Liturgie de la Parole 4e lundi de carême Jean 4, 43-54 ; Isaïe 66, 17-21
Cana-bis
Homélie
Dans la première lecture de ce jour, le Seigneur fait entendre une promesse qui ressemble à une aurore : « Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle. » Ces paroles surgissent pourtant dans un temps fragile. Le peuple est revenu d’exil, mais la joie espérée tarde à éclore. Jerusalem est encore blessée, ses pierres portent la fatigue de l’histoire. Les maisons se relèvent lentement, les cœurs aussi. Les rêves d’hier semblent plus petits que l’espérance d’autrefois. Et c’est précisément là, au milieu de ces ruines encore tièdes, que le prophète annonce une parole immense : Dieu ne se contente pas de réparer le passé. Il promet une création nouvelle. Car Dieu regarde le monde autrement que nous. Là où nos yeux voient des crises, des fatigues et des chemins fermés, lui discerne déjà des commencements invisibles. Le Carême est un temps pour apprendre ce regard. Non pas fuir le monde, mais croire qu’au cœur même de notre histoire, Dieu travaille la pâte de la vie comme un artisan patient. Et combien cette espérance nous est nécessaire en ces temps de guerres et de troubles. Isaïe annonce un monde nouveau au moment même où tout semble fragile. Car souvent, la promesse de Dieu naît au cœur des heures les plus incertaines de l’histoire.
Je le dis parfois avec un sourire : Dieu n’a pas de « repair café ». Il ne rafistole pas simplement ce qui est abîmé. Il ne pose pas des rustines sur l’usure du monde. Dieu crée, il recrée, il fait jaillir du neuf là où nous pensions que tout était fini. C’est comme si le premier matin du monde recommençait sans cesse, comme au premier chapitre de la Genèse : la lumière séparée des ténèbres, la vie ordonnée dans le chaos, l’homme appelé à marcher avec Dieu.
Ainsi Dieu ne nous abandonne jamais. Il demeure auprès de nous, et doucement il met de l’ordre dans l’histoire du monde et dans le petit monde de nos cœurs. Cyrille d’Alexandrie écrivait : « Dieu promet un monde renouvelé où la tristesse disparaît et où la joie devient la demeure des justes. » Et Augustin ajoutait cette parole lumineuse : « La création nouvelle commence en nous. » Car le monde nouveau de Dieu commence toujours par un cœur renouvelé.
Et l’Évangile nous montre comment cette création nouvelle se met en marche. Cana avait déjà vu le premier signe : l’eau changée en vin, la joie offerte à une fête qui s’épuisait. Aujourd’hui vient le deuxième signe. Deux signes, une même leçon : la foi commence souvent par une confiance dans une parole. À Cana, Marie dit simplement : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Et dans l’Évangile d’aujourd’hui, un père inquiet entend Jésus lui dire : « Va, ton fils est vivant. »
Et cet homme repart. Il repart avec une parole pour toute richesse. Il n’a vu aucun miracle. Il n’a aucune preuve dans les mains. Seulement une promesse dans le cœur.
Et pourtant il marche. Comme l’écrira saint Augustin : « Il crut avant de voir, afin que croyant il puisse voir. » Et c’est en chemin qu’il découvrira que la vie était déjà à l’œuvre. Car il en est souvent ainsi dans la vie de Dieu.
Lorsqu’on plante une graine dans la terre, les premiers jours rien ne semble changer. La surface du sol reste silencieuse. Le jardin paraît immobile. Mais sous la terre, dans le secret obscur, la graine se fend, les premières racines cherchent l’eau, et la vie commence son patient travail. Le père de l’Évangile est parti avec une simple parole de Jésus. Sur la route, rien n’avait encore changé. Et pourtant, pendant qu’il marchait, dans la maison lointaine, la vie revenait déjà.
Il en est souvent ainsi pour nous. Nous avançons avec une parole de Dieu déposée dans le cœur, et nous ne voyons pas encore ce qui grandit. Mais sous la surface de nos jours ordinaires, dans le silence de nos chemins Dieu fait déjà lever la vie nouvelle qu’il a promise. Et un jour, comme cet homme de l’Évangile, nous découvrons avec émerveillement que pendant que nous marchions dans la confiance, le miracle était déjà en train de grandir.
Pierre Hannosset le 16 mars 26
https://padrepierre.blogspot.com/2026/03/lundi-de-la-4eme-semaine-de-careme.html

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire