtes, ne quittons jamais le Christ des yeux. Osons lui adresser, en toute simplicité, nos S.O.S. tout en demeurant attentifs à ceux de nos frères. Demandons à la Vierge, la grâce d’accueillir, comme elle, la volonté divine et de nous y réfugier à chaque instant. Gardons confiance : le Seigneur est toujours actif et il nous murmure, comme à Pierre, comme à Élie : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus jamais peur ! »

Abbé Vincent Jemine, Hurtebise le 9 août 26

samedi 8 août 2026

Liturgie 18e samedi TO-II Matthieu 17, 14-20 ; Habacuc 1, 12-2,4

Ouverture

Bonjour, nous voici en Eglise pour célébrer notre Dieu, pour l’écouter, pour partager sa vie. Prenons le temps de réaliser pourquoi nous sommes ici. Prenons le temps d’être avec Lui comme Lui est avec nous ! prenons le temps chacune au plus profond de lui parler, avec cette même simplicité du prophète : Seigneur, depuis les temps anciens, n’es-tu pas mon Dieu, mon Saint, toi qui es immortel ? tes yeux sont trop purs pour voir le mal, tu ne peux supporter la vue de l’oppression. Alors pourquoi regardes-tu ces perfides, pourquoi restes-tu silencieux quand le méchant engloutit l’homme juste ? et nous poursuivrons avec le psalmiste : ils s’appuieront sur toi, ceux qui connaissent ton nom, jamais tu n’abandonnes, Seigneur, ceux qui te cherchent... Tu as vu, tu regardes le mal et la souffrance, tu les prends dans ta main ; sur toi repose le faible, c’est toi qui viens en aide à l’orphelin.  Tu entends Seigneur, le désir des pauvres, tu rassures leur cœur, tu les écoutes.

Descendons dans notre cœur pour vivre avec notre Dieu cette liturgie.

 

Après l’évangile

Voici un récit qui flaire bon le parfum de la compassion de notre Dieu. Jésus a souci de cet enfant, et du désarroi de son père. Mais ce récit transpire la tristesse de Jésus face à nous… son espérance un brin déçue peut-être…

Nous voyons Jésus attentif à la souffrance qui lui est présentée… le tout est de lui présenter ! et pour cela d’avoir une foi vivante et confiante. Nous voyons Jésus éprouvant un brin de lassitude : Génération incrédule et dévoyée, combien de temps devrai-je rester avec vous ? combien de temps devrai-je vous supporter ?

Certains exégètes ont essayé de faire un tri dans les paroles qui sont placées sur les lèvres de Jésus : celles que Jésus aurait vraiment dites, et celles que la première communauté lui aurait attribuées. Il me semble que jamais la première communauté n’aurait osé attribuer une telle parole de lassitude à Jésus et qu’il est fort probable que Jésus l’ait réellement prononcée. Puis-je être à l’écoute de cette peine de Jésus, suis-je prête à y remédier ? Jésus, Dieu notre Père avec Lui, souffre de notre incrédulité, de notre façon d’appréhender le réel, sans foi.

Et on dit : ben, je crois quand même un peu… ma foi est minuscule. Même pas comme un grain de moutarde, d’accord, elle est faible, petite, fragile, mais je ne suis pas sans foi…

Et on se trompe peut-être sur la quête de Jésus, est-ce vraiment la faible quantité de foi que nous avons qu’il nous reproche ? de nombreuses traductions disent : si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde… alors on se met à évaluer, soupeser notre foi… mais regardez le texte grec, et dites-moi où vous trouvez cette expression ? le texte grec dit : si vous aviez de la foi, comme un grain de sénevé…. Pas gros comme un grain de sénevé, mais comme un grain de sénevé. Alors Jésus est-il occupé à soupeser notre foi ? ou à en voir la fécondité ? en mesure-t-il le tour de taille ? ou en regarde-t-il la vitalité ? si ta foi est comme un grain de sénevé, cela veut dire qu’elle porte en elle une force de vie, une puissance de vie, aussi petite soit-elle. Et cette puissance de vie te permettra de poser les gestes que Jésus lui-même a posé. Cette foi qui est une confiance, t’unit par le plus intime à Dieu, et alors tu peux devenir instrument du salut de Dieu, car tu es branché sur ta source. Si ta foi est union profonde à celui qui t’a créé, appelé, qui t’a partagé sa vie, alors tu peux à ton tour transmettre cette vie, la partager à ceux et celles que tu croises sur ton chemin.

