mercredi 7 octobre 2026

 

Liturgie 27e mercredi TO-II Luc 11,1-4

Un peu d'air...

Photo: Sahara de Lommel, Belgique, Sept.2024

 Introduction

La prière que Jésus apprend à ses disciples, telle que Luc nous la rapporte dans l’évangile du jour, n’est pas tout à fait celle que nous récitons chaque jour. Je vous invite à l’écouter/ la lire attentivement. Elle est beaucoup plus courte. L’entendre sous cette forme « un peu différente » peut nous donner d’y réfléchir davantage. Je trouve même que cela peut raviver nos esprits.

 

Commentaire

J’aime bien cette prière proposée par Luc. Elle me donne un peu d’air... Je vous explique pourquoi.

 1.« Père ». Luc commence par « Père » et pas par « Notre Père qui es aux cieux ». Quelle entrée en matière : « Père ». Une proximité directe, avec un interlocuteur proche, accessible. Une relation intime « one to one » se crée immédiatement.

 « Père, Que ton nom soit sanctifié, Que ton règne vienne ».

Cela me rappelle mes cours de langue et de culture du Proche & Moyen Orient, et aussi un de mes séjours dans le désert du Sinaï. Nous étions emmenés par le fils d’un nomade qui nous a conduit à sa famille. Il salue son père et commence une longue série de phrases échangées dans une succession qui semble bien établie. Une cérémonie surprenante dans ce lieu totalement perdu. Ils multiplient les formules de politesse, les bénédictions, les vœux de paix, puis les questions sur la santé, la famille, la situation personnelle, en marquant un intérêt sincère pour l’autre. Plus cela dure, et plus on marque le respect pour celui à qui on s’adresse.

 C'est la tradition de chesed : bonté et bienveillance. C'est aussi du temps donné à la rencontre. On est loin d’un « bonjour », « salut », « Ave » lancé à la volée…

 Père. Je te salue. Je te bénis. Que tu sois. Paix sur toi et ta famille. Comment allez-vous ?

 2.La deuxième raison pour laquelle j’aime bien cette version de la prière, c’est sa simplicité, son inscription dans la tradition juive et dans la vie-même de Jésus, rabbi, juif. Jésus en a récité les paroles lui-même bien des fois : les paroles du Kaddisch avec ses thèmes de sanctification du nom de Dieu et de l’avènement de son règne, la bénédiction de l’Amidah (ou Shemoneh Esrei, avec les 18 bénédictions) et ses demandes de pardon et de protection contre les tentations, la bénédiction du Birkat Hamazon après les repas (« Que l’Éternel, notre Dieu, nous donne en abondance de la subsistance et de la nourriture chaque jour, et qu'il nous envoie les bénédictions célestes »).  

 Le contenu de la prière que Jésus propose résonne avec les thèmes juifs bien connus des disciples. Elle reprend les enseignements du Christ : le nom de Dieu est saint, Dieu est confiance et on peut avoir confiance, Dieu est pardon et on peut pardonner, Dieu peut protéger contre la tentation et on peut résister…

 La version de Matthieu est plus développée, structurée, avec des accents théologiques chrétiens : « Notre Père qui est aux cieux », « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », « Délivre-nous du mal ». On ne trouve pas ça dans Luc. La prière que nous récitons est bien adaptée à une dimension communautaire : « Notre Père ».

 3.Enfin, la 3e raison pour laquelle j’aime bien cette prière c’est qu’elle m’aide à redonner du sens (de la fraîcheur ?) aux demandes qui suivent les bénédictions :

    1. « Donne-nous le pain dont nous avons besoin chaque jour » (Luc) versus « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » (Mattieu). Le pain dont nous avons besoin chaque jour - ce n’est pas une demande pour avoir aujourd’hui le pain du jour… C’est un remerciement pour le pain donné aujourd’hui (cfr. supra).
    2. « Pardonne-nous nos péchés car nous-mêmes nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous » (Luc) versus « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » (Matthieu).

i.Péché, offense : ce ne sont pas les mêmes mots en français ; en grec non plus. Le « péché », c’est un acte contre Dieu, un tort envers Dieu. L’« offense », c’est une faute morale envers Dieu. Nuance !

ii.« Car nous pardonnons » (Luc) versus « Comme nous pardonnons » (Matthieu) - en anglais : « for we also forgive » vs « as we have also forgiven » 

Car : parce que. Dans Luc, on demande à Dieu de pardonner parce que nous pardonnons. Le pardon est en cours et cela soutient notre demande à Dieu. C’est là, maintenant que cela se passe, en parallèle.

