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samedi 4 avril 2026

Méditation Samedi Saint

Le temps du silence

Le « grand et saint Sabbat » est le jour qui lie le Vendredi Saint, la commémoration de la Croix, au jour de la Résurrection. Pour beaucoup, la vraie nature et le sens de ce lien, la réelle nécessité de ce jour intermédiaire, reste obscure. Pour la grande majorité de ceux qui vont à l'église, les jours « importants » de la grande semaine sont le vendredi et le dimanche, la Croix et la Résurrection. Ces deux jours, cependant, restent en quelque sorte distincts. Il y a un jour de tristesse et un jour de joie. Mais l'Église proclame que le Christ a « écrasé la mort par la mort » ; cela veut dire que, même avant la résurrection, se place un événement dans lequel la tristesse n'est pas simplement remplacée par la joie, mais elle-même transformée en joie. Le grand Samedi est précisément ce jour de transformation, le jour où la victoire germe de l'intérieur même de la défaite, lorsqu'avant la résurrection il nous est donné de contempler la mort de la mort elle-même. Et tout cela est exprimé, plus encore, réellement actualisé, chaque année, dans ce merveilleux office du matin, dans la commémoration liturgique qui devient pour nous un « présent » sauveur et transformant.

Lorsque nous venons à l'église pour l'office du samedi saint, le vendredi vient juste de se terminer au point de vue liturgique. C'est pourquoi la tristesse du vendredi est le thème initial, le point de départ des vigiles du samedi. Cet office commence comme des funérailles, une lamentation sur un mort. Nous sommes devant le tombeau de notre Seigneur. Cependant un autre thème apparaît qui deviendra de plus en plus apparent. La mort du Christ est une descente dans l'Hadès, le royaume de la mort, cet état de ténèbres, de destruction qu'est la mort. Satan, péché, mort: telles sont les dimensions de l'Hadès, son contenu. Le péché vient de Satan et son fruit c'est la mort. La destruction de la mort tel est le but ultime de l'incarnation. Le Christ entre dans la mort pour la vaincre. Il est la Vie et la source de la vie.

Alexandre Schemann

in Parole de Dieu et langage des hommes p 93 bis

vendredi 3 avril 2026

Liturgie Vendredi Saint Jean 18, 1-19,42 ; Isaïe 52, 13-53,12

Homélie

Nous venons de l’entendre, montrant Jésus humilié, Pilate déclare : « voici l’homme! » Pilate ne croyait pas si bien dire. En cet homme de douleur, nous voilà confrontés à ce que nous pouvons faire de l’homme: tant d’hommes, de femmes, d’enfants, de par le monde, eux aussi « défigurés », « comptés pour rien », comme disait Isaïe. 
Oui la Passion du Christ continue. Comment ne pas penser à ce que l’homme peut détruire quand la volonté de puissance l’emporte en nous, quand on ne voit plus dans l’autre qu’un être banal, une cible insignifiante. Quand l’indifférence nous ferme les yeux et le cœur. Sur la Croix Jésus s’identifie à toutes les victimes du mal. Il porte toutes nos souffrances. 

Et au nom de tous ceux-là il nous interroge : « Pourquoi me frappes-tu ? » Car toucher à l’homme, il nous le rappelle, toucher à l’homme, c’est toucher à Dieu. Toucher à l’homme, c’est toucher au Christ.

Mais nous confrontant ainsi à notre part d’obscurité, jamais le Christ, pour autant, ne nous abandonne. Sur la croix il pardonne. En pardonnant à tous, il nous montre qu’il ne désespère pas de nous, ni de l’humanité. Sur la croix il continue de croire en cette possibilité en nous de rebondir vers plus d’amour, plus de justice, vers plus de foi aussi.
Ce chemin de conversion qu’il nous promet, qu’il nous propose, on ne le parcourt pas tout seul. C’est bien pourquoi Jésus confie Marie et Jean l’un à l’autre, pour que naissent des espaces, des communautés fraternelles, soutenantes. Qui nous aident à nous imprégner du Christ, à vivre de lui, à vivre comme lui.
C’est aussi pour nous soutenir que dans son dernier souffle Jésus nous remet son Esprit. Pour que nous puissions nous laisser habiter par sa bonté, sa miséricorde et sa joie.
Voilà la soif qui est la sienne. Voilà ce dont notre Dieu est assoiffé : voir, envers et contre tout, germer ces semences de résurrection, ces lueurs de Pâques, que tous nous pouvons devenir en Christ ressuscité.

Mgr Jean-Luc Hudsyn le 3 avril 26

Photos: Rubens Montée du calvaire (musée de Bruxelles)