Demandons au Seigneur, une telle foi, forte, puissante, vivante comme un grain de sénevé. Une foi qui nous donne de rayonner de la vie de Jésus. Et alors nous pourrons secourir ceux qui nous appellent à l’aide.

 

Introduction au Notre Père

avec Jésus qui nous a confié, partagé sa relation au Père, nous osons dire :

 

Prière de conclusion

Père, toi qui nous as donné ta vie en partage, toi qui nous reconnais pour tes enfants, vois nos cœurs, nous les ouvrons devant toi, déposes-y une graine de foi, de foi vivante, que nous puissions transmettre ta vie. Et que de proche en proche, ton royaume se répande sur notre terre. Nous te le demandons par Jésus Christ, ton fils…

Sr Myrèse le 8 août 2020

vendredi 7 août 2026

Liturgie de la Parole 18e vendredi TO-II Matthieu 16, 24-28 ; Nahum 2, 1…21 ; Deutéronome 32, 35…41

Introduction

Dans le cantique du Deutéronome qui remplace aujourd’hui le psaume graduel, nous lisons ceci :

« C’est moi et moi seul, pas d’autre dieu que moi ; c’est moi qui fait mourir et vivre : si j’ai frappé, c’est moi qui guéris et personne ne délivre de ma main ». Et un peu plus loin : « je tournerai la vengeance contre mes rivaux, je règlerai leur compte à mes adversaires ».

Ce cantique vient commenter le passage du prophète Nahum, où on observe effectivement comme une dichotomie : une promesse de fête pour Juda et de destruction pour Ninive. Alors, tout ce qui arrive, c’est l’œuvre de Dieu ?

On entend parfois dire que la pandémie du covid est une punition de la part de Dieu. Et les explosions de Beyrouth, c’est aussi la volonté de Dieu ? Mais quel Dieu !?

Le livre de Nahum (dont nous lisons aujourd’hui le seul extrait prévu pour la liturgie) commence par cette présentation de Dieu : « un Dieu jaloux et vengeur, tel est le Seigneur. […] Le Seigneur est lent à la colère et sa puissance est grande, mais il ne laisse absolument rien impuni, lui, le Seigneur ».

Il faut signaler qu’il y a ici un magnifique jeu de mots en hébreu : « jaloux et vengeur » se dit : el qanum venaqum adonai. Les mêmes lettres, dans un ordre inversé, donnent qanum (jaloux) et naqum (vengeur). Le nom de Nahum, quant à lui, signifie « consolation ». L’ensemble de ce livre est d’un très bon niveau poétique et littéraire, comme nous l’entendrons aujourd’hui dans le passage qui décrit la destruction de Ninive. Mais il ne suffit pas de savoir bien écrire : encore faut-il avoir quelque chose à dire ! Et quelque chose qui soit une bonne nouvelle !

Prêtons l’oreille, tout en chantant les psaumes, à cette bonne nouvelle qui semble plutôt déroutante…

 

Commentaire après l’évangile.

Le message du prophète Nahum a des accents de vengeance qui semblent à l’opposé de la Bonne Nouvelle. Pourtant, les paroles de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui ne sont pas plus faciles ! « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même… » (littéralement : qu’il se renie lui-même !) L’interprétation traditionnelle de ce verset invite à voir combien la suivance de Jésus implique des renoncements. Et cela, nous le savons tous d’expérience. Nous avons aussi, heureusement, que ce choix nous conduit sur un chemin de vraie liberté intérieure, ce que saint Benoît nous invite à faire quand il dit que le moine doit « renoncer à sa volonté propre ».

