Méditation Samedi Saint
Le temps du silence
Le « grand et saint Sabbat » est le jour qui lie le Vendredi Saint, la commémoration de la Croix, au jour de la Résurrection. Pour beaucoup, la vraie nature et le sens de ce lien, la réelle nécessité de ce jour intermédiaire, reste obscure. Pour la grande majorité de ceux qui vont à l'église, les jours « importants » de la grande semaine sont le vendredi et le dimanche, la Croix et la Résurrection. Ces deux jours, cependant, restent en quelque sorte distincts. Il y a un jour de tristesse et un jour de joie. Mais l'Église proclame que le Christ a « écrasé la mort par la mort » ; cela veut dire que, même avant la résurrection, se place un événement dans lequel la tristesse n'est pas simplement remplacée par la joie, mais elle-même transformée en joie. Le grand Samedi est précisément ce jour de transformation, le jour où la victoire germe de l'intérieur même de la défaite, lorsqu'avant la résurrection il nous est donné de contempler la mort de la mort elle-même. Et tout cela est exprimé, plus encore, réellement actualisé, chaque année, dans ce merveilleux office du matin, dans la commémoration liturgique qui devient pour nous un « présent » sauveur et transformant.
Lorsque nous venons à l'église pour l'office du samedi saint, le vendredi vient juste de se terminer au point de vue liturgique. C'est pourquoi la tristesse du vendredi est le thème initial, le point de départ des vigiles du samedi. Cet office commence comme des funérailles, une lamentation sur un mort. Nous sommes devant le tombeau de notre Seigneur. Cependant un autre thème apparaît qui deviendra de plus en plus apparent. La mort du Christ est une descente dans l'Hadès, le royaume de la mort, cet état de ténèbres, de destruction qu'est la mort. Satan, péché, mort: telles sont les dimensions de l'Hadès, son contenu. Le péché vient de Satan et son fruit c'est la mort. La destruction de la mort tel est le but ultime de l'incarnation. Le Christ entre dans la mort pour la vaincre. Il est la Vie et la source de la vie.
Alexandre Schemann
in Parole de Dieu et langage des hommes p 93 bis