Méditation Vendredi Saint

DÉTRESSE ET CONFIANCE DE JÉSUS SUR LA CROIX

A la neuvième heure (c'est-à-dire vers trois heures de l'après-midi), Jésus clama en un grand cri : "Eh, Eli, lama sabachtani", ce qui signifie : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" ...II est remarquable que les évangélistes aient transcrit les mots araméens, comme ils le font pour les paroles les plus impressionnantes du Seigneur : "Ephphata"; " Rabbounf', "Abba". Ces paroles ont été gardées telles que Jésus les avait prononcées, elles sont sûrement authentiques. Combien troublante est celle-ci ! Jésus abandonné par son Père !... Jésus, dans sa conscience psychologique, se sent vraiment abandonné par son Père. Si l'on comprend de quoi il s'agit ; cela est profondément vrai. Ce n'est pas un désespoir, quoi qu'en pensent certains qui, comme André Gide, ont usé de cette parole pour prétendre que Jésus est mort désespéré. Certes, il ne faut pas craindre de prendre au sérieux la détresse du Christ ; mais on doit dire détresse et non désespoir. Le désespoir suppose qu'on a perdu la confiance en Dieu, la détresse implique seulement une immense tristesse et désolation. Jésus, par la volonté du Père, a voulu goûter la mort humaine et sa condition tragique. Son Père l'a abandonné, non à la perdition, mais aux atteintes du mal et des pécheurs. A Gethsémani, Jésus a demandé que la mort lui fût évitée, mais il s'est incliné devant la volonté du Père ; à la croix, il refuse de boire le vin aromatisé afin de goûter jusqu'à la lie le calice de la mort humaine. La peine de cette mort humaine, qui est pour nous la grande tragédie, consiste précisément à se sentir abandonné : tout vous quitte, et vous vous trouvez seul à seul en face du Dieu Juge. Jésus, qui représente tous les hommes, se sent abandonné de Dieu, il va volontairement jusqu'à l'anéantissement, jusqu'à la souffrance totale ; devant Dieu il se sent couvert du péché du monde et c'est de là que vient cette affreuse détresse. Dieu l'a abandonné aux mains des pécheurs, des Romains et des Juifs...

La détresse réelle de Jésus légitime cette parole, mais il faut remarquer encore un point important : cette phrase est une parole de l'Écriture, le premier verset du psaume vingt-et-un qui a donné tant de traits au récit de la Passion. Lorsque Jésus prononce cette parole, il ne l'invente pas de lui-même, il veut montrer que l'Écriture s'accomplit en lui, que le psalmiste annonçait sa propre plainte. De plus, ce psaume qui commence dans l'angoisse s'achève dans la confiance. Or, pour les anciens lecteurs juifs et chrétiens, un texte cité évoque le passage qui suit. Les gens savaient alors l'Écriture par coeur ; le début suffit pour engager tout le psaume. Et le dernier tiers du psaume exprime la confiance finale du malheureux : J'annoncerai ton nom à mes frères, en pleine assemblée je te louerai... Car il n'a point méprisé ni dédaigné la pauvreté du pauvre.... Mais, invoqué par lui, il l'écouta. Jésus laisse entendre ainsi qu'après la détresse viendra le salut, après la souffrance viendra le triomphe. Il sanctifie nos plaintes par sa propre plainte, mais sa confiance en Dieu reste entière.

Cette parole est authentique ; jamais les chrétiens n'auraient inventé une parole si tragique, si dure. Ne la craignons pas, elle jette une grande lumière sur la souffrance de Jésus et le rend très proche de nos propres désolations

PIERRE BENOÎT

Passion et Résurrection du Seigneur, Le Cerf, 1966, p. 220-223. Orval F 23

 

jeudi 2 avril 2026

Liturgie de la Parole Jeudi Saint Jean 13, 1-15 ; Exode 12, 1-8.11-14

Homélie


Le livre de l’Exode nous a rappelé cette nuit de la pleine lune de printemps - qu’on voit ce soir, sauf s’il y a des nuages - où les familles d’Israël maltraités, opprimés par Pharaon, s’étaient rassemblés pour le repas de la Pâque, pour le repas du grand passage de l’esclavage à une vie nouvelle, à une vie de liberté.

Autour d’eux l’atmosphère était lourde ; pas si éloignée sans doute de ce que tous ressentent en ces temps incertains, ce de temps de guerre indéchiffrable, de violence aveugle, jetant des innocents sur les routes ; et chez nous, nous ne sommes pas en reste : dans le climat ambiant volent si facilement les invectives, l’insécurité, les affrontements de toutes sortes.

Cette nuit-là Dieu était en venu révéler à son peuple qu’il n’était pas un Dieu récupérable pour justifier la violence. Qu’il n’est pas du côté de ce qui cherche à engendrer la mort, de ce qui veut blesser l’homme, de ce qui veut détruire l’humain…

Un autre soir, bien plus tard, Jésus pris lui-même dans un complot qui se resserre autour de lui, Jésus réunit ses amis. Il le désirait intensément. Pas que ce soir d’ailleurs. Il voulait d’un grand désir, leur laisser comme le testament de ce qui l’habitait profondément : faire passer ce monde, le faire passer et nous avec, chacun, de la mort à la vie, des ténèbres à sa lumière : celle de cet amour, celle de cette alliance, celle de cette fraternité, qu’il n’avait cessé de semer sur les chemins de Palestine, au nom de son Père.

Nous avons tous dans le cœur ces paraboles si belles par lesquelles il voulait dire, de toutes ses forces, comment Dieu s’y prend pour créer et pour recréer sans cesse en nous un cœur de chair, un cœur selon le cœur de Dieu.