Il ne s’agit pas de remettre en question cette interprétation traditionnelle, mais il faut quand même reconnaître qu’elle a pu donner lieu à des excès et que si beaucoup de personnes, aujourd’hui, la contestent, ce n’est pas sans raison. Le renoncement à soi peut mener à l’épuisement de soi dans une générosité qui se déconnecte de sa propre source.

Que faut-il renier ? À quoi faut-il renoncer ?

Pour mieux comprendre, il faut peut-être replacer ce verset dans le contexte qui précède : la confession de Pierre à Césarée de Philippe, la première annonce de la passion, la réaction offusquée de Pierre et la réponse brutale de Jésus : « passe derrière moi, Satan ! ». « Derrière Jésus », c’est la place de Satan. Et tout de suite après, Jésus dit : « si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce… ». Il faut renoncer à marcher derrière Jésus… pour marcher à côté de Jésus, car c’est cela qu’il dit après (et qui a été mal traduit par la version liturgique) : « qu’il prenne sa croix et qu’il marche avec moi, qu’il m’accompagne ».

Il dit ensuite : « celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi (et cette incise est importante !) la trouvera. « 

Dans cette formule contrastée, je ne vois pas une opposition, mais un enchaînement. On voudrait tous sauver sa vie (le mot vie est ici psychè, âme, c’est-dire principe de vie), mais il n’est pas en notre pouvoir de la sauver. On finit toujours par la perdre, car elle ne nous appartient pas. Mais on peut la perdre « à cause de Jésus », c’est-à-dire en le suivant de près, en l’accompagnant. Et alors, on la trouve (et non « on la garde », comme dit la traduction liturgique). On trouve la vraie vie, le principe profond de vie qui nous anime, le soi profond (à l’opposé du moi superficiel).

Revenons à notre phrase du Deutéronome, du début : « le Seigneur fait mourir et vivre ». Oui, c’est une bonne nouvelle. Il y a quelque chose en nous qui doit mourir, qui meurt de toute façon, et c’est aussi un don de Dieu. Ce chemin – pas évident – nous fait trouver la vraie vie.

 

Prière de conclusion

Seigneur Dieu, ton amour pour l’humanité est un amour jaloux, un amour fou. C’est toi, le premier, qui souffre de nos blessures. Regarde notre monde où tant de pauvres crient vers toi sans trouver de consolation. Répare les brèches, relève les murs. Permets-nous de marcher aux côtés de ton Fils et de porter nos croix de façon juste, afin de trouver dans le don de sa vie la force de donner la nôtre et de trouver ainsi la vraie vie, celle qui s’enracine en toi.

Sr Marie-Raphaël le 7 août 2020

jeudi 6 août 2026

Liturgie de la Parole 6 août transfiguration du Seigneur A, Matthieu 17, 1-9 ; 2Pierre 1, 16-19

 Homélie

Hier, nous faisions mémoire
de la dédicace de la basilique Sainte-Marie-Majeure.

En 366, la Vierge Marie apparaissait au pape Libère et à un riche couple
pour demander la construction d’une basilique à Rome.

Elle indique l’emplacement en y faisant tomber la neige le 5 août.

Aujourd’hui, 6 août, c’est un peu comme un voile de neige,
qui a été répandu sur celle qui s’appelle désormais Marie-Ephrem
et je peux affirmer sans crainte de me tromper, Marie-Ephrem,
que le Vierge Marie souhaite que ton cœur, ta vie et tout ton être
   soit un sanctuaire tout neuf entièrement dédicacé à la Trinité.

Nous menons une vie singulièrement ordinaire.

D’ailleurs, pour la plupart de ses contemporains,
Jésus était un homme au final assez commun,
lui qui marchait sur les routes poussiéreuses de Galilée.

Puis un jour précis, cette normalité a volé en éclat
d’une manière tellement majestueuse et même… effroyable
— nous dit saint Matthieu —
que l’enveloppe du quotidien s’est déchirée
pour laisser place à une lumière totalement insoutenable :
son visage et ses vêtements rayonnent d’une clarté
   qui n’appartient pas à la physique de notre monde.