Comme… « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons » (Matthieu). Dans le texte grec, le verbe est au passé « comme nous avons pardonné à ceux qui nous ont offensés ». Nous avons déjà pardonné et nous demandons de Dieu de nous pardonner de la même manière. Le pardon humain est accompli et c’est cette condition remplie qui sert de modèle pour le pardon divin. Similitude stricte.

    1. Les nuances sont subtiles, mais elles remettent toutes deux en lumière que le pardon humain et divin sont liés…. Perso, j’aime bien l’approche spirituelle plus ouverte de Luc, plus spontanée et personnelle…
    2. « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». Luc demande une aide, une sorte de support, de guidance divine. Il n’ajoute pas « et délivre-nous du mal ». Dans Matthieu, avec cela, je sens exprimée la vulnérabilité humaine et la nécessité d’une protection divine sur laquelle on s’appuie ; dans Luc je sens exprimée une responsabilité personnelle dans la vie spirituelle, une invitation à rester vigilant et à prendre des mesures pour éviter le péché avec l’aide de Dieu. J’aime bien ! Mais par expérience, nous savons que c’est un mix des deux : acceptation de la vulnérabilité et responsabilité personnelle.

Nous voilà déjà à la fin de la prière. Pas de Amen, de puissance et de gloire.

Retenez que cette prière apprise par Jésus à ses disciples, telle que rapportée par Luc, est une mise en relation personnelle avec Dieu, qui est accessible et bienveillant. C'est une prière de juif mais aussi une prière de chrétien lucide et responsable. Une prière à dire, une prière à relire de temps en temps...

NB : Je n’ai rien contre la version de Matthieu, hein ! 😉😇🙏

Isabelle le 7 octobre 24

mardi 6 octobre 2026

Liturgie 27e mardi TO-II Luc 10, 38-42

Ouverture

C’est une belle scène de la vie de Jésus que nous allons contempler aujourd’hui. Jésus, en chemin avec ses disciples, entre chez Marthe pour partager un repas.

Une scène ordinaire, toute simple. Marthe prépare le repas et, dans le récit, Marie sa sœur s’est assise aux pieds de Jésus et écoute sa Parole. Elle semble faire partie du décor. Marthe ne parle pas à sa sœur et Jésus s’adresse uniquement à Marthe. Je ne peux m’empêcher en voyant cette scène de penser à cette merveilleuse Parole de l’Apocalypse : Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un écoute ma voix ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je dînerai avec lui et lui avec moi. (Apocalypse.3,20) Ainsi le Seigneur se tient à la porte de notre cœur et désire partager un repas avec chacun de nous, être accueilli en nous.

Et nous, n’avons-nous pas au fond du cœur le désir d’accueillir Jésus, de le recevoir, de le laisser être et demeurer en nous ? En commençant cette célébration, demandons au Seigneur d’ouvrir la porte de notre cœur, demandons-lui la lumière de son Esprit pour nous laisser vivifier, transformer par sa Parole

 

Après l’évangile

La rencontre de Marthe avec Jésus est une rencontre de désir. Jésus est entré chez Marthe par la porte de son cœur. Marthe est magnifique dans son désir d’accueillir le Seigneur, de le servir, d’être aux petits soins, de lui donner la première place. Ce qui la contrarie, c’est de voir Marie aux pieds de Jésus, qui écoute sa Parole, la laissant seule au service. Jésus connaît le cœur de l’homme, cette tendance à regarder à l’extérieur, à regarder ce que l’autre reçoit et qui éveille en nous une pointe de jalousie. Dans notre cheminement spirituel nous perdons parfois ce regard intérieur qui nous met en lien profond avec ce qui fait notre unité, avec ce qui nous est donné. Quand Jésus s’adresse à Marthe : Marthe, Marthe, tu te soucies et tu t’agites pour beaucoup de choses, pourtant il en faut peu, une seule même… il le fait avec tendresse et amour, avec beaucoup d’amour. Il connaît le cœur de Marthe. Il connaît son désir profond de vivre cette rencontre avec Lui. Il sait combien son agitation peut être source de division, de tension. Il l’aime avec sa fragilité, son énervement, son regard assombri. Marie n’est pas si éloignée de Marthe, elle est le reflet de cette intériorité, disponibilité à la Parole, et si Marthe est au service du Seigneur c’est qu’elle a déjà entendu la Parole…et la met en pratique. Jésus avec Marthe comme avec chacun d’entre nous ne cherche pas à attiser la jalousie ou à valoriser Marie. Il regarde et aime Marthe en femme unifiée, pacifiée, reliée à cette Parole qui la met debout pour être à son service et sans doute à celui de ses disciples. Il la regarde dans sa beauté, sa force intérieure. Quand il lui parle de cette part que Marie a choisie et qui ne lui sera pas enlevée, il invite Marthe à rejoindre ce lieu de profondeur où elle peut à nouveau entendre : « la Parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche, et dans ton cœur pour que tu la mettes en pratique » (Deutéronome 30, 14). Marthe a pu repartir apaisée, réconfortée, avec un cœur renouvelé. A Marthe comme à chacun d’entre nous cette part ne sera jamais enlevée.

Prenons le temps de reconnaître dans le silence de nos cœurs la voix de Celui qui nous invite à nous laisser aimer.

 

Introduction au Notre Père

Ensemble, frères et sœurs, prions notre Père qui nous aime chacun d’un même amour : …

 

Prière de conclusion

Seigneur, tu nous invites à enraciner notre vie à la source de ton amour, à l’écoute de ta Parole. Viens purifier nos pensées, dissiper nos ténèbres et nos agitations. Viens demeurer en nous. Que par la grâce de ton Esprit notre humble travail quotidien soit offrande et louange à la gloire de ton nom.

Chantal Guiot le 6 octobre 2020

lundi 5 octobre 2026

Liturgie 27e lundi TO-II Luc 10, 25-37 ; Galates 1, 6-12

Introduction

Bonjour, nous sommes rassemblés autour de la Parole pour l’écouter et nous en nourrir, pour la laisser nous transformer à la ressemblance du Seigneur.

Saint Paul dans la lettre aux Galates défend l’Évangile du Christ. Pourquoi ? « Frères, je tiens à ce que vous le sachiez, l’Évangile que j’ai proclamé n’est pas une invention humaine. »

Cet Évangile, le verset de l’Alléluia le résume bien « Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »

Quelle invitation ! Que le Seigneur vienne lui-même la réaliser en nous.

Prions-le avec confiance par le chant des psaumes.

 

Méditation

Regardons ensemble cet évangile bien connu. Le scribe vient mettre Jésus à l’épreuve, ce qui n’est pas forcément négatif, les rabbins dialoguaient, et peut-être le font-ils encore aujourd’hui, je ne sais, sur le mode des questions et réponses, comme chez les pères du désert où un moine venait voir un ancien pour lui poser LA question « Abba, dis-moi une parole de vie ».

 

Ce scribe nous ressemble « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Faire et avoir ! Je raisonne souvent ainsi.

Mais ne s’agirait-il pas plutôt d’être et de recevoir ? Changer la perspective, changer mon regard, finalement me convertir, serait plus juste, plus ajusté à « l’Évangile reçu… par révélation de Jésus Christ » (Galates)

 

Et oui, non pas « avoir en héritage » mais recevoir ! D’ailleurs un héritage se reçoit et seuls les enfants héritent, ou ceux qui sont si proches qu’ils sont assimilés à des enfants par le donateur.

Comment être enfant de Dieu, voilà la grande question de notre vie chrétienne.

 

Et Jésus répond par une autre question : « Comment lis-tu ? » Comment comprends-tu ce que tu lis ? Comment le vis-tu ?