Le récit de ce berger qui cherche partout sa brebis perdue pour la ramener plein de joie sur ses épaules. Ce samaritain surprenant qui s’empresse de prendre soin de ce blessé inconnu de lui, mais qu’il refuse d’abandonner. Ce père qui n’en finissait pas d’attendre son fils et qui se précipite vers lui dès qu’il pointe à l’horizon…

Et pour bien signifier cet amour extrême qui seul peut guérir, qui seul peut recréer la vie, recréer l’espérance, recréer la confiance, recréer la dignité perdue, Jésus, lui le Maître et le Seigneur de toute vie, dépose son vêtement, et prend le rôle laissé aux esclaves. Nous venons de le vivre : il se met aux pieds de chacun de ses disciples - Judas y compris – et il leur lave les pieds. Un amour brûlant humble fort.

Comme nous l’avons chanté : « qui pourrait comprendre à cette heure, l’infini d’un Dieu qui décroit, qui s’abaisse au plus bas pour nous servir, pour nous honorer de son amitié divine ?»  Qui peut comprendre cela ? Chose à peine imaginable ! Et il presse Pierre de se laisser faire. Et ce soir, il nous presse chacun, chacune, nous aussi, de nous laisser faire. De nous laisser attirer par lui pour, recueillant tout son amour, pour arrêter, lutter contre le mal, en nous, autour de nous. Pour avec lui désarmer les violences, en nous parfois, et autour de nous, faire advenir un monde différent, une terre habitable par tous, des relations désarmées, des regards bienveillants, des rapports de justice et de paix.

C’est à chacun de nous ce soir que le Seigneur demande de vivre davantage en mémoire de lui. Il ne nous demande pas en nous regardant de haut. Il nous le demande d’en bas ! En se faisant le Très bas. C’est lui qui lève les yeux vers nous. C’est lui qui nous prie de l’exaucer. Et pour nous nourrir de jour en jour de cet amour qui aime jusqu’au bout, il prend ce pain rompu, il prend cette coupe d’amitié, nous donnant de pouvoir ainsi communier à ce qu’il est : « Prenez, buvez : c’est moi ». Une manne inouïe, une coupe ressuscitante, à recueillir entre nos mains pour être envoyés à notre tour. Pour avec lui semer de l’amour plus loin encore.


Mgr Jean-Luc Hudsyn Hurtebise le 2 avril 26




Méditation Jeudi Saint

JUSQU'AU AU BOUT DE L'AMOUR

En mourant, Jésus dit : Tout est consommé (Jn 19,30.28). Dans la mort de Jésus, l'histoire humaine tout entière parvient à sa consommation, à son sommet. Un homme de notre race a été jusqu'au au bout de l'amour ; il a fait de sa mort un acte parfait d'amour, s'abandonnant sans réserve entre les mains du Père (Luc 23,46) et entre les mains de ses frères pécheurs (Luc 23,33-34). Cet Acte est indépassable : il porte d'un coup l'histoire à son accomplissement, et si celle-ci continue, c'est pour que les hommes entrent dans cet Acte, le fassent leur, acceptant d'être pris en lui, sanctifiés, consacrés par lui, qui les transforme et leur permet d'aller, eux aussi, jusqu'au bout de l'amour. L'Acte de mourir de Jésus sur la Croix est l'acte auquel l'humanité entière est suspendue, l'Acte qui la sanctifie et la consacre tout entière dans l'amour.

Cet acte de mourir, Jésus l'a anticipé symboliquement, c'est-à-dire réellement et d'une manière merveilleusement significative pour nous, à la Cène. La veille de sa mort, pour la gloire du Père et la joie de ses frères, Jésus se fait pain des hommes. Il prend le pain qui est son corps ; anticipant sa mort, il prend en main la totalité de son être et de son existence, il se prend lui-même et il se rompt ; ma vie, nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne (Jean10,18) : il se rompt lui-même, avant même d'être rompu par nous tous, ses frères pécheurs ; il se partage : consommant sa mort à lui-même, il devient capable de se partager entre tous dans un partage où il est vraiment tout entier à chacun ; il passe au Père dans les autres, et, nous regardant tous, il dit : "Mon Corps, c'est vous". La Parole par laquelle il se livre est efficace : il est déjà mort, il vit déjà au coeur des siens.

La Passion ne fera qu'accomplir ce qu'il a dit ; les hommes seraient d'ailleurs bien incapables de faire mourir celui qui est la Vie, s'il ne voulait lui-même mourir pour eux et par eux, dans l'amour.

Mais, à la Cène, Jésus dit : "Faites ceci en mémoire de moi" (Lc 22,19). Ceci n'est pas simplement le rite à réitérer, c'est l'Acte posé ce soir-là. L'Église est tout entière invitée à entrer dans l'Acte qui la sauve et la consacre : nous sommes sauvés, nous faisons de notre vie un acte d'amour parfait dans la mesure où "nous faisons ceci en mémoire de Lui", dans la mesure où nous nous prenons, où nous nous rompons dans la mort à nous-mêmes et où nous devenons réellement le pain des autres, à la gloire du Père. L'Acte de mourir de Jésus, son acte parfait d'amour, est re-présenté (rendu présent dans un symbole) à l'humanité, jusqu'à la fin des siècles, dans l'eucharistie. La messe est le moment où cet Acte nous rejoint et où nous le laissons s'emparer de nous, nous consacrer et nous "transubstancier", pour que nous aussi, nous allions jusqu'au bout de l'amour.

JEAN-MARIE HENNAUX 

Orval fiche E 14


mercredi 1 avril 2026

Liturgie mercredi saint Matthieu 26, 14-25 ; Isaïe 50, 4-9a

Méditation

Le texte d’Isaïe que nous venons d’écouter est le seul qui soit lu deux fois chaque semaine sainte : c’est en effet la première lecture du dimanche des Rameaux et de la Passion ainsi que du mercredi saint !

C’est un très beau texte, mais il contient une phrase qui m’a toujours posée problème et sur laquelle je voudrais partager avec vous aujourd’hui.

J’ai rendu ma face dure comme pierre ! Quand je lis cela, je pense à un visage impassible, dur, sévère. Mais en y réfléchissant, ce n’est pas forcément cela ! Il existe des statues au visage très expressif. Si j’applique cela à Jésus comme le suggère la liturgie, comment essayer de comprendre ?

Devant l’opposition rencontrée le Serviteur rend sa face dure comme pierre pour ne pas être dégradé par les traitements subis. Une pierre ne s’érode pas facilement. Pour ne pas être confondu, pour ne pas perdre son identité, le Serviteur cherche une force intérieure qui le maintient sur le chemin. Quelle est cette force ? Il vient de le dire : il a reçu du Seigneur le langage des disciples pour soutenir celui qui est épuisé ; chaque matin le Seigneur éveille son oreille pour qu’il écoute en disciple. Et lui ne s’est pas dérobé. Le Seigneur son Dieu vient à son secours.

Comment ? Il ne le sait pas. Mais cela est pour lui un roc sur lequel s’appuyer pour continuer. Le début du Psaume 17 le chante très bien :

Je t’aime, Seigneur, ma force :

Seigneur, mon roc, ma forteresse,

Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,

mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !

 Le Seigneur est son roc. C’est sur lui qu’il s’appuie et du coup la fermeté du roc, sa solidité, s’infusent dans le cœur du Serviteur, se transmettent à tout son être, apparaissent sur son visage, l’aident et le soutiennent dans l’épreuve.

 Il y a aussi une chose paradoxale : pour soutenir celui qui est épuisé, le Serviteur va passer par l’épreuve du refus, des outrages et des crachats. Autrement dit il va vivre l’épreuve avec et comme celui qui n’en peut plus, il va l’accompagner dans la souffrance. Il n’y a que Dieu pour agir ainsi, et les saints ! La certitude d’une Présence ou plutôt la confiance en cette Présence au cœur de l’épreuve est effectivement un soutien. « Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ? » Même si le Serviteur est condamné par les hommes, il ne l’est pas par Dieu ; même si la persécution aboutit à la mort, le Seigneur est là. C’est très difficile à vivre, mais pourtant cela change tout.

 Nous en arrivons à l’Evangile et à l’annonce de la trahison par « l’un de vous ». Le climat extérieur est tendu et voilà que le climat à l’intérieur du groupe des disciples se trouble. Ils sont tous « profondément attristés » et inquiets de ce qu’ils seraient capables de faire : trahir celui qu’ils aiment et suivent depuis trois ans ! « Ils se mirent à lui demander, chacun son tour : ’’Serait-ce moi, Seigneur ? ’’»

Oui, chacun de nous est capable de trahir le Seigneur… Et cela ne décourage pas Jésus, il célèbre la Pâque avec eux. Il déclare malheureux celui qui le trahira, il ne le rejette pas comme il ne rejettera pas Pierre après son reniement. D’une parole, d’un regard il soutient celui qui est épuisé par ce qu’il a fait, il le régénère en lui offrant encore et toujours son amour. « Il est proche, celui qui me justifie » disait le Serviteur. Il reste fidèle.

Vivons ces jours en nous appuyant sur le roc de l’amour indéfectible du Seigneur offert encore et toujours à celui, à celle qui l’accueille quoiqu’il ou elle ait fait. Saint Paul a écrit aux Romains : « Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. » (Romains 5, 7-8).


Invitation au Notre Père

Père, Jésus, ton Serviteur, nous as aimés jusqu’à l’extrême et il a donné sa vie pour nous donner Ta Vie. Par Lui, avec Lui et en Lui nous te chantons avec un cœur de disciples la prière reçue de lui.

Sr Marie-Christine le 1er avril 26


mardi 31 mars 2026

Liturgie de la Parole mardi saint Jean 13, 21-33.36-38

Communion ?

Homélie

Il y a, dans l’Évangile de ce jour, une atmosphère étrange… comme un repas qui ressemble à tous les autres… et qui pourtant n’est plus tout à fait un repas comme les autres. Une table. Du pain. Des amis.
Et au milieu… un silence qui commence à peser. Jésus est là. Et il sait. Il sait que quelque chose est en train de basculer. Il sait que la Passion a déjà commencé… pas encore sur la croix, mais déjà dans les cœurs. Et puis, cette phrase étonnante : « C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper dans le plat. » Geste d’une proximité incroyable. Tremper le pain dans le même plat, c’est partager l’intimité, la confiance, l’amitié. C’est dire : « Tu es des miens ». Quand je suis en Inde et que nous fêtons l’anniversaire d’un enfant, il coupe le gâteau et vient déposer une bouchée de celui-ci dans la bouche de tous ceux qui sont là ; on dirait la communion. C’est un peu ce que Jésus fait. Chez Jean, pas de récit de la première eucharistie, mais le lavement des pieds et la « communion » à Judas, la communion avec Judas, que nous sommes chacune et chacun.

Et pourtant… c’est au cœur même de ce geste d’amitié, de communion intime que surgit la trahison. Cela nous trouble profondément. Parce que nous aimerions que le mal soit loin, clairement identifiable, avec une étiquette bien visible : “Attention : traître officiel”. Mais non. Le mal passe… par un geste familier. Et peut-être que cela nous rejoint. Parce que nos propres contradictions ne sont jamais très loin de nous. Nous pouvons aimer… et blesser. Être fidèles… et parfois nous dérober. Et là, Jésus ne fait pas un grand discours. Il ne dramatise pas. Il ne retient pas Judas. Il lui dit simplement : « Ce que tu fais, fais-le vite. » Étrange parole. Comme si Jésus ne fuyait pas l’épreuve. Comme s’il ne cherchait pas à gagner du temps. Il ne dit pas : “Attends encore un peu…” Il ne dit pas : “Réfléchis…” Non. Il laisse la liberté aller jusqu’au bout. C’est vertigineux. Dieu respecte tellement notre liberté qu’il accepte même qu’elle puisse se tromper. Et Augustin écrit : « Dieu a jugé meilleur de tirer le bien du mal que de ne permettre aucun mal. » Autrement dit : même ce qui nous échappe, même ce qui nous blesse, même ce qui semble briser, Dieu peut encore en faire un chemin.

Et alors, Judas sort. Et l’Évangile ajoute simplement : « Il faisait nuit. » Phrase courte. Mais immense. Ce n’est pas seulement la nuit dehors. C’est la nuit dans un cœur. La nuit dans une histoire. La nuit dans le monde. Et si nous sommes honnêtes… nous connaissons un peu cette nuit. Ces moments où l’on ne comprend plus. Où tout devient flou. Où la lumière semble absente.
Mais ce qui est bouleversant… c’est que Jésus reste à table. Il ne fuit pas la nuit. Il ne s’en va pas. Il demeure.
Et pendant que Judas s’enfonce dans la nuit, Jésus parle… de gloire. « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié. » Franchement… ce n’est pas le moment qu’on aurait choisi. Nous, à sa place, on aurait plutôt dit : “Maintenant, tout s’écroule.” Mais Jésus dit :  “Maintenant, tout commence.” C’est cela, la logique de Dieu. Là où nous voyons une fin, Dieu voit un passage, une Pâque. Là où nous voyons une nuit, Dieu voit une aurore, la Résurrection, en train de naître.

Et même si, parfois, nous passons par la nuit… la nuit n’a jamais le dernier mot. Parce que, déjà, au cœur de ce repas troublé, quelque chose est en train de naître. Une lumière discrète. Une espérance fragile. Une victoire invisible.
Dieu est déjà en train d’accomplir son œuvre. Car avec lui, même la nuit devient un passage. Et même nos ténèbres peuvent, un jour, apprendre à laisser passer la lumière.

Belle et douce Semaine Sainte.

Pierre Hannosset le 31 mars 26

https://padrepierre.blogspot.com/2026/03/mardi-de-la-semaine-sainte-mettons-nous.html 

Liturgie Jeudi Saint

Méditation

je vous propose ce que nous avions préparé pour RCF en 2021. Voici le lien:  https://partage-de-lectio.blogspot.com/2021/04/blog-post.html 

 

lundi 30 mars 2026

Liturgie de la Parole lundi saint Jean 12, 1-11

« L’onction à Béthanie »

Méditation 

Six jours avant la Pâque ! L’heure s’est approchée ! Les autorités ont pris leur décision !
Jésus vint à Béthanie ! Le lieu de l’amitié et de la vie retrouvée !

La maison est remplie de monde : Lazare, Marthe et Marie, Jésus, ses apôtres … 
et de nombreux convives, ainsi que des Juifs curieux, de voir Lazare ressuscité.  

Jésus est au centre de l’événement : c’est en son honneur qu’est servi un bon souper.
Un peu aussi pour Lazare, quand même !

Prenons le temps de regarder la scène.
L’ambiance est d’une fraternité particulière. C’est vrai qu’autour d’un repas, il y a souvent quelque chose de mémorable ou … d’inoubliable.
Marthe est de service, comme toujours ! Mais cette fois, elle ne s’inquiète de rien, elle est sereine … heureuse de servir le maître !

Et toi Marie ! … Ton regard vagabonde sur chacun des convives qui festoie gaiement.
Les apôtres, insouciants, eux aussi, trinquent de concert. … La fête bat son plein !

Pourtant une tension secrète plombe déjà, cette belle convivialité. 
En effet, ton regard, croise celui de Judas. Seul, dans son coin, il rumine. 
Dans sa tête, se bousculent mille et mille reproches contre Jésus :
 « Puisqu’il se dit Fils de Dieu, pourquoi tarde-t-il à libérer le peuple de l’oppresseur Romain ???» Judas n’a rien compris à la mission de celui qu’il côtoie pourtant, depuis des mois. 
Muré dans son ressentiment, il fulmine même ! 


Marie, toi, tu as tout compris, ! …. Dieu est amour ! … Dieu est cet Amour immanent qui nous enveloppe tous, … oui, absolument tous ! De façon unique et personnelle, il nous enveloppe de sa bonté, de sa miséricorde, de sa fidélité, de sa grâce.
Un Amour qui coule de source, non éveillé par quelque chose de bon ou de beau.   
Non ! Un Amour jaillit en totale gratuité, en générosité ! 
La source, si souvent inconnue, de nos soifs, de nos élans, de nos générosités.

Marie, tu as fait l’expérience unique de ce Dieu d’amour. Tu as vécu, avec Jésus, une relation pure et vraie au plus profond de ton cœur, … une double expérience d’intimité et de transformation.
Alors, je comprends que tu pressentes dans ton âme l’ampleur du sacrifice qu’il s’apprête à faire. 
Tu as vu, ce que peut-être, d’autres n’ont pas vu : La douleur qui habite au plus profond du cœur de ton Seigneur !

Les yeux baignés de larmes, tu t’éclipses … Oui, c’est le bon moment ! … Tu le préparais depuis longtemps, ce moment, mais il fallait la bonne occasion !!!
Tu te tiens, maintenant, dans l’embrasure de la porte et tu les regardes festoyer. … 
Puis, …, le cœur battant, tu pénètres dans la salle. 
Tu protèges de tes mains un beau flacon de nard précieux, importé, sans doute, des profondeurs de l’Inde, et qui t’a demandé de nombreux sacrifices … 

Toute tremblante, tu t’approches de Jésus, tu brises le flacon et répands l’huile parfumée sur ses pieds. 
Tu t’abaisses et de ta chevelure, parure glorieuse de la femme, dans ta culture, tu les essuies. ….  

Ce geste, Marie, t’unit intimement au sacrifice de Jésus, anticipant le lavement des pieds, que lui-même, accomplira à l’égard de ses disciples. 

L’odeur délicieuse de ce nard capiteux se diffuse dans toute la maison … 
N’est-ce pas le signe que l’amour de Dieu atteint tous les hommes, dans le temps et l’espace, et quel que soit leur condition ?...
Les convives, eux, sont subjugués et la salle est devenue brusquement silencieuse.
    
Pas tout à fait ! Judas, dépité, n’a pas quitté son ressassement. Il murmure ! 
Oui, contre cette femme … mais surtout pour cet argent dépensé qu’il aurait voulu voir tomber dans sa poche, sous le prétexte des pauvres !!!!

 « Laisse-la ! »  …  Oui, Marie vient d’accomplir une onction !
Jésus accueille ce cadeau précieux, ce don inestimable et d’une grande portée. 
   En écho, il confirme la justesse de la clairvoyance de Marie : 
 « D’avance, tu as parfumé mon corps, pour mon ensevelissement ».


Notre Père

Rien n’est trop beau pour Dieu ! Cherchons et essayons de déceler, pour aujourd’hui, le don qui fera le plus plaisir à notre Père et prions-le.

Sr Anne-Françoise le 30 mars 26


dimanche 29 mars 2026

Liturgie de la Parole dimanche des Rameaux et le la Passion


Je vous propose ce que nous avions préparé pour RCF en 2021 

https://partage-de-lectio.blogspot.com/2021/03/dimanche-des-rameaux.html 

samedi 28 mars 2026

Liturgie de la Parole 5e samedi de carême Jean 11, 45-57

Commentaire

Les quelques versets que nous venons d’entendre, je ne peux les séparer de ce qui précède, ni de ce qui vient à la suite : d’une part la mort de Lazare et la présence de Jésus auprès des sœurs de Lazare, les sœurs du mort… pour ne pas dire des sœurs de la mort, car pris par la douleur c’est difficile pour Marthe et Marie de voir clair. A la mort d’un proche on peut vite être happé voire englouti dans la mort.

D’autre part, il y a ce qui va suivre dans le récit : l’onction à Béthanie, l’attitude de Marie et le parfum qu’elle diffuse. Marie, elle qui côtoyait la mort, désormais côtoie la vie. Elle est aux pieds de Celui qui lui a dit : « Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi-même s’il meure, vivra ».

Voilà pour ce qui précède et qui va suivre ce qui nous est rapporté aujourd’hui.

Ce qui s’est passé entre les deux événements c’est l’entre-deux, là où l’ombre et la lumière se côtoient. Jésus l’avait pourtant bien dit : « Ne t’ai-je pas dit que si tu crois tu verras la gloire de Dieu »

« Si tu crois » : Croire n’est pas une évidence. Même si nous prétendons avoir la foi, il y a toujours quelque chose qui résiste.  La fragilité nous habite et elle est le propre de notre humanité. Les doutes nous assaillent, des doutes qui vont et viennent. Ils interrogent notre liberté.

Plusieurs voient ce que Jésus fait et ils croient.  Quelques-uns sont suspicieux, ils doutent ou refusent de croire.

Pourquoi ces attitudes si différentes ?

L’écart entre ces deux postures naît d’un manque de discernement. Nous venons de l’entendre :

En premier, c’est l’attitude me semble-t-il la plus honnête, il y a la rationalité : je ne comprends pas ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu de Jésus, ça ne correspond pas à la logique humaine, ça me fait peur et je refuse de croire.

La deuxième est une peur plus insidieuse, la peur de perdre. C’est celle que nous refusons de reconnaître car elle touche à notre image. Il faut donc trouver à se justifier :  Jésus est une menace pour leur autorité et leur pouvoir.  Puis aussi le risque est grand, voire très grand, de perdre ce qui les sécurise et les rend respectables : l’argent. Celui de la compromission bien entendu.