Puis la scène gagne encore en intensité :
   Jésus est rejoint par deux monuments de l’Ancien Testament.

Ils discutent ensemble comme si le temps n’existait plus.

La théologie orientale, surtout avec saint Jean Damascène,
et plus tard Benoît XVI insistent sur un point crucial :
il n’y a pas de changement de nature chez Jésus :
il ne devient pas divin par magie sur la montagne,
ce n’est pas une mutation, mais une révélation.

L’éclat de celui qui est Lumière née de la Lumière
perce soudain l’enveloppe de sa nature humaine.

C’est par un excès d’amour pour nous
que Jésus s’est voilé sous son humanité
afin de pouvoir entrer en contact avec chacun d’entre nous.

Si Jésus n’avait pas caché sa Divinité,
l’éclat de sa Majesté infinie aurait provoqué une peur paralysante
comme on le voit aujourd’hui avec les disciples.

Par contre, en se montrant comme un petit enfant ou un homme ordinaire,
Jésus créé un climat de confiance et de fraternité,
permettant à l’âme d’être avec Lui
comme on prend le plus charmant des bébés dans les bras
   voire contre son cœur.

Cette théophanie n’est pas seulement centrée sur le Christ,
elle est trinitaire.

On a la voix du Père depuis la nuée,
le Fils qui est transfiguré
et la nuée qui symbolise l’Esprit saint.

Cela porte un nom savant : c’est l’obombration
formé du latin umbra, l’ombre
obombration signifie littéralement
“l’acte de couvrir de son ombre”.

Nous pensons bien sûr à l’action de l’Esprit Saint
venant sur la Vierge Marie lors de l’Annonciation :
   « Le Saint-Esprit viendra sur toi,
               et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre »[1].

Cette “ombre” divine n’est en rien synonyme d’obscurité,
mais bien plutôt présence protectrice.

Pensons à l’importance de trouver de l’ombre quand on est en plein soleil !

Mais il y a un détail qui change tout.

Les fameux “six jours après”.

Qu’est-ce qui a bien pu se passer six jours avant
pour que ce timing mérite d’être mentionné par notre saint évangéliste ?

Eh bien, six jours avant, Jésus a brisé toutes les illusions de ses disciples.

Pierre venait de le reconnaître comme Messie,
mais Jésus leur annonce qu’il va monter à Jérusalem,
souffrir et être mis à mort. Quel choc !

À eux qui attendaient un roi guerrier pour virer les Romains
et on leur annonce un condamné à mort.

Pierre s’y oppose farouchement. Jésus le recadre direct.

En venant racheter l’homme,
le Fils s’est incarné dans une “chair mortelle”
pour descendre dans l’abîme des misères humaines
   afin de les guérir de l’intérieur.

C’est à travers l’humanité du Christ
que l’âme peut contempler les reflets de la Divinité sans être aveuglée,
et y laver ses péchés pour s’orner de la ressemblance divine.

L’humanité du Christ a été nécessaire pour unir à nouveau Dieu et l’homme, car sans le Verbe fait chair,
il n’y aurait pas eu de moyen de communication entre l’Infini et le fini.

Depuis le péché des origines,
l’homme a perdu la capacité de voir Dieu
   directement dans sa propre chair.

Les âmes sont devenues comme des “illettrées” du langage céleste,
c’est pourquoi, Jésus a dû utiliser le voile
de son humanité et un langage fait de paraboles humaines
pour enseigner le b.a.-ba du salut.

Voiler sa gloire permet à Dieu d’opérer ses plus grandes œuvres
dans le secret et l’ordinaire.

En se cachant sous des formes modestes
comme la vie à Nazareth ou dans l’Hostie,
le Fils évite d’imposer sa présence par la force
en laissant la créature libre de Le chercher et de L’aimer.

Puis il y a eu le projet de camping proposé par Pierre.

Il veut construire des abris matériels pour s’installer dans le divin.

