Liturgie de la Parole 26e samedi TO -II Luc 10, 17-24 ; Job 42, 1…17
Introduction
Nous voici convoqués, rassemblés par le Seigneur autour
de sa Parole. Nous sommes en communion avec toute l’Eglise, répandue à travers
le monde, répandue aussi à travers les temps. Ainsi aujourd’hui, nous faisons
mémoire du bienheureux Columba Marmion, un abbé de Maredsous, qui par ses
ouvrages (le Christ vie de l’âme, le Christ idéal du moine) a contribué à
former toute une génération de moines, de prêtres, de chrétiens. Ainsi pour
célébrer et vivre notre foi, nous ne sommes pas seuls !
Souvent la liturgie nous invite avec insistance à
l’écoute ! mais aujourd’hui elle nous interroge aussi sur le regard :
Comment regardes-tu ? que regardes-tu ? souvent, nous insistons en
présentant la foi pour dire que la foi n’est pas vision, mais aujourd’hui, je
voudrais attirer votre attention sur le regard nouveau auquel nous invitent les
textes de la liturgie du jour. Job a affronté longuement Dieu, il l’a fait, dit-il,
parce qu’il ne connaissait Dieu que par ouï dire, mais maintenant il se
rétracte, car ses yeux ont vu. Le Psaume demande que le visage de Dieu
s’illumine pour son serviteur. Enfin, l’évangile va nous parler aussi de ce que
Jésus voit, de ce que les disciples voient. Alors entrons non seulement dans
l’écoute de la Parole, mais aussi dans ce qu’elle ouvre à nos regards !
Après l’évangile
Alors qu’avez-vous vu ? il est bon de demander au
Seigneur d’ouvrir nos regards, que nous puissions entrer en cette béatitude qui
achevait la proclamation de l’Evangile : Heureux les yeux qui voient ce
que vous voyez ! de quel regard s’agit-il ?
Lorsque Job se rétracte de ses paroles virulentes, contre
Dieu, il déclare en traduction Chouraqui : je t’avais entendu à ouïe
d’oreille, et maintenant mon œil t’a vu. Et Chouraqui commente : Il
n’est de pénétration que par le pouvoir de la vision contemplative. Il ne
suffit pas d’entendre le Seigneur, d’écouter sa parole, ou même de pratiquer
ses ordres. L’essentiel se situe dans le regard, la vision de l’être contemplé
face à face. Et il poursuit : Job peut se rétracter sans se renier parce que
désormais, sa vision l’a rendu à lui-même, dans la conscience pacifiée de son
néant. Désormais il accepte dans la joie de n’être que poussière et cendre. Et
n’est-ce pas cela que nous sommes appelés à vivre, chaque fois que nous nous
rassemblons pour vivre un temps de prière ? chaque fois que nous
partageons la Parole ? il s’agit de passer de la simple vue du texte, à
son écoute, pour que notre regard s’ouvre sur la profondeur. Et ce même chemin
s’illumine dans l’Evangile que nous venons de recevoir :
Tandis que les apôtres étaient en mission, Jésus voyait
Satan tomber du ciel. Non point d’une vision physique, mais bien d’une vision
toute contemplative, spirituelle. Vision contemplative, qui n’en est pas moins
réelle. Et qui le fait exulter de joie. Les apôtres racontant le succès de leur
mission, se situent à l’opposé de Job, qui a dû traverser la misère pour
parvenir à la vision juste ! à la parole juste avec Dieu. Les apôtres eux,
ont fait une expérience positive : ils ont vu le succès. Mais Jésus les
interpelle : ce n’est pas tant le succès qui doit vous réjouir, que le
fait que vos noms sont inscrits dans les cieux.
Ainsi, que l’on traverse l’épreuve comme Job, ou que l’on
traverse le succès comme les apôtres, il s’agit d’avoir le regard ajusté, un
regard contemplatif qui souvent naît dans la ténèbre, qui par-delà les
apparences découvre la profondeur : ton nom est inscrit dans les cieux,
ton nom est inscrit dans le cœur de Dieu, tu as ta place dans le cœur de Dieu.
Seul le regard intérieur peut s’ouvrir à cette réalité, Job en fait
l’expérience, Jésus en témoigne dans l’évangile. Et il exulte sous l’action de
l’Esprit, bénissant le Père, pour la révélation faite aux petits (et ce n’est
pas de la poésie, les petits ce ne sont pas des enfants joufflus, cajolés,
dorlotés… les petits ce sont les méprisés, les rejetés, les oubliés. Job vient
d’en faire l’expérience, et il recouvre une vie nouvelle, et dans son élan
nomme ses filles : Colombe (annonce de l’Esprit ?) Fleur de Cannelle
(qui entre dans la composition de l’huile d’onction du Messie, du Christ)
Cornet à fard, ou autrement dit « ombre du regard ». N’a-t-il pas
fait l’expérience d’un regard qui s’illumine dans l’ombre, dans la
petitesse ?
Oui, Jésus exulte dans l’Esprit : je te bénis Père,
toi qui révèles aux petits les mystères du Royaume. Heureux les yeux qui voient
ce que vous voyez.
Introduction au Notre Père
Seigneur Jésus, dans l’Esprit tu as exulté, découvrant la
manifestation du Royaume aux tout petits. Avec toi, nous nous tournons vers le
Père, …
Prière conclusive
Père, par la grâce de ton Esprit, tu invites notre
humanité à partager la profondeur de ta vie. Nous t’en prions, clarifie notre
regard, tourne-le vers l’intérieur, là où tu révèles ta présence, alors nous
vivrons ensemble ton évangile, pour ta joie, et celle de tous nos frères et
sœurs.
Sr Myrèse le 3 octobre 2020