mercredi 25 février 2026

Liturgie de la Parole 1er mercredi de carême Luc 11, 29-32 ; Jonas 3, 1-10

Ouverture

Que diriez-vous si quelqu’un entrait maintenant dans cette église en criant très fort : « encore quarante jours et c’est la fin du monde ! » ?
Hausser les épaules et appeler l’ambulance. Ou bien le prendre au sérieux et alors : se replier dans sa coquille, avoir peur, mourir d’angoisse avant que cela n’arrive. Ou bien aller au lit, bien au chaud (en emportant quelques provisions) et attendre. Ou bien en profiter pour faire la fête au maximum, puisque de toute façon tout est fichu ? Ou bien très vite faire le tour du monde et tout ce que vous auriez encore voulu faire avant d’y passer ?
Ou bien entrer dans une église et prier ? Ou bien vous démener auprès des personnes qui sont déjà en train de vivre une fin du monde ? Et peut-être vous dire : « on ne sait jamais, peut-être y a-t-il encore quelque chose à faire pour détourner cette fatalité ? »
Il y a aujourd’hui beaucoup de prophètes de fin du monde. On les appelle des « collapsologues ». Certains sont sans espoir. D’autres, au contraire, gardent l’espoir et c’est pour cela qu’ils clament, haut et fort, qu’il faut se convertir. 
Les textes de ce jour nous parlent du signe de Jonas. Je les ai déjà commentés l’année dernière, en regardant ce qu’ils ont à nous dire de Dieu, un Dieu surprenant, qui se révèle capable de changer d’avis, et qui est, en cela, encore plus fidèle à lui-même que s’il ne changeait pas d’avis. Aujourd’hui, je prendrai les textes à partir du point de vue des hommes. 


Résonances

Quand on regarde la réaction des Ninivites, on peut être étonné par la rapidité de leur conversion. « Aussitôt… ». Il y a parfois des grâces qui sont comme cela : des « coups de grâce ». Des prises de conscience fulgurantes. Et cela passe par l’intermédiaire d’un autre, qui parfois ne se doute de rien. Une parole de Jonas, qui est plutôt une parole de désespoir, suscite le contraire de ce que l’on pourrait attendre.
Jonas est aux Ninivites ce que le prophète Nathan était au roi David. IL vient dire une parole de la part de Dieu. Mais il s’y prend bien autrement. « Encore quarante jours et Ninive sera détruite ». Jonas est un collapsologue sans espoir. Est-ce bien cela que Dieu lui avait demandé de dire aux Ninivites ? Pas sûr. Mais ce qui est sûr, c’est que les Ninivites entendent autre chose. Ils entendent peut-être les paroles du prophète Joël que nous avons lues la semaine dernière, pour le mercredi des Cendres : Jl 2,12-14 
12 Et maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! 13 Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. 14 Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction : alors, vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu.

On pourrait résumer ces textes par la formule de Saint Benoît : « ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu. » Ou par cette formule qui dit la même chose, de manière positive : « ne vous laissez pas voler votre espérance » (pape François).
Le premier pas de l’espérance, c’est le refus de la désespérance. 
Le Ninivites ne se laissent pas voler leur espérance, parce qu’ils ne désespèrent pas de la miséricorde de Dieu. Mais ce qui se cache derrière cela, c’est encore plus beau : c’est que Dieu lui-même ne se laisse pas voler son espérance ! Parce qu’il ne désespère pas de l’homme, de sa capacité à changer. Même avec un prophète récalcitrant comme Jonas, il parvient à faire passer ce message. Pourquoi Jonas ? Dieu aurait pu trouver un prophète plus collaborant, non ? Voilà encore une énigme à résoudre : ce sera pour l’année prochaine !


Prière.

Dieu, tu nous aimes à la folie. Ta justice atteint sa plénitude dans l’excès de ta miséricorde. Béni sois-tu ! Apprends-nous à te suivre sur ce chemin de salut, convertis nos cœurs afin qu’ils reconnaissent ton passage dans nos vies. Bénis et protège tous ceux qui, aujourd’hui, dans notre monde en guerre, opposent au mal la résistance d’un cœur droit, d’un authentique repentir, d’une solidarité persévérante, tous ceux qui refusent d’entrer dans la spirale du mensonge et de la violence, suivant ainsi, peut-être sans le savoir, les traces de ton Fils bien-aimé.

Sr Marie-Raphaël 1er mars 23


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