Tout cela affecte le discernement et ils se laissent prendre au piège tendu par leur besoin de reconnaissance. L’orgueil, la jalousie et la convoitise font bon ménage pour faire pencher la balance de la justesse d’où la conclusion qui clôture le débat : « Il est dans votre intérêt qu’un seul homme meure ».

Ce qui prime c’est : votre intérêt.  L’hypocrisie va jusqu’à dire « votre » au lieu de « notre » intérêt.

Inaudibles toutes ces paroles de Jésus qui affirme « Je suis la vérité et la vie, je suis la résurrection et la vie, je suis la porte étroite du discernement ».  Jésus tout entier, sa personne, son identité sont associés à la vie.      

Il n’y a pas si longtemps, preuve que ce récit nous concerne encore aujourd’hui, Guy Béart chantait : « Le premier qui dit la vérité il doit être exécuté »

 

Invitation au Notre Père 

Seigneur envoie sur nous ton Esprit de discernement et d’audace. Mets en nous la foi qui éveille à la justice et au service selon ce que Jésus, ton fils a vécu et annoncé. A son invitation nous pouvons dire…

Raymond le 28 mars 26

vendredi 27 mars 2026

Liturgie de la Parole 5e vendredi de carême Jean 10, 31-42 ; Jérémie 20, 10-13

Introduction

Le prophète Jérémie dont nous parle la 1ère lecture est une figure du Christ, épié, persécuté, il garde malgré tout une grande confiance en son Dieu, il sait qu'il est avec lui dans cette épreuve, il lui a remis sa cause et Dieu le délivrera de la main des méchants.
De son côté, l 'évangile nous rapporte la façon dont les pharisiens épient les paroles de Jésus pour l'accuser de blasphème. Jésus va se servir d'un psaume pour déjouer leur plan. Que les psaumes deviennent pour nous Paroles vivantes pour notre vie. Chantons-les.

 

Méditation

Une méditation de sœur Anne Lécu (1) sur le verset du psaume 82 cité par Jésus en réponse à ses accusateurs pourra nous aider à mieux saisir la profondeur de la Parole et comment aujourd'hui elle peut être encore vivante pour nous.

« Les Pharisiens ne supportent pas d'entendre Jésus dire : Moi et le Père, nous sommes un (Jean 10,30), et veulent le lapider, parce que toi, n'étant qu'un homme, tu te fais Dieu. Comme souvent, en accusant le Christ, ils dévoilent leur propre péché : ce sont eux qui se font Dieu en jugeant les autres et le monde, et eux-mêmes. Mais Jésus ne se laisse pas faire, et cite la Parole de Dieu, non plus pour la désaxer, sinon pour la remettre dans son axe :

N'est-il pas écrit dans votre loi : « J'ai dit, vous êtes des dieux ». Alors qu'elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu fut adressée – et l'Ecriture ne peut–être récusée - à celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous dites « Tu blasphèmes », parce que j'ai dit « Je suis le Fils de Dieu » ! (Jn 10, 34-46)

En citant le psaume 82, Jésus rappelle que depuis la création du monde, lorsque Dieu a fait l'homme à son image et ressemblance, il le destine à vivre pleinement avec lui. Notre vocation première est là : Vous des dieux, des fils du très-haut, vous tous (Ps 82, 6). Depuis toujours la Bible n'a de cesse de proclamer que l'homme est couronné de gloire et d'honneur (Ps 8).   Et Jésus ne veut pas que l'on passe sous silence ce dessein bienveillant de son Père. Mais cela contrecarre la manière de penser de ceux qui se réfèrent à la loi en oubliant sa source.

Jésus meurt de ce que l'on ne comprend pas que la loi n'existe que d'être référée à sa source, la vie de Dieu qui coule en nous. Jésus meurt, encore aujourd'hui, de la torsion de l'évangile, lorsque l'on annonce le jugement, quand lui est venu proclamer le salut. Être de véritable « fils du Très-Haut », n'est-ce pas être voués à la Parole, pour accueillir et annoncer non ce que nous voudrions qu'elle dise , mais ce qu'elle dit ?

Lui qui est la Parole du Père, en habitant notre chair, redresse notre propre parole. Avec lui, nous pouvons entendre que le commandement du Père est vie éternelle et non condamnation. Avec lui, nous pouvons dire « je suis », et même « je suis le fils de Dieu ». Et parce que le Verbe fait ce qu'il dit, en le disant avec lui, voilà que nous le sommes. »

 

Notre Père

Puisque nous sommes fils du Très Haut, redisons la prière que Jésus notre frère nous a donnée

 

Conclusion

Apprends- nous Père très bon à accueillir ce don que tu nous as fait : être des fils du très haut ; que nous n'ayons pas peur de l'annoncer et d'en vivre malgré les contradictions et les moqueries qui peuvent surgir car c'est à toi que nous avons remis notre vie et nous savons que tu es toujours avec nous.  Nous te le demandons par Jésus ton Fils qui vit et règne avec toi le l'Esprit Saint pour les siècles des siècles.