Luc est le seul évangile où c’est le scribe qui fait le rapprochement entre les deux commandements et non Jésus.

Jésus le reconnaît et l’invite à le faire pour vivre : « Fais ainsi et tu vivras ». Telle est la réponse de Jésus ! Le scribe avait demandé que dois-je faire, il a trouvé en lui-même la réponse ! Qu’il la vive pour vivre.

 

Le scribe veut aller plus loin, il veut se justifier, se montrer à lui-même qu’il vit dans la justice, qu’il est ajusté aux commandements

Or le prochain dans la mentalité d’alors, et souvent dans la nôtre, c’est celui qui est proche de nous, notre frère de race et de religion !

Et c’est là que Jésus ouvre une perspective que nous n’avons pas finie de creuser et surtout de vivre : non pas qui est ton prochain, mais de qui t’es-tu fait proche ?

Cela change tout. Au fond c’est ce qu’a fait Dieu, pardon, ce qu’il ne cesse de faire : c’est lui qui se fait proche, qui vient à nous, qui est le premier à faire la route, qui vient nous chercher pour nous conduire à lui.

Il ne suffit pas de le savoir en théorie ! Il faut le vivre à notre tour : prends soin de lui ! C’est ce qu’a fait le samaritain et ce qu’il invite l’aubergiste, celui qui l’accueille chez lui, en lui, à faire.

 

Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui.

 

Le samaritain était en route, comme Jésus (Luc note 17 fois le mot « route « les autres évangélistes au plus 4 fois) ; et remarquons le nombre de verbes pour décrire l’arrivée et l’action du samaritain : 10 verbes !

Les pères de l’Église ont reconnu dans ce bon samaritain, Jésus lui-même venant au secours de l’homme blessé par le péché, chaque homme qu’il voit, pour lequel il est saisi de compassion, dont il prend soin comme si lui seul existait !

Et Jésus ne peut que dire à celui qui l’a interrogé pour recevoir une parole de vie : « Va, et toi aussi, fais de même. ».

Va, fais-route sans cesse, et toi, fais sans cesse semblablement. Quelle belle invitation pour marcher sur le chemin de l’Évangile ! Nous comprenons que Paul ne veut pas que les Galates passent à un Évangile différent !

 

Seigneur, pardonne mes indifférences et les fois où je passe à côté de mon frère, de ma sœur, où je ne sais pas me faire proche.

Que ton Esprit m’aide à vivre cet évangile aujourd’hui et chaque jour, sans cesse.

 

Invitation au Notre Père

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » :  Que l’Esprit d’amour et de vie vienne en nous et nous aide à vivre en vérité ta prière, Seigneur… Notre Père

 

Oraison de conclusion

Dieu de vie et de bonté, regarde-nous, regarde tous ceux qui cherchent le chemin de la vie. Accorde-nous la grâce de ne jamais passer de l’autre côté, quand, au détour du chemin, tu nous fais rencontrer une personne meurtrie par la vie.

Toi dont le Fils est venu partager notre vie, nos peines et nos joies, donne-nous de marcher avec Lui dans la voie de l’amour et de laisser notre cœur être touché de compassion. Lui qui avec toi prends soin de nous et nous donne en héritage ta vie dans l’Esprit dès maintenant et pour toujours.

Sr Marie-Christine le 5 octobre 2020

dimanche 4 octobre 2026

Liturgie de la Parole 27e dimanche A Matthieu 21, 33-43 ; Isaïe 5, 1-7 ; Philippiens 4, 6-9 800 ans de la mort de St François

Homélie

Il y a une différence assez simple entre être propriétaire et être responsable. Quand quelque chose nous appartient, nous pouvons parfois nous dire : « J’en fais ce que je veux. » Mais quand quelqu’un nous confie quelque chose, notre première question devient plutôt : « Comment vais-je en prendre soin ? » C’est précisément cette différence qui traverse les lectures d’aujourd’hui.

Jésus parle d’une vigne. Le propriétaire l’a préparée avec soin : il l’a plantée, entourée, protégée, équipée. Puis il la confie à des vignerons. Il ne leur demande pas de l’inventer. Il leur demande de la faire fructifier. Et le drame commence lorsqu’ils oublient une chose essentielle : la vigne ne leur appartient pas.

Cette parabole parle évidemment d’Israël et de son histoire avec Dieu. Mais elle parle aussi de nous. Car qu’est-ce qui nous appartient vraiment ? Notre vie ? Nous ne nous sommes pas donnés la vie. Nos enfants ? Ils nous sont confiés, mais ils ne nous appartiennent pas. Notre maison, notre travail, nos talents, notre temps ? Nous pouvons les gérer, les développer, les organiser… mais nous n’en sommes jamais les propriétaires absolus. Et il en va de même de cette terre sur laquelle nous vivons.

C’est l’un des grands accents de Laudato si’. Le pape François écrit : « Tout est lié ». Et il ajoute que la protection de la nature est « inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres » Voilà pourquoi la sauvegarde de la création n’est pas une question marginale pour un chrétien. Elle touche à notre manière de comprendre le don de Dieu. Si la terre est un don, elle n’est pas une réserve dans laquelle nous pouvons simplement nous servir. Si elle est une maison commune, alors nous avons des devoirs envers ceux qui y vivent aujourd’hui, mais aussi envers ceux qui y vivront demain.

Et c’est ici que saint François d’Assise devient particulièrement lumineux. François ne regardait pas la création comme une collection de choses. Il parlait du soleil comme d’un frère, de la lune comme d’une sœur, de l’eau comme d’une sœur. Pourquoi ? Parce qu’il avait retrouvé quelque chose que nous perdons facilement : le regard émerveillé de celui qui reçoit au lieu de celui qui possède.

Le pape François écrit dans Laudato si’ que saint François « vivait avec simplicité et dans une merveilleuse harmonie avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec lui-même ». Et il ajoute que, chez lui, « la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure » sont inséparables.

 C’est important. Saint François n’est pas seulement le saint des petits oiseaux et des paysages bucoliques ! Il est le saint d’une fraternité qui embrasse Dieu, les hommes et toute la création. Car Jésus nous oblige à aller encore plus loin. Les vignerons maltraitent les serviteurs et finalement le fils. Quand on oublie que le monde est un don, on finit facilement par considérer aussi les autres comme des choses utilisables. C’est pourquoi François nous apprend une conversion du regard : ne plus dire seulement « c’est à moi », mais « cela m’est confié ».

 Et cela vaut pour la planète comme pour une personne âgée, pour un enfant, pour un conjoint, pour un collègue, pour un pauvre, pour celui qui nous dérange. La vigne de Dieu, c’est aussi notre vie. Et Dieu nous demandera un jour non pas combien nous avons possédé, accumulé ou contrôlé, mais quel fruit nous avons fait porter à ce qui nous avait été confié.

 Saint François nous apprend alors une belle manière de vivre : recevoir avec gratitude, utiliser avec sobriété, partager avec justice, et rendre grâce. Peut-être qu’en cette fin du mois de prière pour la sauvegarde de la création, nous pouvons simplement garder cette question dans notre cœur : Seigneur, qu’as-tu placé entre mes mains ? Et quel fruit attends-tu de moi ?

 Car nous ne sommes pas propriétaires de la vigne. Nous en sommes les gardiens.

Pierre Hannosset le 4 octobre 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/10/27eme-dimanche-du-temps-de-leglise.html

Liturgie de la Parole 27e dimanche A Matthieu 21, 33-43 ; Isaïe 5, 1-7 ; Philippiens 4, 6-9

Homélie

Frères et sœurs,

Manifestement, Jésus connaît bien son petit Isaïe : une vigne, un pressoir, une tour de garde, le début de la parabole reprend exactement les mêmes éléments que le début du chant du bien-aimé à sa Vigne chez Isaïe. Et les grands-prêtres et les anciens du peuple auxquels Jésus s’adresse ont la référence eux aussi. Ils savent que l’image de la vigne et ce que le maître de la vigne f         ait à sa vigne a pour but de faire comprendre pourquoi le peuple d’Israël se retrouve en exil à Babylone, temple détruit, loin de leur pays, en terre étrangère.

Le maître a pris soin de sa vigne, comme le Seigneur de l’univers a pris soin de son peuple Israël, il y a mis toute son énergie et tout son cœur. Et voilà que cette vigne donne de mauvais fruits malgré tous les soins qui lui ont été consacrés. Alors, le maître, déçu, change d’attitude. Au lieu de prendre soin, il abandonne et retire sa protection à sa vigne, en sorte que les animaux sauvages y viennent, la piétinent et le dévorent et qu’il ne reste à la place que pente désolée, couverte d’épines et de ronces. Image de ce que le prophète a vu se produire pour Jérusalem et Israël et tentative de comprendre comment tout cela, destruction et exil, a pu se passer.

Voilà ce que les grands-prêtres ont en tête quand Jésus commence sa parabole. Mais, Jésus, très vite, change les termes de l’histoire. Le point crucial n’est plus la qualité des fruits produits par la vigne, bons ou mauvais, mais le comportement des vignerons qui doivent prendre soin de la vigne et à qui le maître, le propriétaire, a confié son exploitation.

Difficile pour les grands-prêtres de ne pas se sentir visés, eux qui ont la charge d’être les porte-parole et les intermédiaires de Dieu pour leur peuple, eux à qui est confié le soin du peuple d’Israël de la part de Dieu, le soin de la vigne de Dieu de la part de son propriétaire.

Et que se passe-t-il ? Dans la parabole, le maître envoie des serviteurs pour recevoir les fruits de la vigne et ils sont tués, puis il en envoie d’autres, plus nombreux, qui sont aussi tués, puis enfin, il envoie son fils lui-même, en personne, qui subit le même sort. Que va faire le maître ?

Remarquez que Jésus ne répond pas lui-même à cette question. Il la pose à ses interlocuteurs, aux grands-prêtres à qui il parle, et c’est eux qui répondent : « les misérables, il les fera périr misérablement, et il louera sa vigne à d’autres vignerons ».

Est-ce là le dernier mot de l’histoire ? Jésus valide-t-il la réponse des grands-prêtes, ? Pas totalement. Car si, d’un côté, il leur dit, en effet, « le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits », de l’autre, dans la bouche de Jésus, pas question de faire périr misérablement quiconque. Au contraire, Jésus cite le psaume « la pierre qu’on rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle », comme pour annoncer que, dans la réalité, contrairement à la parabole, le meurtre du Fils ne sera pas le mot de la fin, et que la vigne pourra encore donner du fruit, cultivée par de bons vignerons, lorsque la pierre d’angle, le Christ, sera à sa place.

Il y a là une sorte d’avertissement et d’appel à tous ceux qui sont les vignerons d’une vigne qui leur est confiée. Vont-ils s’approprier les fruits de la vigne, vont-ils l’utiliser à leur propre profit, s’en faire les maîtres et seigneurs ? Ou vont-ils au contraire la cultiver pour que ses fruits soient rendus à qui de droit, pour que ses fruits aillent au juste destinataire ?

Si Jésus raconte cela aux prêtres et aux docteurs de la loi, c’est en espérant leur faire réaliser qu’il s’agit d’eux-mêmes, comme lorsque Nathan fait prononcer à David une parole de justice avant de lui dire : « cet homme, c’est toi » et de provoquer son repentir et sa conversion.

Si seulement les grands-prêtres s’étaient rendu compte qu’ils s’apprêtaient eux-mêmes à tuer le fils du propriétaire de la vigne qui leur était confiée, la conversion et le Royaume de Dieu leur auraient été tout proches. Hélas, ils ne l’ont pas compris. Mais heureusement, Dieu n’a pas agit avec eux, ni avec personne, selon leur propre justice. Avec la pierre rejetée, il a fait la pierre d’angle, la pierre angulaire, Jésus ressuscité, Jésus sauveur, et la vie est à nouveau possible. Et les vignerons misérables ne périssent pas misérablement mais reçoivent une nouvelle chance. Tel est le véritable maître de la vigne, tel est véritablement, notre Dieu. Amen.

Père Paul Malvaux, jésuite, Hurtebise le 4 octobre 26