Saint Augustin lui répond :
on n’a pas besoin de trois tentes
puisqu’on a déjà notre demeure véritable, le Christ lui-même.

L’injonction divine : c’est écoutez-le.

L’écoute, ce n’est pas passif.

Jésus disait juste avant,
qu’il fallait se rendre à Jérusalem et porter sa croix.

La vision fige, mais l’écoute exige de se lever.

L’engagement implique de redescendre
dans la vallée pour affronter une existence très incarnée.

Alors, sur le papier, la Transfiguration, c’est super beau.

Mais en toute honnêteté, est-ce que ça a vraiment marché ?

Ces mêmes apôtres Pierre, Jacques et Jean
qui ont vu cette lumière divine incroyable,
ce sont les mêmes qui vont s’endormir misérablement
pendant l’agonie à Gethsémani.

Et à l’arrestation, ils fuient.

Pourquoi leur offrir cette vision si elle s’effondre
à la première épreuve ?

Dom Pius Parsch, dans son Guide de l’Année liturgique
utilise une très belle expression pour expliquer cela.

Il dit que le Thabor a planté en eux un germe de gloire.

Un germe, cela a besoin de temps, sous terre, dans le noir.

C’est pour cela que Jésus leur ordonne de n’en parler à personne
avant sa résurrection.

Pendant la passion, les disciples n’ont pas la lucidité
d’utiliser cette mémoire, le combat étant trop violent.

Mais après Pâques, cette graine germe.

Leur compréhension est rétroactive.

Le souvenir remonte et communique son sens à tout le reste.

Pour conclure, je vais reprendre les cinq étapes pratiques
proposées par le Père Simon d’Artigue.

La première, c’est la mise à l’écart.

Le texte dit que Jésus les emmène à l’écart.

Arrêter le rythme et freiner, ce n’est pas fuir le monde.

C’est créer un espace d’écoute essentiel.

Et ça fait écho au voile blanc que notre chère postulante reçoit,
une forme de retrait du monde non pas pour l’abandonner
mais pour favoriser le dialogue avec notre meilleur ami.

C’est un signe d’appartenance à une communauté,
à un style de vie,
très interpellant, surtout si jeune.

Une fois cet espace créé, on passe à la deuxième étape, la montée.

Le texte précise bien que Jésus gravit la montagne.

Donc ça demande de l’effort.

La prière, ce n’est pas juste de la relaxation,
c’est un combat contre notre paresse, notre fatigue,
contre le stress généré par un emploi du temps bien chargé.

Et la troisième étape alors ? C’est l’écoute.

Aujourd’hui, on nous vend toutes sortes de méditations
comme des façons de faire le vide ou de se recentrer sur soi.

La prière chrétienne, c’est l’inverse, c’est un décentrement.

On fait silence non pas pour s’écouter soi-même,
mais pour laisser Dieu travailler, nous travailler
   avec toute sa puissance d’amour créateur.

La quatrième étape, c’est être avec Jésus seul.

Après la voix du Père, les apôtres relèvent la tête
et ne voient plus que Jésus : Moïse et Élie ont disparu.

Il s’agit de goûter la paix de Dieu,
de se laisser remplir par sa présence active.

Comme une religieuse qui devient progressivement
et spirituellement l’épouse du Christ.

L’âme contemplative console Celui
   qui en retour de son amour, reçoit essentiellement de l’ingratitude[2]
et elle participe au salut de toutes les âmes,
   par ses continuels “Je t’aime”.

La cinquième étape : on redescend de la montagne.

Chez vous, les Bénédictines, c’est le fameux ora (prie) et labora (travaille).

Chères sœurs en Christ, il n’y a pas si longtemps,
vous avez reçu vous aussi, ce voile blanc,
non pas pour quitter le monde mais pour choisir de l’aimer autrement,
en laissant le Christ faire de votre cœur un lieu dédicacé à sa présence.

Souvenons-nous du Thabor
dans le silence de la prière comme dans l’humble travail quotidien,
écoutons le Fils bien-aimé et laissons toute notre vie murmurer :
« Seigneur, il est bon que je sois ici, avec toi. »

Amen.