Sr Jean-Baptiste le 6 avril 2022

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(1) Citation : Anne Lécu, Marcher vers l'innocence, p. 80-81


jeudi 26 mars 2026

Liturgie 5e jeudi de carême Jean 8, 51-59

Méditation 

« Jamais il ne verra la mort » (v. 51b). Une telle promesse paraît impossible : comment l’entendre ? D’ailleurs, Jésus connaîtra lui aussi la mort. Alors de quelle mort parle-t-il ?
Quand Jésus parle de vie, ses interlocuteurs ne voient que la vie terrestre.  Ainsi, appliquant ses propos à la seule mort physique, ils les réduisent à une simple promesse d’immortalité ! « Es-tu donc plus grand qu’Abraham, notre Père, qui est mort ? » (v. 53). « Tu n’as pas cinquante ans et tu as vu Abraham ! » (v. 57) … paroles difficiles à entendre et impossibles à croire !
Voici la clé, me semble-t-il : « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort » (v. 51).  Sa parole est une parole de vie qui préserve de la mort éternelle celui qui l’accueille et la fait sienne. Cette vérité est également révélée lors de la résurrection de Lazare : « quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jean 11, 26). Elle est vie car la Parole nous bouscule, nous change de l’intérieur, nous fait grandir.

Jésus se révèle comme l’Isaac véritable, la véritable postérité promise par Dieu à Abraham, leur père. Il est le « Je Suis » du buisson ardent révélé à Moïse. Il est la Résurrection, la vérité et la Vie.
Cette révélation nous engage. Elle prend chair en nous si nous gardons la parole, si nous croyons qu’elle est vie, si nous la vivons. Alors, une autre vie peut naître en nous, une vie qui donne la force d’aimer, de continuer à s’ouvrir, d’espérer, en somme, une vie, qui ne cesse de poser les possibilités d’une nouveauté au quotidien.  Alors, nous serons des Hommes Vivants qui glorifient et contemplent Dieu dans leur vie car « la Gloire de Dieu, c’est l’Homme Vivant ; la vie de l’homme, c’est de contempler Dieu » (St Irénée de Lyon).

Sœur Josette Barouki Carmel saint Joseph 6 avril 2017

https://www.carmelsaintjoseph.com/sermons/jean-8-51-59-2/


mercredi 25 mars 2026

Liturgie de la Parole 25 mars Annonciation du Seigneur Luc 1, 26-38 Isaïe 7,10-14.8,10; Hébreux 10,4-10;

Voici…

Méditation

De toutes les lectures que la liturgie nous propose un petit mot a retenu mon attention. Je l'ai vu rebondir d'un texte à l'autre et il me semble qu'il suffit à notre méditation : VOICI.

Voici, c'est le mot de la disponibilité, le mot de l'offrande, le mot du don...

 

* Voici, dit Dieu à Achaz, ... je vous donne un signe.

Dieu aime qu'on lui demande ce qu'il est prêt à nous donner. Il nous donne même les mots pour le prier... « Invoque-moi, dit-il par Jérémie, et je te répondrai, je t'annoncerai des choses grandioses et cachées dont tu ne sais rien... »

Achaz refuse d'invoquer Dieu mais ces choses grandioses et cachées que Dieu veut annoncer sont tellement le rêve de Dieu pour l'humanité, Dieu brûle tellement du désir de sauver l'homme qu'il passe outre du scrupule d'Achaz.

Mon cadeau, mon désir, le don que je vous ai préparé... le voici : « la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils et on l'appellera Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu-avec-nous ».

Me Voici, dit Dieu, en ce Fils vous verrez que je suis au milieu de vous.

 

* Voici, je viens faire ta volonté

Ce cri du psaume, la lettre aux Hébreux le met sur les lèvres du Christ.

Le Christ acquiesce au désir du Père, au projet du Père. Il est partie prenante et Il s'y engage tout entier.

Voici, Père, dispose de moi comme il te plaira. Accomplis ton œuvre en moi, par moi. Non pas ce que je veux mais ce que tu veux car c'est là ma nourriture, c'est là ce qui me fait vivre.

 

* Voici, tu vas concevoir et enfanter un fils car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

Tel est le salut de l'ange Gabriel à Marie.

La jeune femme est enceinte, avait annoncé Isaïe... Mes paroles ne me reviennent pas sans avoir accompli leur mission, dit-il un peu plus loin.

Oui la promesse se réalisera mais pas sans le concours de l'humanité.

Aujourd'hui toute l'humanité se concentre en Marie et attend sa réponse car comme le dit si bien st Bernard, Dieu a voulu suspendre le salut du monde au consentement de Marie.

 

* Voici la servante du Seigneur

La prophétie prend fin, la réalisation de la promesse commence.

Marie s'offre corps et âme ; elle entre pleinement dans le projet de Dieu, dans son œuvre de salut au point que ce salut prend chair en elle, qu'elle lui donne un nom et un visage : Jésus.

 

* Voici, mon retour est proche (Apocalypse 22,7.12)

Ce sont là les derniers mots de l'Apocalypse et donc de toute la Bible...

 

* Voici.... ?

Mais le Fils de l'Homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? Trouvera-t-il l'accueil, la disponibilité, l'oblation d'un cœur qui n'a rien de plus cher que le Christ ? (RB 5,2)

La réponse est entre nos mains...

Sr Elisabeth le 25 mars 2011