Abbé Vincent Jemine, Hurtebise le 6 août 26



[1] Luc 1, 35.

[2] La citation exacte, rapportée par sainte Marguerite-Marie Alacoque, est : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’amour. » Elle provient de l’Autobiographie de sainte Marguerite-Marie, § 92, à propos de l’apparition du Sacré-Cœur en 1675.

mercredi 5 août 2026

Liturgie de la Parole 18e mercredi TO-II Matthieu 15, 21-28 ; Jérémie 31, 1-7

Ouverture

Depuis deux semaines le prophète Jérémie nous a habitués, à des paroles rudes. Aujourd’hui et demain, avec le chapitre 31, le ton change : ce sont de magnifiques textes d’espérance. En préparant cette célébration, hier soir, j’ai eu un choc. Après Vêpres, je prenais le temps de méditer cet extrait de Jérémie et je me disais : que beau texte sur l’espérance ! Puis, après Complies, j’ai parcouru les pages du journal, et j’ai été interpelée par tant de très mauvaises nouvelles, qui font penser à une sorte de fin du monde. Guerre entre l’Ukraine et la Russie, menace de guerre entre le Chine et Taiwan, méga-feux et inondations mortelles aux USA, menace de grave crise énergétique en Europe, etc. Et à côté de cela, publication de magnifiques photos de la galaxie de la Roue de Chariot, loin, très loin dans l’univers, beauté infinie ! Notre vie quotidienne, avec ses monotonies, ses grandeurs et ses petitesses, se déroule au cœur d’immenses peines et d’immenses beautés. Comment tenir ? Comment se situer ? Nous prendrons le temps de réécouter Jérémie.

 

Résonances

Reprenons quelques clés que nous donne la prophétie de Jérémie :

Le 1er verset nous resitue dans l‘alliance : Dieu ne l’a jamais reniée, cette alliance, et il nous la rappelle : je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël et elles seront mon peuple. Dieu attend une réciprocité.

Le verset 2 nous dit : Israël est en route vers Celui qui le fait reposer. Et pas « Israël est en route vers son repos ». On est en route vers quelqu’un, pas vers quelque chose, pas vers un état passif, mais vers une rencontre.

Au verset 3, Dieu nous dit par la bouche du prophète : « je t’aime d’un amour éternel, je te garde ma fidélité ». Si nous pouvons appuyer nos vies sur le socle de cette certitude intime, quelle force !

Les versets 4 et 5 répètent trois fois un tout petit adverbe monosyllabique qui veut dire « de nouveau ». Cet adverbe est le secret de la résilience. De nouveau, tu seras rebâtie, de nouveau, tu danseras, de nouveau tu planteras des vignes… C’est tout l’espoir de Dieu ! Il y a toujours moyen de recommencer.

Le verset 7 est étonnant parce que, si on le lit bien, on comprend que c’est Dieu lui-même qui nous dit comment nous devons prier, par quels mots nous devons nous adresser à lui : car ainsi parle le Seigneur : poussez des cris de joie pour Jacob, acclamez la première des nations, faites résonner vos louanges et criez tous : « Seigneur, sauve ton peuple, le reste d’Israël ! »

Dieu nous fait comprendre que, par ces paroles, nous lui adressons une prière qui lui plaît, une prière qui est à la fois louange et supplication. « Sauve-nous ! ». Cette prière se prolonge dans le cri de la femme Cananéenne qui ne se laisse pas décourager par les réticences de Jésus : « viens à mon secours ! ». Que son audace nous inspire à maintenir vive la flamme de l’espérance.

 

Prière.

Seigneur, donne-nous la constance des veilleurs d’Israël, donne-nous l’audace de la Cananéenne, pour t’adresser la prière que tu mets toi-même sur nos lèvres, le cri qui ouvrira la brèche de ton salut pour nous-mêmes et pour le monde dans lequel nous vivons. Sauve-nous, par Jésus Christ, ton fils, notre Seigneur !

Sœur Marie-Raphaël le 3 août 22